Le Petit Nicolas en bande dessinée

4 juillet 2017 11 commentaires
  • Beaucoup croient que « Les Aventures du Petit Nicolas » sont une série de contes géniaux écrits par René Goscinny et illustrés par Jean-Jacques Sempé. C’est vrai, mais auparavant, c’était une BD conçue pour l’hebdomadaire Radio-TV des éditions Dupuis, « Le Moustique ». Les éditions IMAV s’apprêtent à en publier, en octobre prochain, l’intégrale des 28 pages dans un album inédit, conforté par un dossier complémentaire.

Elles étaient parues entre 1955 et 1956 dans Le Moustique, un hebdomadaire où bon nombre de dessinateurs des éditions Dupuis (Morris, Franquin, Jijé, Will, Sirius…) exerçaient leur talent. Un certain René Goscinny aussi qui, sous divers pseudonymes (Malbecq, Macaire, Jacob...) y écrivait des nouvelles policières, mais produisait des dessins aussi qu’il publiait dans cet hebdomadaire à travers l’agence de Georges Troisfontaines, la World Press, grand fournisseur de matériel éditorial aux éditions Dupuis (Buck Danny, L’Oncle Paul, etc.).

Le Petit Nicolas en bande dessinée
Jean-Jacques Sempé dans "Le Moustique" en 1955
© Éditions Dupuis

Il y rencontre un jeune cartoonist français du nom de Jean-Jacques Sempé. « Sempé faisait dans ce journal des dessins humoristiques avec un petit personnage et on lui a proposé d’utiliser celui-ci pour une bande dessinée. Comme il ne faisait pas de scénario, on m’a appelé, l’idée m’a plu » raconte Goscinny. 28 planches sont produites (trente selon Goscinny dans son interview aux Cahiers de la bande dessinée). Elles étaient signées Sempé et… Agostini, un pseudonyme utilisé par René Goscinny à cette époque. C’étaient des gags en une planche dans la droite ligne des « Family Strips » américains comme il en produira d’autres pour le Modeste & Pompon de Franquin quelques temps plus tard.

Or, c’est le moment où le jeune scénariste entre en conflit avec son patron pour avoir osé tenter d’associer plusieurs collègues à une position commune sur les tarifs et les pratiques professionnelles vis-à-vis des éditeurs. Cette action « syndicale » avait déplu à Troisfontaines qui l’avait viré aussi sec, entraînant la démission solidaire de Jean-Michel Charlier et d’Albert Uderzo avec les conséquences que l’on connaît, notamment la création du Journal Pilote. La BD du Petit Nicolas en était restée là, au grand soulagement de Sempé pour qui la bande dessinée était un sacerdoce insupportable.

© Sempé, Goscinny & Imav éditions

Or, le dessinateur bordelais travaillait aussi pour le quotidien régional Sud-Ouest. Trois ans plus tard, en mars 1959, on lui avait demandé un conte illustré pour enfants pour le numéro Spécial de Pâques de Sud-Ouest Dimanche. Il pensa à son Petit Nicolas et demanda à Goscinny de lui écrire un texte. Le succès fut tel qu’on lui demanda d’en écrire d’autres. En octobre, la série faisait son entrée dans le Journal Pilote. On connaît la suite…

Or ces planches initiales n’avaient jamais été réunies en album, pas même dans un fanzine. Cet oubli sera réparé le 12 octobre prochain alors que l’on commémorera par ailleurs les 40 ans de la disparition de René Goscinny au travers de deux grandes expositions seront consacrées au scénariste cet automne.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Le Petit Nicolas - La bande dessinée originale - 48 pages – Par Sempé et Goscinny – Editons IMAV - Prix : 12,90 euros

 
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11 Messages :
  • La mise en scène de la page montrée dans votre article, la composition de chaque image et la composition générale de la page, c’est tout simplement excellent ! Aussi excellent que les meilleurs family strips américains des années 20 à 60 !

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    • Répondu le 4 juillet à  12:59 :

      Le seul truc pas top, c’est le lettrage. Il ne correspond pas au graphisme de Sempé et il est composé n’importe comment.

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      • Répondu par Lusabets le 4 juillet à  20:40 :

        Le lettrage :
        C’était le lettrage de chez Dupuis à cette époque.
        Que ce soient les albums de bandes dessinées ou les romans-photos...

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        • Répondu le 4 juillet à  21:50 :

          Oui, oui ! J’avais remarqué… mais ce n’est pas ce n’est pas une excuse.

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          • Répondu par Richard Foin le 5 juillet à  08:17 :

            Lettrage de Adolphe Tacq, le frère de Mitacq (la Patrouille des Castors). Il était chargé du lettrage de toute la production de la World, cf les Buck Danny de Hubinon par exemple.

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            • Répondu le 5 juillet à  09:36 :

              Adolphe Tacq était chargé de coller sa graphie sur n’importe quel dessin. Quelle mauvaise idée d’éditeur !

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  • Le Petit Nicolas en bande dessinée
    4 juillet 12:13, par mmarvinbear

    Quel dommage qu’à l’époque, le BD n’avait pas bonne presse auprès des auteurs. Cette planche de Sempé talonne presque Bill Watterson... Vous imaginez les trésors qu’il aurait produit s’il avait continué dans cette voie ?

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    • Répondu le 4 juillet à  12:56 :

      Dans quelques interviews Sempé dit à plusieurs reprise que la bande dessiné n’était pas son domaine de prédilection et qu’il s’y sentait trop à l’étroit. L’idée de passer à des textes illustré serait de lui.

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      • Répondu le 4 novembre à  00:16 :

        Dans certaines planches, il y a un problème d’ordre des bulles. La lecture doit parfois se faire de droite à gauche. Mais, il y a des inventions dans les compositions des images, dans les cadrages et la mise en couleur qui justifient qu’on s’attarde sur ses rares 30 planches. Par exemple, l’image où le papa de Nicolas est accroché au lustre du salon tandis que Nicolas est au seuil de la porte d’entrée est tout simplement formidable. Une sacré leçon de dessin ! Pas besoin de cadrages cinématographiques ou photographiques pour réinventer la bande dessinée. Le dessin, bon sang, le dessin !

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  • ENFIN !
    Quelle merveille.
    Depuis le temps que j’attendais de découvrir les planches BD du Petit Nicolas.
    Merci à Anne Goscinny !

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