Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris

11 juin 2009 34 commentaires
  • La polémique souffle sur le dernier album de Spirou, Le Groom vert-de-gris. Sur son blog, Joann Sfar parle à son propos de « sentiment d’antisémitisme. » Yann s’en défend vertement sur BoDoï.com. Cette icône « tous publics » de la BD belge remporte un gros succès en librairie. Mais sa lecture suscite le malaise auprès de certains. Sfar est-il trop sensible ou est-ce Yann qui est allé « trop loin » ? Analyse.
Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris
Spirou, le groom vert-de-gris. En ce moment les croix gammées fleurissent sur les albums de BD
Editions Dupuis

On est d’abord séduit par ce récit trépidant et par la fraîcheur de son graphisme. Mais le lecteur attentif tique à sa lecture. Parce qu’il touche à un tabou : l’Occupation allemande en Belgique, et parce que son traitement désinvolte de l’histoire peut sembler pour certains, à bien des égards, critiquable.

Le pitch : Nous sommes en 1942. Bruxelles est sous la botte nazie. L’hôtel Moustic a été réquisitionné par l’occupant. Spirou est contraint pour survivre de travailler pour la kommandantur. Fantasio, pour sa part archiviste au journal Le Soir, le plus grand quotidien bruxellois contrôlé par les autorités allemandes (le fameux « Soir volé »), est révolté contre son copain groom : comment peut-on collaborer à ce point ? On découvrira bientôt que le rouquin en livrée utilise cette couverture pour renseigner la Résistance…

Une succession difficile

Cet album est pour Yann une espèce de revanche. Il en a conçu une première version du scénario il y a un peu plus de 20 ans. Il devait être dessiné par Yves Chaland et paraître dans le Journal de Spirou. Ils y avaient entamé une aventure africaine (Cœurs d’Acier), un épisode bientôt brutalement arrêté : la nouvelle direction éditoriale avait eu peur que ce style « daté » brouille les cartes et coupe Spirou de ses jeunes (nouveaux) lecteurs ; que cette version « nostalgique » n’intéresse qu’un petit cercle de collectionneurs, adultes de surcroît, alors que le cœur de cible de l’éditeur de Marcinelle est la jeunesse.

Une oeuvre référentielle. Affiche de Blondin & Cirage dans la rue Gillain.
(C) O. Schwartz, Yann et Dupuis

Au début des années 1980, le personnage est en pleine révolution. La succession de Franquin fait rage. On avait confié à Jean-Claude Fournier le soin de continuer les aventures du personnage. Le sentiment de beaucoup est que Fournier l’avait affadi, ce qui était un peu injuste : succéder à Franquin était une mission quasi-suicidaire. Mais la direction de Spirou, qui envisage un moment de créer un studio afin de produire du groom en coulée continue, confiant trois albums à Cauvin et Broca, veut une présence régulière de son héros-titre dans le journal. Plusieurs pistes sont lancées. Finalement, c’est l’équipe la plus fiable, Tome & Janry, qui emporte le morceau. Nos deux Bruxellois deviennent les titulaires du personnage, créant même quelques années plus tard une étonnante spin-off, Le Petit Spirou.

Vingt-cinq ans plus tard, l’histoire se répète. Il s‘agit cette fois de trouver un successeur à Tome & Janry. Dupuis teste toutes les possibilités et la collection « Spirou & Fantasio par…  » correspond à ce souci d’expérimentation qui permettra, à terme, d’enrichir Spirou –un personnage racheté à l’auteur d’origine et qui appartient désormais à l’éditeur- par une multitude de thématiques qui offriront autant de perspectives de développement à l’avenir. Spirou est donc l’un des rares univers de la bande dessinée belge à avoir vu autant de dessinateurs l’animer. C’est très inhabituel en Europe, moins aux États-Unis où les personnages appartiennent majoritairement à leurs éditeurs.

Bref, au moment où Spirou se voit confié à Tome & Janry, la démission surprise du directeur éditorial d’alors, un certain… Jean Van Hamme, directeur général de Dupuis, met fin à l’aventure alors même que Yann achevait le synopsis d’un album intitulé… « Le Groom vert-de-gris » et que Chaland en exécutait les premières esquisses.

La vengeance d’Yves Chaland

Paradoxalement, c’est Émile Bravo qui, avec « Spirou : Le journal d’un ingénu » (2008), va briser l’anathème de la référence au passé. « Bravo reprend la démonstration que Chaland avait dû interrompre ai-je pu écrire : Il prouve que la nostalgie colle parfaitement au personnage de Spirou car elle s’insère dans une tendance évidente de nos jours mais qui, dans les années 80 n’en était qu’à ses balbutiements : le propos mémoriel.  » J’émettais l’hypothèse que la Ligne Claire était, dans le domaine de la bande dessinée, une des formes esthétiques de ce courant [1].

