Jean-Claude Denis, incarnation discrète de la bande dessinée franco-belge

31 janvier 2013 2 commentaires
  • "La French Touch de la bande dessinée, c’est Jean-Claude Denis et rien d’autre", écrivions-nous il y a quelque jours. C'est encore plus évident en regardant ses originaux dans la grande exposition que lui consacre le Festival. Ses personnages "normaux", majestueux de dignité, sont bien loin des super-héros testotéronés et des manga-novellas asiatiques. Ils incarnent la tradition de la BD franco-belge.
Jean-Claude Denis, incarnation discrète de la bande dessinée franco-belge
Luc Leroi
Futuropolis

À l’heure où l’Académie des Grands Prix est menacée par un "redécoupage électoral" en forme de tartufferie, la présence de Jean-Claude Denis a quelque chose de rassurant.

Habillé de noir, lunettes élégantes et discrètes, Denis est à l’image de son œuvre : posé, il ne la ramène pas. Évidemment, pour le 40e anniversaire angoumoisin, d’aucuns auraient préféré quelque chose de brillant, de fastueux, un feu d’artifice... Eh non, et c’est plutôt bien.

JC Denis nous montre la voie de la bande dessinée franco-belge : elle doit prendre conscience de sa fragilité, de ses faiblesses et en faire une force, déployer modestement, avec constance, sa sincérité, sa vérité, son élégance. Inutile de rêver aux paillettes d’un quelconque Barnum de Côte d’Azur, d’une machine à pognon qui avilit et corrompt : il faut revenir au convivial et à l’humain.

À hauteur de lecteur

Quelques mois à l’Amélie
Aire Libre - Dupuis

Né en 1951, Jean-Claude Denis est avant tout un auteur. Il a accompagné l’avènement de cette catégorie nouvelle de bande dessinée, née dans Charlie, Pilote, (À Suivre) et Métal Hurlant, du lancement de la Collection Aire Libre à la relance du label Futuropolis. Il est de la génération de Martin Veyron, d’Hervé Baru, de Dupuy & Berberian, ses pairs de l’Académie désormais, ou d’un Cosey, Grand Prix putatif. Comme eux, il raconte des histoires "à hauteur de lecteur" : humaines, sensibles et sensées.

Elles sont animées par un personnage "normal", comme disent aujourd’hui les politiques, Luc Leroi, surgi en toute discrétion au début des années 1980, époque où les gens se remettaient doucement de l’exubérance soixante-huitarde et du No Future punk pour s’enfoncer dans un confort néo-libéral, vautré dans l’illusoire Nirvana des "nouvelles technologies".

JC Denis (à droite) avec le maire d’Angoulême, Philippe Lavaud
Zone Blanche
Ed. Futuropolis

La distinction angoumoisine a cette vertu : celle de voir refleurir ses albums comme cette magnifique Intégrale de Luc Leroi parue fin 2012 chez Futuropolis, cette Ombre au tableau publiée chez Glénat début 2012, et puis ses chefs d’œuvre devenus classiques : Quelques mois à l’Amélie, La Beauté à domicile et Un peu avant la fortune (avec Dupuy et Berberian) publiés dans la collection Aire Libre chez Dupuis, Le Sommeil de Léo, Nouvelles du monde invisible, Tous à Matha ! tandis qu’il aborde récemment le genre du polar, Zone blanche, chez Futuropolis.

Toutes ces planches sont accrochées sans chichi au mur de son exposition angoumoisine tandis que la Cité expose son "musée personnel" où l’on retrouve un bon nombre de ses (p)références, surtout américaines : de Frank Miller à Spiegelman, de Pete Bagge à Roberta Gregory, de Crumb à Chris Ware, de Lewis Trondheim à Nicolas de Crécy... et un de ses compagnons de route quasi jumeau artistiquement : Jano le créateur de Kebra.

Finalement, rien n’est plus extraordinaire qu’un auteur "normal".

Le musée "perso" de JC Denis à la Cité

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photos : D. Pasamonik

 
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