Prézizidentielle - Par Lisa Mandel & Julie Pagis - Casterman

4 août 2017 8 commentaires
  • Une sociologue qui parle politique avec des écoliers, un spectacle irremplaçable. Avec en prime des références décalées et un langage fleuri. Derrière les rires rafraîchissants, un état de notre société, avec ses failles et ses peurs...

Les enfants et la politique ? Vaste domaine à explorer, pour la sociologue Julie Pagis. Elle étudie ce rapport en s’immergeant dans deux classes d’une même école de Seine-Saint Denis : CE1 et CM2.

Le contexte : la présidentielle française de 2017. Sur tous les sujets, les enfants démarrent au quart de tour, et rien de les arrête, même s’il s’agit de commenter simplement une photo. Plusieurs séances défilent ainsi sous le crayon de Lisa Mandel, désormais familière de l’exercice, d’autant qu’elle co-dirige la collection sociorama.

Prézizidentielle - Par Lisa Mandel & Julie Pagis - Casterman
© Casterman 2017

Différence notable avec les autres volumes de la série, cet album à la joyeuse effervescence se cantonne à retranscrire des scènes vécues. L’analyse reste en retrait, lors de rares passages sociologiques qui ont le mérite d’une grande clarté malgré leur brièveté. En choisissant de ne pas traduire les termes employés par les enfants, en laissant les classes en liberté quasi totale (seules quelques insultes un peu appuyées sont censurées), les autrices dévoilent les myriades de questions qui taraudent les chers bambins.

Évidemment, l’avis des parents prend une importance capitale dans leurs "opinions", mais le discours s’attache aussi à des détails concrets qui laissent pantois : beau, propre, gentil... Mais tout cela ne dépend pas que de leur maturité, le conditionnement adulte y est pour beaucoup. Et les passages les plus croustillants sont justement ceux qui s’approchent des conversations de "grands".

L’humour de cette Pré-zizi-dentielle arrive souvent par surprise, et dans les réparties fulgurantes que les enfants s’échangent. Mais Lisa Mandel met aussi son grain de sel en illustrant des expressions imagées entre deux cases. Autre très bonne idée : l’exercice du débat présidentiel est mis en image avec les visages (caricaturés) des vrais candidats, mais bien sûr le langage des enfants !

Derrière les rires bienfaisants qu’apporte ce réjouissant opus, on peut tout de même percevoir des réalités plus sombres : le racisme sous-tend la plupart des conversations, le chômage fait partie du quotidien, et la question du logement rassemble tous les écoliers.

Qu’ils se chamaillent sur des sujets tendus ou qu’ils jubilent de railler les candidat(e)s, les enfants confirment deux principes essentiels : à l’école on apprend plein de choses et aussi à respecter autrui.

(par David TAUGIS)

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8 Messages :
  • La page que vous présentez, c’est vraiment le degré zéro de la bande dessinée. Ce serait bien d’écrire un article sur les ravages du journalisme sur l’art de la bande dessinée.

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    • Répondu par Polo le 5 août à  16:08 :

      Et on pourrait en profiter pour évoquer le degré zéro du commentaire stérile.

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      • Répondu le 6 août à  10:27 :

        Si ce n’est pas le degré zéro de la bande dessinée, démontrez-moi pourquoi.

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        • Répondu par Polo le 6 août à  22:03 :

          Ah non. C’est vous qui assenez des jugements sans nuances sur le travail d’un auteur. Si quelqu’un devait démontrer quelque chose ici, c’est vous.

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          • Répondu le 8 août à  22:02 :

            Le degré zéro, c’est justement sans nuance.

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            • Répondu par Polo le 12 août à  08:06 :

              La répétition n’a jamais valu démonstration. C’est avec une certaine aisance que vous maniez le degré zéro.

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            • Répondu par Chantal le 16 août à  15:43 :

              Je suis bien d’accord c’est dessiné avec les pieds, il suffit de voir ces 4 cases pour se faire une idée globale de l’ensemble. Ce qui compte, on est d’accord, c’est la sensibilité et la précision du trait. certains "auteurs" d’aujourd’hui n’y entendent plus rien en perspective et en dessin, ils croient que n’importe quel scribouillard peut éditer son livre. C’est malheureux. Vous me conseilleriez quoi à lire, vous ?

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              • Répondu le 17 août à  09:59 :

                Michel Vaillant. Largo Winch. Du sérieux. Du solide. Avec des vraies lignes droites, des perspectives, des jolies couleurs, de l’aventure et tout. De la vraie bédé, quoi.

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