Un réseau très serré de références. Dans cet image, des hommages sont rendus aussi bien à Hergé, qu’à Vandersteen ou Yves Chaland.
(C)O. Schwartz, Yann et Dupuis

Quand il voit l’album de Bravo, Yann a de quoi lever le sourcil. L’idée de placer Spirou pendant l’Occupation, même si le dessinateur parisien situe son histoire en 1938, c’était son idée. La rencontre entre Spirou et Fantasio, le Moustic Hôtel réquisitionné aussi. Un résumé de l’histoire avait été publié avec quelques commentaires de Yann dans Les inachevés de Chaland chez Champaka [2]. En s’en inspirant pour son album, Bravo lui coupe un peu l’herbe sous les pieds. En revanche, la relation entre Spirou et une jeune fille juive, que l’on retrouve dans l’album de Yann, avait un précédent dans l’album de Bravo : Spirou a le béguin pour une jeune employée de l’hôtel, espionne du Komintern.

Il n’y a pourtant aucune malice de la part du dessinateur de Jules : Il est de tradition d’utiliser le patrimoine des illustrateurs précédents de la série pour proposer ses propres variations : Jijé a repris le contexte du Moustic Hôtel et le personnage de Spip à Rob-Vel. Sur la suggestion de Jean Doisy, le rédacteur en chef de Spirou, il créa Fantasio repris par Franquin. Tome & Janry et plus tard Morvan & Munuera utilisèrent le personnage de Zorglub créé par Franquin, etc.
Les éditeurs veillent à la cohérence, comme cela se fait dans la Continuity américaine. En réfléchissant sur le Spirou des origines, Bravo rend un hommage naturel à ses prédécesseurs, notamment à Chaland. Rien à dire. Si le succès de l’album de Bravo donne à Yann l’impression d’avoir été dépossédé d’une idée qui lui appartient, il lui offre néanmoins la possibilité de ressortir de ses tiroirs son vieux script. Il va cependant devoir adapter son scénario à la nouvelle donne impulsée par Bravo, sans parler d’un « effet doublon » sur la thématique. Cela le contrarie, mais c’est ainsi.

Des références précises

Avec Olivier Schwartz, il tient même un dessinateur virtuose. Totalement « chalando-compatible », il s’insère parfaitement dans le système référentiel mis en place par Yann : les personnalités de la BD défilent dans les cases : Hergé, Jacobs, Jacques Van Melkebeke, Franquin, Jijé, Chaland et leurs personnages Tintin, Blondin & Cirage, Gaston, Buck Danny, Bob & Bobette, Bob Morane (ou plutôt Bob Marone), Bob Fish voire même Pipit Farlouze de Riad Sattouf ! Pour comprendre toutes les allusions, il faut même être un expert : une affiche annonce un spectacle du baryton Delmas, nom de scène d’Edgar Pierre Jacobs lorsqu’il chantait à l’Opéra de Lille ; un aviateur britannique porte le patronyme de Rock Nidwell, fait allusion à Nick Rodwell, le redouté patron de la société Moulinsart…

La référence historique n’en est pas moins savante. On y fait allusion à la 28ème division SS Wallonie du SS-Obersturmbannführer et Volksführer der Wallonen Léon Degrelle qui s’était fait complimenter par le führer : « Si j’avais eu un fils, j’aurais voulu qu’il soit comme vous. » On y évoque le terrible camp de concentration belge de Breendonck, des actes de résistance clairement identifiés comme le mitraillage de la Gestapo. Une ravissante blonde nazie porte un nom qui évoque celui du père d’Adolf Hitler avant qu’il ne prenne le patronyme de son père adoptif (Chickengrüber dans l’album, Schicklgruber dans la réalité). Un cinéma joue le film antisémite allemand, «  Le Juif Süss . » On rappelle le rôle de la résistante belge Andrée De Jongh qui dirigea le réseau belge Comète, filière d’évasion pour les soldats alliés. On y parle d’un hôtel de maître réquisitionné à une famille juive, etc. Il n’est pas jusqu’à Jean Doisy, résistant communiste et rédacteur en chef du Journal de Spirou pendant la guerre, qui ne vienne ajouter au réseau de références [3]. Les mœurs des Belges sous l’Occupation, la « résistance passive », sont décrites en détail avec bonhomie et faconde et souvent, justesse. Des prisonniers résistants débattent de savoir si Hergé, dont les Aventures de Tintin paraissent dans « Le Soir volé » est oui ou non un collaborateur. Les avis sont partagés…

Bruxelles sous la botte nazie
(C) O. Schwartz, Yann et Dupuis

Le Breton Yann, qui habite Bruxelles depuis de nombreuses années, s’est également amusé à truffer ses dialogues d’expressions idiomatiques bruxelloises. Le très local « Non, peut-être ! » (affirmation positive) côtoie le «  Oufti  ! » liégeois (expression d’admiration)…. Dans la bibliothèque de Spirou, la comédie bruxelloise à succès, monument de la littérature bruxelloise, Bossemans et Coppenole , cache son appareil de transmission.

