Les étonnantes métamorphoses de Spirou

9 février 2018 8 commentaires
  • Alors que le personnage apparaît en live sur le grand écran à la fin de ce mois, et qu’il fêtera ses 80 ans en avril prochain, le personnage de Spirou continue ses métamorphoses avec un "storytelling" du personnage de plus en plus flou et de plus en plus paradoxal, un peu à la manière des super-héros d’Hollywood.

Le 21 février prochain, Spirou et Fantasio apparaîtront sur les écrans. En dessins animés ? Non, en live ! Avec au générique Thomas Solivérès dans le rôle de Spirou, Alex Lutz dans le rôle de Fantasio, Géraldine Nakache dans le rôle de Seccotine, Christian Clavier dans le rôle du Comte de Champignac et surtout Ramzy Bedia dans le rôle de Zorglub.

Évidemment, le saut qualitatif est d’importance. On a beau être vaccinés par les Astérix et le live burlesque (et assez réussi) du Marsupilami de Chabat et Debbouze, on voit toujours arriver ce genre d’adaptation avec appréhension. D’autant qu’il y a des hauts et des bas, de vraies réussites commerciales (Les Profs, Le Petit Nicolas…) et quelques « accidents industriels ».

Les étonnantes métamorphoses de Spirou
Spirou (Thomas Solivérès) et Fantasio (Alex Lutz) dans le film d’Alexandre Coffrequi sort le 21 février 2018 en France.
© Sony Pictures

Un film familial

Le Spirou et Fantasio d’Alexandre Coffre est un film plutôt réussi, un produit familial qui ne décevra pas le jeune public. Le lecteur de Spirou sera séduit par les acteurs : Thomas Solivérès est charmant, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour un personnage aussi désincarné que le groom, Lutz est parfait en Fantasio loufoque et surtout Zorglub, joué par Ramzy, est étonnamment crédible. Reste que le scénario, malin mais très classique, ne s’inscrira dans les anthologies que comme une comédie de divertissement agréable et bien menée, non sans de multiples clins d’œil en direction des fans. On notera que le film se fonde sur la première rencontre entre Fantasio, Spirou et le Comte de Champignac.

Les puristes seront étonnés du statut que l’on prête au groom dès les premières images du film. Normal : il faut bien adapter l’univers conçu sur le papier - une lecture - pour le transposer à l’écran, c’est-à-dire en spectacle.

Cette sortie en salle s’accompagne de nouveautés qui confirment l’étendue des métamorphoses du groom. Fini le personnage un peu farce de Rob-Vel, oublié le loustic Spirou de Jijé, remisé le Spirou iconique de Franquin qui a construit la légende dorée du personnage, envolés le poétique Fournier et l’inconsistant Broca, exit le Spirou intrépide et moderne de Tome & Janry… Spirou est aujourd’hui un missile à plusieurs têtes dont la version d’Émile Bravo porte la charge la plus lourde, celui de Yann & Schwartz le plus corrosif, tandis que Vehlmann & Yoann restent dans le dogme franquinien. Les Spirou par… ont complexifié cet univers à l’infini.

"Il s’appelait Tirou" d’Yves Sente et Laurent Verron (Ed. Dupuis)

Comment Rob-Vel a créé Spirou

Récemment, dans Il s’appelait Ptirou, Yves Sente & Laurent Verron s’intéressaient à l’enfance du groom dans une explication de son patronyme et de ses aptitudes dans une aventure transatlantique où l’on retrouve le créateur du personnage, Robert Velter (Rob-Vel). Un récit extrêmement documenté, truffé de clins d’œil, bien plus réaliste que le travail habituel de Verron (Boule & Bill, Odilon Verjus...) où le parfum référentiel reste présent.

Il part sur une anecdote vraie racontée dans « La Véritable Histoire de Spirou » : le créateur du groom avait officié comme steward sur un transatlantique. C’est là qu’il rencontra le grand dessinateur de comic strips Martin Branner, l’auteur de Bicot & Suzy (Winnie Winkle the breadwinner dans la version US) qui l’engagea comme assistant pendant deux ans. Quand les frères Dupuis lui demandèrent de créer Spirou, il s’était souvenu des grooms qu’il côtoyait dans les croisières.

"Il s’appelait Tirou" d’Yves Sente et Laurent Verron
© Dupuis
La BD qui n’est "pas tout à fait la BD du film" par Olivier Boscquet, Brice Cossu et Alexandre Sentenac. (Ed. Dupuis)

Eviv Burgloz !

