Finalistes du Prix ACBD Québec 2017 : Un grand cru pour la BD québécoise

13 octobre 2017 0 commentaire
  • Qui de Guy Delisle, de Jean-Sébastien Bérubé, ou de Fanny Britt et d’Isabelle Arsenault remportera la 3e édition du Prix de la critique ACBD de la bande dessinée québécoise? Une chaude lutte se dessine entre les auteurs de « S’enfuir : récit d’un otage » (Dargaud), « Comment je ne suis pas devenu moine » (Futuropolis) et « Louis parmi les spectres » (La Pastèque), trois ouvrages qui ont largement contribué au rayonnement international de la BD québécoise (BDQ) au cours de la dernière année.

Après avoir récompensé Jimmy Beaulieu en 2015 (Les Aventures, Les Impressions nouvelles / Non-aventures, Mécanique générale), ainsi que Jean-Paul Eid et Claude Paiement en 2016 (La Femme aux cartes postales, La Pastèque), la sélection 2017 du prix ACBD Québec [1] témoigne d’une année exceptionnelle pour la BDQ.

Finalistes du Prix ACBD Québec 2017 : Un grand cru pour la BD québécoise
Sélection du Prix de la critique ACBD de la BDQ 2017
DR.

Comment je ne suis pas devenu moine : parcours initiatique

En 1999, le jeune Jean-Sébastien Bérubé se présente au Temple bouddhique tibétain de Montréal. Venu de Rimouski, Bérubé annonce d’emblée vouloir devenir moine. Les responsables du temple lui expliquent rapidement qu’il doit, pour cela, se rendre non pas dans un temple, mais bien dans un monastère – en Inde ou encore au Népal. C’est ainsi que s’amorce le pèlerinage de l’auteur, qui s’envolera finalement pour le Népal et le Tibet en 2005.

Après avoir tant rêvé de cette contrée mythique, Bérubé sera rapidement déçu par le bouddhisme institutionnalisé, qu’il découvre vicié par l’idolâtrie, la superstition, le dogmatisme et la cupidité. Raconté avec candeur et sincérité, Comment je ne suis pas devenu moine demeure surtout le récit de la perte de l’innocence : l’auteur, un homme jeune naïf et sensible, est durement confronté à la réalité des pays dits « en développement », ainsi qu’aux conditions de vie des Tibétains en exil et sous l’autorité chinoise. Enfin, si la quête spirituelle de l’auteur s’avère non concluante, son périple lui aura tout de même appris une vérité essentielle : « J’ai voyagé pendant plusieurs mois pour finalement découvrir d’où je venais [2]. »

Révélé au public par le défunt concours de bande dessinée Hachette Canada (2008), puis par la série Radisson (Glénat Québec) consacrée au célèbre coureur des bois, Jean-Sébastien Bérubé nous présente ici un ouvrage hautement personnel qui témoigne d’une véritable maturité graphique et narrative. Lancé en février 2017, l’album a fait une sortie médiatique remarquée en Europe, notamment auprès de RTL et du journal Le Parisien, qui en a fait son titre de bande dessinée du mois [3].

Jean-Sébastien Bérubé, Comment je ne suis pas devenu moine, Futuropolis
DR.

Louis parmi les spectres : adolescence bleue

Divorce, dépression, alcoolisme… Autant de thèmes difficiles abordés avec délicatesse par Fanny Britt et Isabelle Arsenault. Après nous avoir livré Jane, le renard et moi (La Pastèque) en 2013, le duo de choc récidive avec Louis parmi les spectres, un album jeunesse qui sais également toucher les adultes.

Depuis la séparation de ses parents, Louis habite dans un petit appartement en bordure d’autoroute, en compagnie de sa mère et de frère cadet. La semaine, Louis cherche le courage d’aborder la furtive Bille, son premier coup de foudre d’adolescent. Le week-end, il se rend à la campagne chez son père, musicien soul consumé par le vin et la mélancolie.

Avec son ton juste, ses illustrations magnifiques et son utilisation sensible de la couleur, Louis parmi les spectres ne cesse de récolter les nominations. Outre sa sélection pour le prix ACBD Québec, cet ouvrage est également en lice pour un Prix littéraire du Gouverneur général (catégorie littérature jeunesse – livre illustré). L’album avait également été retenu dans la sélection jeunesse du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2017.

Isabelle Arsenault et Fanny Britt, Louis parmi les spectres, La Pastèque
DR.

S’enfuir : récit d’un otage  : huis clos en Tchétchénie

Après s’être imposé comme auteur de référence en matière de récit de voyage, Guy Delisle s’est lancé un nouveau défi : celui de nous faire vivre les 111 jours de détention de l’otage Christophe André, travailleur humanitaire français enlevé dans le Caucase en 1997. Le résultat : un pavé dans lequel un homme se trouve enchaîné à un radiateur pendant près de 400 pages.

Véritable tour de force technique, S’enfuir : récit d’un otage repose sur une forte intensité narrative, ainsi que sur une identification quasi-fusionnelle avec le personnage principal. Réalisé à partir de nombreuses interviews avec Christophe André, l’album mise avant tout sur l’humanité de son sujet et cherche à transmettre la tension et l’émotion qui accompagnent l’épreuve mentale et physique de la captivité : l’angoisse, l’ennui, l’épuisement moral, l’humiliation quotidienne et la résistance. Étalée sur plusieurs centaines de pages, cette écriture de l’attente cède finalement sa place à une conclusion haletante digne d’un film d’espionnage.

Avec S’enfuir : récit d’un otage, Guy Delisle a choisi de se réinventer. Passant du récit autobiographique à la parole médiatisée, celui-ci a su produire un témoignage immersif et captivant. Il n’est donc pas étonnant que cet album événementiel de la rentrée 2016 ait remporté le Prix Albéric-Bourgeois lors du Festival de la BD francophone de Québec 2017, qui récompense le meilleur album publié à l’étranger par un auteur québécois.

Guy Delisle, S’enfuir : récit d’un otage, Dargaud
DR.

Le prix de la critique ACBD de la bande dessinée québécoise a pour objectif de « soutenir et mettre en valeur, dans un esprit de découverte, un livre de bande dessinée, publié en langue française, à forte exigence narrative et graphique, marquant par sa puissance, son originalité, la nouveauté de son propos ou des moyens que l’auteur y déploie ». Les trois albums finalistes ont été sélectionnés parmi 70 ouvrages publiés par des auteurs québécois entre le 1er juillet 2016 et le 30 juin 2017. L’édition 2017 de la remise de cette récompense aura lieu le 17 novembre prochain, dans le cadre du Salon du livre de Montréal.

(par Marianne St-Jacques)

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[1L’auteure de ces lignes est membre de l’ACBD et coordonnatrice du Prix de la critique ACBD de la bande dessinée québécoise 2017.

[3Voir « La Nouvelle BD du Rimouskois Jean-Sébastien Bérubé séduit les Français », Radio-Canada Bas-Saint-Laurent, 4 mars 2017.

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