Mais cette érudition a ses limites. Ainsi, n’ayant pas de document sous la main, Schwartz donne à Jean Doisy, le chef des résistants, les traits de Jijé. Si Doisy est sans conteste un résistant avéré, il n’en est pas de même pour Jijé, inquiété après la guerre, au point de passer près de deux mois mois en prison, soupçonné de collaboration…

Il y a aussi cette vision hypertrophiée de la résistance qui n’a jamais pu s’exposer ainsi au grand jour, et encore moins en Battle Dress, des Allemands ridicules et apparemment inoffensifs, alors que les résistants fusillent, eux. Interrogé par nos soins, l’historien et politologue Joël Kotek ne s’offusque pas de cette « vision triviale » de l’Histoire. Il s’étonne seulement que les auteurs qui décrivent seulement deux personnages de collabos spoliateurs dans tout l’album, aient choisi de faire de l’un d’eux… un noir !, sans explication rationnelle. « Il y a peu de chances que les rexistes, parmi lesquels se recrutaient le plus grand nombre de collaborateurs, aient eu une quelconque sympathie pour les noirs », commente-t-il sobrement.

En introduisant la sexualité dans cette histoire, et ceci de façon ambiguë (Fantasio couche avec une soldate allemande ; Spirou a des sentiments pour une jeune fille juive planquée dans un grenier), Yann transgresse un autre interdit propre au groom, dont la charte éditoriale reste strictement bien-pensante dans la série régulière. C’est parce que cet album est publié dans une collection périphérique, « Les aventures de Spirou et Fantasio par… », que ceci est possible.

La polémique

Le 11 mai 2009, sur son blog, Joann Sfar donne son avis sur cet album, à sa façon un peu vibrionnante et parfois contradictoire. S’il reconnaît le talent de Yann, déclare apprécier son goût pour la subversion, s’il admet qu’il existe, même dans la BD, une littérature de résistance un peu ridicule qui méritait peut-être d’être déconstruite avec ironie, s’il constate également que, notamment depuis Indiana Jones, l’image du nazi est devenue un cliché anodin, il invite néanmoins à « lire sérieusement le livre de Yann . »

En procédant à une analyse des démarches respectives de Bravo et de Yann, par exemple. Elle permettrait de « …se déterminer face à deux types de modernité, deux relations, très différentes, à la provo punk, deux façons post-modernes de jouer avec les souvenirs d’enfance. » Un angle d’approche effectivement passionnant.
Sfar analyse : « Émile prend une grammaire ancienne et la met à l’épreuve de sentiments et d’intrigues complexes et actuelles… Yann choisit avec un respect glaçant de faire revivre le squelette narratif d’albums ultra-classiques. Mais c’est un bombardement en règle car tout y devient grinçant, compris de l’intérieur, perverti et complexifié. »
Sfar feint de ne pas être affecté par la démarche du Breton, mais il en tire cette conclusion : face à un Bravo qui laisse en fin de volume le lecteur « plein d’amour pour le héros, pour le monde… », « [Yann] va fouiller dans les parties les plus dégueulasses de sa mémoire et il met tout sur le papier et il a beau cacher ça sous une forme ancienne, il faut être aveugle pour ne pas s’apercevoir qu’il nous laisse nous démerder avec des choses vraiment sales. »

Il fait remarquer de la part de Yann, un curieux traitement de ses personnages juifs, une sorte d’obsession du scénariste. Lisant Le Groom vert-de-gris, il dit : «  Spirou entre par hasard dans une mansarde, qu’il y croise une Anne Frank qui même recluse arbore son étoile jaune, sous une poitrine naissante, et quand elle supplie Spirou de lui donner un baiser, où sommes-nous ? Nous sommes dans un moment qui combine de façon abominable une vision caricaturale de la femme, de l’amour, des juifs, de la déportation et de l’éveil des sens. C’est dans un moment comme celui-là qu’on a le sentiment de toucher du doigt un vrai antisémitisme. »

Antisémitisme ?

Il faut dire les choses comme elles sont : l’antisémitisme n’est constitué que quand on constate une stigmatisation caractérisée, un appel à la haine, ce qui n’est pas le cas ici. Ce livre n’est pas antisémite.

L’historien Joël Kotek, longtemps responsable pédagogique au Mémorial de la Shoah, trouve au contraire l’image d’Audrey positive « Elle est jolie. Le drame de la Shoah n’est pas dissimulé, de même que la dénonciation et la spoliation de la part des collaborateurs. Spirou se souvient de la jeune fille et la regrette. Que peut-on demander de mieux ? D’un point de vue historique, il est plausible aussi qu’elle porte l’étoile jaune chez elle en 1942, les rafles ne commenceront qu’à partir de mai de cette année. » Ajoutons que l’incohérence éventuelle de représenter une jeune juive portant à l’intérieur son étoile jaune sur la poitrine, alors qu’elle est cachée, est bien anodine. Si on ne l’avait pas mise, les lecteurs n’y auraient rien compris. C’est un « code », parfois nécessaire dans l’art elliptique de la bande dessinée.

Mais les mots ont un sens : Joann parle d’un « sentiment » d’antisémitisme. Il évoque un point de vue particulier, personnel. Quelle est la raison de ce ressenti ?