Surfant sur le film Spirou et Fantasio, Zorglub - qui avait déjà pris son indépendance dans une série autonome, est le héros central de la bande dessinée « pas tout à fait la BD du film », Le Triomphe de Zorglub.

Au dessin, les talentueux auteurs de FRNCK, Brice Cossu & Olivier Bocquet, aidés par Alexis Sentenac. Le dessin est dans l’esprit des créations de l’époque, très influencé par le graphisme de l’animation japonaise, chose que l’on avait reprochée à Munuera et Morvan à l’époque...

Crisis on Infinite Spirou ?

Quand on se souvient de la levée de bouclier lorsque Tome & Janry avaient osé toucher au canon franquinien en faisant un Spirou plus réaliste avec La Machine qui rêve (1998, il y a exactement 20 ans !) et plus tard, la tentative de Jean-David Morvan de réaliser avec un véritable mangaka, Hiroyuki Ooshima, un manga Spirou qui imaginait l’adolescence de Spirou dans l’hôtel Moustic en 2006, il y a de quoi sourire. D’ailleurs, pourquoi ne l’éditerait-on pas désormais ? Il semble que la nouvelle direction de Dupuis soit moins rétrograde…

Reste que les différentes versions de Spirou commencent à se télescoper méchamment. Le lecteur lambda qui va découvrir le rouquin, notamment grâce au cinéma, risque de se retrouver dans un écheveau inextricable d’ « origines ».

"Le Triomphe de Zorglub" par Olivier Bocquet, Brice Cossu et Alexandre Sentenac. )
© Dupuis

Va-t-on nous expliquer ces versions par la coexistence d’univers parallèles comme dans les comics américains ? Peut-être que l’univers du groom va finir en une vaste tuerie comme dans Crisis on Infinite Earths où l’on finit par liquider des personnages car ils rendaient l’environnement des héros trop complexe et contradictoire… Tant qu’à imiter le modèle américain, allons jusqu’au bout !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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8 Messages :
  • Les étonnantes métamorphoses de Spirou
    9 février 17:31, par joël

    "inconsistant Broca" c’est méchant, rappelez vous qu’avec Raoul Cauvin ils avaient comme cahier des charges de partir de rien. ils ont fait comme ils pouvaient. pensez à leur famille avant d’écrire certaine choses !

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    • Répondu par Philippe Wurm le 9 février à  18:47 :

      Broca n’était pas obligé d’accepter de reprendre Spirou.
      Son travail est immédiatement apparu comme mauvais. Il fallait du très haut niveau pour succéder à Franquin.
      Si son travail ne passe toujours pas, même avec l’éventuelle patine des années, on ne peut s’interdire de le mentionner.

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      • Répondu par joël le 9 février à  20:24 :

        Après si on leur a proposé de bon contrat "juteux" , normal qu’ils essayent ! c’est comme vous et l’histoire du tennis si ça se trouve ! c’était peu être pour manger !

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      • Répondu par Spip le 10 février à  01:30 :

        Vous n’êtes pas obligé de lire tout Spirou !

        Si certains auteurs ont pu faire mieux (question de point de vue) avant et après Broca et Cauvin, le cahier des charges n’était pas du tout le même.
        Donc comparons ce qui est comparable avant de qualifier d’"inconsistant" ce qui ne l’est qu’aux yeux d’orthodoxes nostalgiques qui n’ont que Franquin comme "maître" étalon !

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    • Répondu par Laurent Colonnier le 10 février à  02:45 :

      "inconsistant" c’est très gentil en rapport à la qualité de ses albums.

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      • Répondu par Maxx le 10 février à  14:47 :

        Eh ben, y’en a qui ferait mieux de balayer devant leur porte avant de dire du mal. C’est l’hôpital qui se fout de la charité.

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  • Les étonnantes métamorphoses de Spirou
    10 février 13:58, par Babar

    Alix part lui aussi dans toutes les directions...Après un excellent Senator, il arrive en manga, comme l’a présenté Le figaro dernièrement.
    Je crains le pire....

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    • Répondu par Henri Khanan le 10 février à  21:29 :

      Sans avoir vu l’objet, je dirai "beurk". On a vu ce que donnaient les mangas lorsqu’ils voulaient adapter Spider-Man ou Batman !

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