Ô dingos, ô châteaux ! - D’après le roman de Jean-Patrick Manchette - Adaptation et dessin de Tardi - Futuropolis

12 janvier 2012 4 commentaires
  • Un véritable jeu de massacre, du roman noir plus que noir. Considéré comme un ouvrage mineur de Manchette, ce récit dessiné par Tardi s'avère d'une efficacité stupéfiante. Sans oublier de flinguer, outre toute sorte de personnages patibulaires, la société de consommation.

Un bel humaniste ce monsieur Hartog. Non seulement il recueille son neveu, dont les parents sont morts dramatiquement, mais il utilise sa fortune "à créer du beau". Quant à ses employés, tous issus de la cour des miracles : handicapés, blessés de guerre, malades divers... Même la petite nouvelle, chargée de veiller sur Peter, le neveu orphelin, sort d’un long séjour en hôpital psychiatrique. La jeune femme prend pourtant son travail avec sérieux, sans se douter des motivations réelles du patron. Qui d’ailleurs, s’absente illico pour une semaine. Comme c’est curieux...

Révéler le fond du roman de Manchette, de même que dévoiler la partition du concerto pour petits et gros calibres qui va se jouer sur une centaine de pages serait cruel pour le lecteur. Dès l’introduction de l’histoire, le chef des tueurs donne le ton : dans Ô dingos ô châteaux !, tous les personnages fuient, luttent contre le désespoir et portent en eux une violence inouïe.

Manchette semble s’amuser de les tourner en ridicule, tout en leur laissant une petite part d’humanité. Rien de tel pour ancrer les seconds rôles dans le récit. Il fait même de l’enfant un petit malin qui comprend vite le piège dont il est l’enjeu.
Ô dingos, ô châteaux ! - D'après le roman de Jean-Patrick Manchette - Adaptation et dessin de Tardi - Futuropolis
Si l’adaptation de Tardi semble plus sobre qu’à l’habitude (n’oublions pas qu’il a déjà adapté deux romans de Manchette), il donne un rythme parfait à l’intrigue. Son trait excelle dans la peinture de ces fracassés qui courent tous à leur perte. Un univers noir qui connaît quelques moments de franche rigolade, notamment une fusillade dans un centre commercial digne de Zombie de George A. Romero. Le livre original, sorti au début des années 70, était bien de son époque. L’album de Tardi nous prouve les que révoltes post-1968 laissent encore des traces aujourd’hui.

(par David TAUGIS)

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