Antécédents

Il y a derrière cette philippique un certain nombre de choses subtiles que nos lecteurs doivent connaître s’ils veulent se faire sereinement une opinion. D’abord le fait que, dans cette affaire, Yann est sur la défensive.

Car évidemment, ce nouvel opus est obligatoirement comparé au précédent, celui d’Émile Bravo. Yann est obligé, dans les interviews, de faire observer que les prémisses de son histoire n’appartiennent qu’à lui, ce que Bravo admet volontiers. Est-ce pour défendre son ami («  Émile bravo est un proche ») que Joann Sfar se sent obligé de monter au filet ? Ou est-ce pour rappeler –ses allusions sont claires- qu’en ce qui concerne le judaïsme, Yann semble développer une sorte d’obsession ?

Cet album de Spirou reprend en effet un thème développé il y a vingt ans par le scénariste breton, alors qu’il animait la série La Patrouille des Libellules dont le deuxième tome, Requiem pour un Pimpf (Glénat, 1988) dessiné par Hardy, partage pas mal de points communs avec cette histoire de Spirou. Dans cet ouvrage, le jeune Hitler, traumatisé par un calcul en étoile de David imposé par son professeur de mathématique juif, développe une fixation qui expliquerait son antisémitisme. Humour de mauvais goût (« je ne veux voir qu’un seul nez », « Vous autres juifs masochistes, vous avoueriez même avoir crucifié le Christ, histoire de jouer les martyrs  ») et gags ambigus composent un scénario émaillé de références à l’Histoire dont les figures (De Gaulle, Rudolf Hess…) sont autant de pantins dont on se moque comme à guignol.

Yann et Hardy - La Patrouille des Libellules - Requiem pour un Pimpf (1988). Des voix s’étaient élevées contre cette représentation d’un prétendu professeur juif d’Hitler.
(C) Yann, Hardy, éditions Glénat.

On retrouve là quelques-uns des procédés récurrents de Yann qui débuta dans le sillage d’auteurs parodiques comme Joost Swarte ou Yves Chaland. Mais la dénonciation référentielle caractéristique de ces auteurs, toute post-moderne soit-elle, en ce sens qu’elle opère une déconstruction des codes de la bande dessinée classique, fait place chez le scénariste à un dynamitage systématique des institutions rendues dérisoires : Église, Scoutisme, Résistance, Histoire… Même si elle s’inspire d’une certaine modernité formelle, la dénonciation est ici essentiellement politique. Elle véhicule des concepts qui autorisent de s’interroger sur les intentions de l’auteur. Un quatrième album annoncé à la fin du troisième volume, « Pas d’Ausweis pour Auschwitz  » ne vit jamais le jour. Suite, paraît-il, aux doléances d’associations antiracistes, l’éditeur Glénat avait préféré arrêter la série.

Yann s’en expliqua peu de temps après dans Les Cahiers de la Bande Dessinée [4] et en rajouta dans la provocation : «  Pour me racheter, je vais faire un album exaltant les débuts de l’aviation israélienne en 1948. J’ai déjà le titre : Torah ! Torah ! Torah ! déclare-t-il, ou encore On m’accuse de parler des fours crématoires avec un humour décapant. C’est pourtant logique, non ?  » Sur un mode plus sérieux, il proclame : « Je refuse l’accusation d’incitation à la haine raciale et au révisionnisme […] Quant aux dessins outrés de Marc Hardy, ils ne font que caricaturer les caricatures antisémites, ridiculisant la propagande qui les employait pendant la guerre.  » « Une caricature de la caricature », l’argument est mince et n’éteint pas les critiques. À vingt ans de distance, donc, on se retrouve avec les mêmes suspicions.

D’autant que chez cet auteur, les occurrences en rapport avec le judaïsme se multiplient curieusement. Joann Sfar, dans son article, cite l’exemple de ce personnage qui, dans Les Innommables (dessins de Conrad), « dézinguait un bonhomme à gros nez et disait "l’ignoble petit juif". » Ce n’est d’ailleurs pas la seule pique de ce type dans cette série où d’autres communautés sont moquées. Plus tard, dans Les Éternels (Dessins : Meynet), Yann décrit le milieu diamantaire anversois dont nombre de commerçants sont des juifs orthodoxes et n’omet pas de signaler que le général Moshe Dayan, le héros israélien de la Guerre des six jours, dérobait les antiquités, ce qui est, paraît-t-il, la vérité. Dans un épisode d’Odilon Verjus : Folies Zeppelin, on retrouve à nouveau une jeune juive, activiste sioniste, en train de commettre un attentat contre des nazis…

Revoilà donc la « question juive » à nouveau évoquée dans cet épisode de Spirou ! Normal, direz-vous : cela se passe pendant l’occupation nazie en 1942. Occulter le sort des Juifs aurait été autrement plus critiquable ! [5]

Ce « judéo-tropisme » associé à une fascination pour la Seconde Guerre mondiale intrigue Joann Sfar qui s’interroge depuis des années, comme d’autres observateurs, sur les intentions du scénariste des Innommables. Pour certains lecteurs juifs à la sensibilité exacerbée, il est incontestable que Yann est « sous surveillance. »

Dans le tumulte de la Libération, Spirou se souvient d’une petite juive dénoncée par sa concierge.
(C) O. Schwartz, Yann et Dupuis

« politiquement correct » ?

