Monet : et la lumière fut...

17 avril 2017 1 commentaire
  • Après Nietzsche, Thoreau et Gauguin, la collection “Contrechamp” du Lombard s’offre sa plus grande réussite populaire et esthétique à ce jour, en mettant en scène la vie du chef de file des Impressionnistes, Claude Monet, fort d’un superbe sous-titre, « Nomade de la lumière ».

Nous vous en avions déjà parlé précédemment : les éditeurs s’intéressent particulièrement aux peintres ces dernières années, en multipliant les formats et les angles de vues pour mieux redécouvrir les hommes derrière les peintures célèbres. Et si Gauguin a déjà été mis en avant au sein de la collection Contrechamp du Lombard, petite par le nombre d’albums qu’elle contient, mais grande par la qualité des portraits qu’elle dresse, cette dernière sortie surclasse les précédentes, et ce n’est pas qu’une impression !

Là où le propos ou le style de narration réservaient les précédents titres à un panel de lecteurs plus restreint, Monet, Nomade de la lumière joue sans ambages la carte du grand public. Car le peintre est l’un des plus connus de l’histoire de l’art, ses œuvres sont devenues universelles. Mais aussi, parce que le scénariste Salva Rubio a traité le récit sur un mode aussi simple qu’efficace : un long flashback entamé par Monet lui-même, alors qu’il se repose d’une opération de la cataracte en 1923 à Giverny, se remémorant le fil de sa vie alors qu’il craint de perdre définitivement la vue.

Monet : et la lumière fut...

Le classicisme du procédé ne doit pas le départir de ses attraits : puisant dans les mémoires du peintre, ainsi que dans les divers témoignages, Rubio fait parler l’artiste. Sur ses plaisirs, mais surtout sur ses déboires, ses désillusions, ses revers de fortune et ses soucis conjugaux. Car si beaucoup de lecteurs connaissent l’œuvre du peintre, peu sont capables d’expliquer quelle fut sa vie, mis à part Giverny et son tableau Impression Soleil Levant au Salon des Refusés.

La majeure partie de l’album est donc consacrée à la première moitié de la vie du peintre : ses difficultés à faire accepter sa passion à ses proches, son indéfectible quête de la lumière, son amitié avec Zola, Renoir et tant d’autres, ses premiers succès avant sa chute dans l’estime de ses pairs et sa dépression...

Sautant d’un nom connu à un tableau réputé, le lecteur renoue avec des références éprouvées pour mieux composer le tableau de sa vie : les 88 planches qui composent l’album s’avèrent passionnantes.

La réussite de ce titre tient aussi et surtout au travail d’Efa (Kia Ora, Alter Ego et plus récemment Le Soldat au Lombard). Son trait apparemment simple, la justesse des expressions des personnages, l’innovation de ses cadrages (certains d’entre eux imaginent une vue subjective à partir de la toile elle-même), ainsi que l’alternance des audaces de mise en page donnent à la fois la force et le rythme du récit.

Puis, rapidement, le lecteur comprend que des éléments du décor jouent avec les plus fameux tableaux du peintre. Cela devient donc un jeu de redécouvrir ceux-ci, sans que cela puisse distraire la lecture de l’essentiel : vibrer au diapason d’un homme qui voulait voir le monde autrement, constamment en mouvement.

Que les profanes en peinture, ou ceux qui n’ont pas la mémoire visuelle, bref, que ces lecteurs se rassurent s’ils ne trouvent pas tous les tableaux référencés dans cette biographie : un cahier graphique de 17 pages vient conclure le volume, reprenant les cases et les tableaux auxquels ils font référence. Cet addendum pédagogique parachève la réussite d’un album, aussi maîtrisé dans son graphisme qu’ouvert à tous dans son propos. Un ouvrage à mettre dans toutes les mains des amateurs de peinture, qu’ils soient lecteurs de bande dessinée ou non !

(par Charles-Louis Detournay)

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1 Message :
  • Monet : et la lumière fut...
    19 avril 00:30, par Philippe Wurm

    C’est incontestablement une grande réussite cet album !
    Habituellement j’ai toujours un peu de réticence à lire une bande dessinée qui superpose texte imprimé et peintures.
    Il y a une hétérogénéité qui dérange le vieux lecteur de ligne claire que je suis, car j’aime tant goûter à l’épaisseur d’un trait qui coule des lettres aux formes plastiques dans un même flux.
    Mais là Efa réussit un tour de force ! Son très grand talent nous fait nous immerger dans le monde de la fin du 19 ème siècle avec beaucoup de conviction, d’une manière quasi hypnotique, car il réussit, formellement, par ses peintures néo impressionnistes à nous faire vivre, comme en direct, l’époque. Cela nous aide à voir à travers les yeux du peintre dans une sorte de présent immédiat renouvelé, revivifié. Peut-être le dispositif narratif du flash-back, après l’opération des yeux, renforce-t’il encore davantage cette sensation et nous induit dans cette manière de ressentir le récit ? Toujours est-il qu’il y a une telle adéquation entre le sujet traité et le rendu formel que ce livre est une réussite formidable. Les deux auteurs nous offrent là un véritable bijou qui donne beaucoup de plaisir à lire tout en permettant de réfléchir de manière inédite.

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