Luv Stories - Par les frères Guedin - Editions Même pas Mal

25 juin 2011 0 commentaire
  • Luv Stories n'est pas à mettre entre toutes les mains. Soit. Ceci étant dit, les histoires des frères Guedin exercent une certaine fascination sur les autres mains, avec comme arme secrète un humour que l'on pourrait s'aventurer à qualifier de jouissif.

Les frères Guedin, on a beau les connaître, on est toujours épaté par leur faculté à vouloir titiller les limites. Luv Stories ne fait pas exception à la règle. Pour planter le décor, arrêtons-nous un instant sur la page des remerciements où Dav et Gnot Guedin prennent la peine de saluer "le sexe, le caca & le pipi qui constituent notre fond de commerce". Résumer la carrière des frères Guedin à des histoires pornographiques et scatologiques n’aurait rien de choquant. Pour mémoire, les titres de leurs précédents ouvrages sont assez significatifs : Les Frères Couillus, Brothers Caca Klan, Famille Couilles, Mémoires de bâtards,...
Luv Stories - Par les frères Guedin - Editions Même pas Mal
Fort heureusement, le côté angoissé et angoissant de la production des deux frangins est contrebalancé par un humour corrosif, jouant sur l’excès et la parodie (voire la parodie excessive), qui désamorce la noirceur (au sens propre comme au sens figuré) des récits. Avec Luv Stories, les gentilles histoires d’amours romantiques sont passées à la moulinette des trois "amis" remerciés plus haut. La couverture annonce d’ailleurs la couleur avec ce cœur qu’on dirait préparé par un tueur en série boucher de profession. Les cinq histoires courtes qui en résultent sont bien évidemment complètement déjantées. Jugez plutôt. Les fantasmes de deux enfants premiers de la classe sur leur maîtresse d’école, réalisés par la création d’un homme crevette obsédé sexuel. Les pensées érotiques de Davy Crockett pour son ami indien Coeur d’artichaut (et vice versa). Les amours contrariées d’un pêcheurs à tête de cul (littéralement) et d’une poupée gonflable. Le tout entrelardé d’illustrations pleine page qui ne sont pas loin d’être les éléments les plus drôles de ce patchwork en noir & blanc.

Le plus surprenant dans tout cela, et on a tôt fait de passer à côté tant le fond fait oublier la forme, est la variété du traitement graphique de l’album. Dav et Gnot dessinent tous les deux et multiplient les types d’expression. Chaque histoire courte possède en effet un style différent qui oscille entre le très léché et le très lâché. Même les illustrations pleine page apportent de nouvelles variations.
Evidemment, ce genre de littérature a de fortes chances d’attirer les cris d’indignation. Le contraire serait presque décevant. On peut d’ailleurs voir les albums des frères Guedin comme des marqueurs sociologiques qui renseignent sur le positionnement des tabous, de la vulgarité, voire du fameux "bon goût". Comme Paf et Hencule par exemple, paru également chez Même pas mal en fin d’année dernière.

(par Thierry Lemaire)

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