Les Français ont horreur des donneurs de leçons, surtout quand elles viennent d’Amérique. Le « Politically Correct » horripile. C’est même devenu un jeu de faire bouger les lignes. Yann, comme Siné, comme d’autres, dansent sur la frontière du politiquement correct à la française.

Pas mal de nos lecteurs, en lisant son blog, considèreront que Sfar « va trop loin ». Il est clair que, dans la France du « gang des Barbares », celle où Dieudonné transforme l’historien révisionniste Faurisson en acteur comique, une chanson de rap (« antisémite ») se plaignant de la « censure » dont il fait l’objet, les Français n’ont rien à se reprocher…
La remise en cause du « politiquement correct » n’a pour certains qu’un seul sens : celui de libérer une parole inavouable. « Deux poids, deux mesures », entend-on souvent. Or, l’Affaire LICRA contre Siné a bien montré qu’on pouvait s’exprimer dans ce domaine sans encourir les foudres de la justice. L’arrêt fait jurisprudence. De même que celui de Siné contre Askolovitch qui réservait à ce dernier le droit de considérer que les propos de l’humoriste étaient antisémites.

Inutile donc, de sortir les grandes orgues de l’atteinte à la liberté d’expression. Joann Sfar ne fait qu’émettre une opinion, chez lui, sur son blog. Il n’exige aucune sanction contre Le Groom vert-de-gris et se contente d’avertir ses lecteurs. Certes, Yann aurait préféré que son confrère garde le silence, la saillie de Joann Sfar ne lui semblant pas « convenable ». Il lui répond sur Bodoï.com de façon courroucée. Face à une argumentation de Sfar brouillonne et maladroite, le scénariste belgo-breton n’élève pas davantage le débat.

Un tabou bien belge

Laissons-les à cette dispute qui laissera des traces pour constater ceci :

1/ Il n’y a pas eu en Belgique, comme en France, une réflexion profonde de la classe politique sur la période de l’Occupation. À quelques exceptions près, rares sont les historiens qui se sont penchés sur la question. Alors qu’en France, les plus hautes autorités de l’état (Jacques Chirac au Vel d’Hiv, 22 octobre 2008) reconnaissent « une dette imprescriptible » à l’égard des déportés, la Belgique est restée étrangement floue sur ce point. Yann n’a sans doute pas pris la mesure de ce tabou.

Breendonck, vrai camp de concentration, devient une corvée de chaussures
(C) O. Schwartz, Yann et Dupuis

Les Belges qui ont vécu cette période ne peuvent qu’être interloqués par la légèreté avec laquelle certains faits sont traités : la torture de la « baignoire » devient un running-gag rigolo ; Breendonck, un camp de concentration dont peu de Belges sortirent vivants, où les résistants étaient décapités à la hache, semble n’être qu’un immense champ de bottes nazies à cirer ; les partisans sont d’aimables niais en uniforme prêts à tomber dans le premier piège venu. Mais soit, c’est le droit à la caricature.

Il est probable que Charles Dupuis, échappant de peu à la captivité et dont toute la famille se trouvait à Londres pendant la guerre [6] ou encore Jean Van Hamme, dont le père était résistant, n’auraient jamais laissé paraître cet ouvrage en l’état. Il a fallu un actionnaire, un administrateur-délégué, un directeur général français et un éditeur un peu jeune qui n’a pas connu cette époque pour que cela fût possible.

2/ Le principal reproche que l’on puisse faire à cet album réside finalement dans sa structure. L’incroyable finesse des références, la richesse même des allusions, trop nombreuses, souvent trop obscures, lesquelles sont là pour rappeler au lecteur combien l’ouvrage est appuyé sur une solide documentation, est en contradiction frontale avec la trivialité dans son traitement de l’histoire.
Une image à elle seule résume l’esprit de l’album, celle de la page 10 où l’aviation allemande survole la ville. On y voit l’Hôtel de Ville accolé au Palais de Justice, alors qu’ils sont éloignés de plus d’un kilomètre, tout le reste du paysage étant à l’avenant. Ces incohérences sont du chef de Schwartz, mais résultent du scénario. Ce n’est pas Bruxelles, ce n’est pas la Belgique, mais son ersatz qui est proposé au lecteur, une rêverie improbable à laquelle s’est livrée Yann, le fantasme d’une Belgique inconnue.
C’est aussi une caractéristique de notre époque que de traiter de ces sujets avec désinvolture. Il faut peut-être cela pour que les nouvelles générations se réapproprient plus sereinement l’histoire. Mais faut-il le faire alors que, contrairement à la génération précédente, les acteurs de ce drame sont encore là ?

Une Bruxelles fantasmée
(C) O. Schwartz, Yann et Dupuis

3/ Enfin, Spirou, le « Champion de la bonne humeur » méritait-il cela ? Au figuré, « vert-de-gris » signifie « Ce qui attaque, corrode, dénature… ». Au sens propre, il s’agit d’un dépôt verdâtre, extrêmement toxique.

