La bande dessinée joue la coupe du monde

8 juillet 2018 4 commentaires
  • Ce matin, dans les kiosques parisiens, la chose sautait aux yeux : les Unes des principaux quotidiens titraient sur le « derby » franco-belge de football pour la coupe du monde qui aura lieu mardi à Saint-Petersbourg en l’associant à la bande dessinée, la coupe du monde se résumant à un match entre Astérix et Tintin !

Le Journal du Dimanche met en Une une case d’Astérix chez les Belges, un album où les Gaulois se vexent que Jules César désigne les Belges parmi les nations les plus braves de la Gaule. Gros nez contre gros nez, les chefs Geuzelambix et Abraracourcix se défient. Il faut dire que Goscinny et Uderzo s’étaient rencontrés grâce à un éditeur belge (La World Press) et avaient quelques raisons d’exprimer toute leur tendresse pour les habitants du Plat Pays. Ils rendent dans cet album, le dernier signé Goscinny, notamment hommage à leur prédécesseur, Hergé, le créateur de Tintin. Un peu perfide, l’hebdomadaire du groupe Lagardère, propriétaire des éditions Albert-René, l’éditeur d’Astérix, pointe le nombre d’exemplaires vendus : 365 millions pour Astérix contre 230 millions pour Tintin. Mesquin.

La bande dessinée joue la coupe du monde

Une belle unanimité

Tintin-Astérix, telle se résume aussi la rivalité franco-belge dans Le Parisien Dimanche, qui interroge personnalités politiques et artistes d’origine belge sur la demi finale entre les Bleus et les Diables rouges de mardi, en titrant « Bien plus qu’un match ! » Et de rappeler que bon nombre de personnalités françaises, comme Bruno Solo, sont devenus des « Belges fiscaux », tandis que le dessinateur Ranson, le brillant éditorialiste graphique du journal, fait trinquer une chope de bière et un ballon de rouge en prévision d’une coupe de champagne que l’un et l’autre ont déjà mis au frigo. On notera que pour éviter sans doute de payer des droits à Hachette et à Moulinsart, Le Parisien est allé chercher dans sa photothèque des représentations en 3D des deux personnages. Malin.

Le plus inventif

Quant à L’Équipe, le quotidien de référence de tous les sportifs et des footeux en particulier, c’est sur une parodie de Soulcié qu’ils titrent : « Objectif Lune » pour saluer leurs « très chers cousins ». Et de faire remarquer que les statistiques sont en faveur des Belges qui, sur 73 matches joués entre les deux pays, ont gagnés 30 fois contre 24 pour la France, marquant 160 buts contre 127 pour les Bleus. Ils montrent aussi à quel point les deux équipes se connaissent bien, leurs joueurs se côtoyant dans les plus grands clubs du monde, l’entraîneur français Deschamps ayant face à lui une équipe de coach où figure Thierry Henry, comme lui champion du monde en 1998. On saluera les efforts du quotidien sportif qui salue par un « Le pays des Soviets fait tintin » la défaite de la Russie contre la Croatie, tandis que le Tour de France est gratifié d’un « Froome, l’affaire du Tour au sol », allusion à la célèbre course cycliste qui commence lundi et qui a été longtemps aussi le théâtre d’un affrontement franco-belge.

Ce qui est frappant dans ces trois Une, c’est que la rivalité frano-belge se traduit par le 9e Art, confortant davantage encore l’unicité du vocable « franco-belge ». Forgé à la fin des années 1960, il avait valu cette remarque dans le fanzine belge Ran Tan Plan qui considérait qu’il aurait été plus juste de parler de « bande dessinée belgo-française. » Le temps a rééquilibré cet avantage belge d’alors, même si le plus gros conglomérat francophone de la bande dessinée, Média-Participations, qui réunit les labels Dargaud-Dupuis-Le Lombard, est contrôlé par une… holding belge.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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