C’est bien le mot qui caractérise cette polémique : dans le contexte actuel, elle est toxique. Un dommage collatéral dont Yann n’a peut-être pas mesuré toute l’importance.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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[1Didier Pasamonik, in « Émile Bravo et Spirou : Du bon usage de la nostalgie, Mundo-BD.fr, 22 mars 2008.

[2Yves Chaland, Les Inachevés, Champaka, Bruxelles, 1995.

[3Georges Evrard, alias Jean Doisy, était un romancier reconnu qui publia notamment chez Dupuis des œuvres originales et des traductions de romans policiers. Il chronique régulièrement dans Le Moustique dès le milieu des années trente. Il prend la rédaction en chef de Spirou depuis sa création en 1938 jusqu’en 1955. Il est à ce titre un des fondateurs de l’école de Marcinelle On lui doit notamment la création du personnage de Valhardi dessiné par Jijé. Il était connu pour ses sympathies communistes. Cf. Thierry Martens, Le Journal de Spirou 1938-1988 : Trente ans d’histoire(s). Éditions Dupuis, Marcinelle, 1988.

[4In Les Cahiers de la Bande Dessinée N°85, Glénat, Grenoble, juin 1985, page 55 à 60.

[5Cela l’a été pourtant, pendant de nombreuses années, dans des récits de résistance comme Bernard Chamblet de Le Rallic ou Le Grêlé 7-13 de Lécureux, Nortier et Gaty, dans Pif.

[6En janvier 1943, la Propaganda Ableitung propose l’introduction d’un administrateur allemand dans la maison. Devant le refus de Charles Dupuis et son beau-frère René Matthews, les journaux de l’entreprise sont interdits, le papier réquisitionné.

 
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34 Messages :
  • Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris
    11 juin 2009 23:42, par francois d

    il n’en est pas de même pour Jijé, inquiété après la guerre, au point de passer près de six mois en prison, soupçonné de collaboration…

    cher Didier,
    une petite correction s’impose : Jijé a été interné, sans condamnation, sept semaines dans la caserne Bisman à Dinant, juste après la libération de la ville (le 7 septembre 1944) et ce, tout en continuant a dessiner ses planches (Spirou, Jean Valhardi et la fin de Christophe Colomb). Pour travailler dans le journal Spirou durant les années d’occupation, il était détenteur d’une carte de presse fournie par la Propaganda Abteilung à la demande de Jean Dupuis et Jean Doisy. C’est le même Jean Dupuis qui attestera de l’honorabilité de Jijé vers la mi-octobre, et Doisy qui interviendra auprès du ministre Demany pour accélérer le passage de son cas devant une commission d’épuration présidée par le juge de paix local.

    fd

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 12 juin 2009 à  08:42 :

      Je me basais sur un témoignage de Will. J’ai corrigé l’article. Il aurait subi une vengeance de la part d’une personne devant qui il aurait exhibé la fameuse carte de presse fournie par la Propaganda Abteilung.

      On notera que ce sont les ventes des albums, en particulier Don Bosco ,qui ont sauvé les entreprises Dupuis durant cette période.

      Répondre à ce message

  • Et allez ! De l’aveu même de l’auteur de cet article, Yann n’a fait qu’effleurer le thème du judaisme, avec respect et mesure, thème d’ailleurs indispensable pour traiter de cette époque (ne pas l’évoquer aurait heurté). Et pourtant on n’échappe pas à un texte sur l’antisémitisme dans ActuaBD ! Et sur facilement 400 lignes ! Cela m’aurait étonné de votre part.

    L’alibi ? "La polémique Yann/Sfar" que vous mêlez à la présentation de la nouveauté "Spirou" pour donner plus de corps à ce... dossier (on n’est plus dans le simple article, là).

    Dossier qui imite, d’une certaine façon, la méthode doucereuse d’un Joann Sfar : aux "félicitations" amères du premier, vous enfoncez le clou avec un article d’apparence impartiale (défendant Yann par endroits) mais dont le but est d’en rajouter une couche, grâce au levier du "peut-être antisémitisme" soulevé par Sfar dans la chambre d’Audrey... avec, bien sûr, le passé abominable de l’auteur lui-même qui adore les sujets qui fâchent (il fallait bien le lièvre soulevé par Sfar pour y arriver, le peu de matière directement issue de l’album n’y suffisant pas).

    Et voilà : de fils en aiguilles, de citations en supputations, de louvoiements en cheminements, vous en êtes arrivé là où vous le désiriez : Yann ne serait-il pas antisémite ? (surtout ne pas donner la réponse, elle naîtra d’elle-même dans le coeur de vos lecteurs)

    Vous voulez vraiment servir cette cause ? Ne la mettez plus en exergue. Vraiment.

    Le Breton Yann, qui habite Bruxelles depuis de nombreuses années, s’est également amusé à truffer ses dialogues d’expressions idiomatiques bruxelloises

    ... tout comme le sud-américain Goscinny s’est amusé à dépeindre les français (et autres) tels qu’il les découvre en arrivant en Europe, ou le "so british" major Thomson lorsqu’il évoquait notre société si typique. Il faut parfois avoir du recul pour mieux analyser ce que nous, indigènes, ne voyons plus.

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    • Répondu par David BARAN (Brian Addav) le 12 juin 2009 à  15:16 :

      Et voilà : de fils en aiguilles, de citations en supputations, de louvoiements en cheminements, vous en êtes arrivé là où vous le désiriez : Yann ne serait-il pas antisémite ? (surtout ne pas donner la réponse, elle naîtra d’elle-même dans le coeur de vos lecteurs)

      Tout à fait, c’est exactement ce qui ressort de cet article inutilement long. C’est dommage, il y avait beaucoup et surtout mieux à dire sur cet album.

      Deux petites remarques :

      Certes, Yann aurait préféré que son confrère garde le silence, la saillie de Joann Sfar ne lui semblant pas « convenable ». Il lui répond sur Bodoï.com de façon courroucée. Face à une argumentation de Sfar brouillonne et maladroite, le scénariste belgo-breton n’élève pas davantage le débat.

      (On passera sur la qualification de belgo-breton de Yann, alors qu’il aurait suffit simplement de citer son patronyme, ou a contrario, d’en attribuer un à Sfar, mais le procédé, forcément réducteur, dans une critique ciblée, est facile et surtout connu).

      La réponse de Yann dans Bo Doï est simple :

      Après tout, pourquoi tout ceci me dérange-t-il autant ? Ce n’est finalement pas tant la teneur intrinsèque de ses jugements péremptoires et expéditifs que le fait qu’ils soient énoncés par un auteur en activité qui me choque. En effet, ce que j’accepterais plus facilement d’un critique indépendant, j’ai du mal à l’admettre d’un confrère.

      Et pour finir, puisque vous semblez si bien le connaître pour présumer de ses pensées, je serais vraiment ravi d’avoir l’avis réel de Jean Van Hamme sur cet album.
      Puisqu’a priori, à vous croire, il

      n’aurai(en)t jamais laissé paraître cet ouvrage en l’état.

      Je serai curieux d’avoir confirmation de sa part.

      J’ose espérer que pour relever le niveau de cet article, après avoir instruit le procès à charge de Yann, vous lui donnerez la parole pour qu’il puisse, et encore, s’il le désire, donner son point de vue et éclairer toutes vos questions existentielles sur la pseudo-toxicité de cet album.

      Cordialement,

      David BARAN (Brian Addav)

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 12 juin 2009 à  16:57 :

        Si messieurs Jean Van Hamme et Yann veulent s’exprimer, nos colonnes leur sont ouvertes.

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  • Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris
    12 juin 2009 04:18, par Fred Boot

    Didier, bon courage car j’ai l’impression que ça va chauffer sur ActuaBD.

    Pas mal de nos lecteurs, en lisant son blog, considèreront que Sfar « va trop loin ». Il est clair que, dans la France du « gang des Barbares », celle où Dieudonné transforme l’historien révisionniste Faurisson en acteur comique, une chanson de rap (« antisémite ») se plaignant de la « censure » dont il fait l’objet, les Français n’ont rien à se reprocher…

    Pourquoi ce paragraphe ? À quoi rime ce contre-argument anticipé ? Si je me lançais dans une parodie de Sfar, je pourrais dire "lisez cette phrase sérieusement".

    Evoquer d’office une "francitude" nauséabonde pour ceux qui critiqueront Sfar, c’est aussi absurde, idiot et contre-productif que si quelqu’un évoquait le lobby juif en lisant l’article du dessinateur.

    Faut-il montrer son pedigree pour trouver charmante et absolument pas antisémite l’idée d’un Spirou amoureux d’une jeune et jolie juive ? Bien sûr que non, or si je ne m’appelle pas Joël Kotek, responsable du mémorial de la Shoah, mais plutôt Frédéric Bouteiller humble lecteur d’ActuaBD (pour prendre un patronyme saugrenu bien franchouillard, choisi au hasard évidemment) j’ai l’impression qu’il faut que je fasse d’avance profil-bas. On va où comme ça ? Ca me désole, ça me fatigue, on vit une période vraiment à la con tout de même.

    J’imagine Didier que vous avez vécu des confrontations et des tensions qui vous mettent sur la défensive, mais de grâce ne tombez pas dans ce travers.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 12 juin 2009 à  08:50 :

      J’imagine Didier que vous avez vécu des confrontations et des tensions qui vous mettent sur la défensive, mais de grâce ne tombez pas dans ce travers.

      Quel travers, celui du débat ?

      On y renoncerait parce que cela vous "fatigue" ?

      Croyez-vous que Yann ait choisi ce thème innocemment ? Il savait que cela ferait débat.

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      • Répondu par Fred Boot le 12 juin 2009 à  09:43 :

        Le travers de déterminer qui vient d’où pour juger de tel ou tel propos. Il y a matière à débat justement sans qu’on se lance dans des catégorisations a priori. En quoi être né en France obligerait à plus de retenu envers les propos de Sfar ?

        Je trouve personnellement que c’est idiot, et même un contre-sens, de parler de sentiment antisémite lorsque qu’on voit une jeune juive embrasser un Spirou héroïque, je trouve au contraire l’image vraiment charmante (Yann n’étant pas un "cas clinique" qui brasse que la merde, il est capable de ce genre de moments tendres même dans les Innommables). Ma parole serait-elle moins légitime qu’un autre (Joël Kotek par exemple) à cause de mon lieu de naissance et de quelques énerguménes du moment qui y officient (Dieudonné, Fofana & co) ? Bien sûr que non. Enfin j’espère...

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      • Répondu le 12 juin 2009 à  11:10 :

        On y renonce parce que cela est facile.

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  • Les tabous sont fait pour être bousculés un jour ou l’autre, et cela va dans un sens comme dans un autre. Je ne vois pas pourquoi on pourrait d’un côté développer le sujet (sensible, lui aussi) des résistants communistes rêvant de faire de la France un Etat stalinien, satellite de l’URSS, et de l’autre se voir interdire le sujet d’hommes comme tout le monde ayant, un temps ou toujours, été fourvoyés par l’Ordre Nouveau promis par Hitler. Les deux ont existé. Vouloir éviter d’en parler relève de l’aveuglement ou d’un sentiment de honte déplacé. Dans la BD comme dans la littérature ou le cinéma, il y a des tabous qui doivent tomber, toute ma sympathie à Yann.

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  • Article passionnant, même si son prétexte est léger : certains, comme Sfar, voient des antisémites partout.
    Une grande partie des références du livre échapperont à la plupart des lecteurs. S’il faut une explication détaillée pour chaque case !
    Vouloir représenter sur le mode comique des évènements tragiques met souvent une partie du public mal à l’aise, ce qui est normal. Beaucoup de livres ou de films traitant de manière parodique cette période ont choqué.
    Je n’ai trouvé aucune trace d’antisémitisme dans ce livre. Sfar fait son numéro...
    Mais certains détails m’ont laissé effectivement perplexe.
    Le fait qu’un des deux collabos soit un noir.
    La grande case représentanr les femmes tondues à la libération, dont on se demande le rapport avec l’histoire.
    Le fait que Spirou, arrêté pour des faits de résistance, passe le reste de la guerre en prison à simplement cirer des chaussures.
    Bien sûr, s’il avait été fusillé, il n’y aurait plus d’histoire !
    Mais cela n’empêche pas cette BD d’être remrquable et de procurer beaucoup de plaisir au lecteur.

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  • Moi, ce qui m’interpelle dans cet album, c’est que Spirou, visiblement amoureux de la jeune fille ne fait rien de particulier pour essayer de la retrouver même en Allemagne.
    Je me doute bien qu’elle est sans doute morte mais ce n’est pas clairement expliqué.
    Quest elle vraiment devenue ?
    Quant à la poitrine de la fille, elle est normale pour une adolescente de son âge, si elle n’en avait pas eu qui aurait été équivoque.
    Enfin même si elle se cachait, je rappelle qu’a l’époque les étoiles juives devaient être solidement cousues sur les vetements^au point qu’il devenait difficile de les enlever sans déchirer le vêtement et qu’a cause des restrictions les textiles étaient rares et que l’étoile juive avaient a l’époque été imposée aux juifs de Belgique par l’Association de Juifs de Belgique et non par l’Occupant.
    C’est le grand rabbin de Belgique qui avait ordonné cela aux juifs pour plaire aux Boches.
    Ceci dans l’espoir de se voir épargné .
    Bien sûr, il a lui aussi été déporté....

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  • Je reste assez sidéré par la réaction de Sfar, notamment quand il écrit sur con blog : "Nous sommes dans un moment qui combine de façon abominable une vision caricaturale de la femme, de l’amour, des juifs, de la déportation et de l’éveil des sens. C’est dans un moment comme celui-là qu’on a le sentiment de toucher du doigt un vrai antisémitisme."

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  • Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris
    12 juin 2009 17:57, par Philippe C

    Quelle discussion pour un épisode, plutôt réussi d’ailleurs, de Spirou !
    Quelle sera la prochaine polémique ?
    - Les schtroumpfs racistes ?
    - Largo Winch homophobe ?
    Il serait bon de laisser les choses à leur place et ainsi d’apprécier les Bandes Dessinées à la hauteur de leurs prétentions.
    D’ailleurs, les libraires de BD semblent l’avoir bien compris en accordant leurs prix 2009 à "Shutter Island" de De Metter, ce qui nous remonte d’un cran par rapport au Spirou de E. Bravo en 2008. Félicitations donc à Christian De Metter ... et aussi à Yann et Schwartz pour un bon moment de lecture.

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  • Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris
    12 juin 2009 18:26, par Frenchoïd

    Jean Van Hamme, directeur général de Dupuis, met fin à l’aventure alors même que Yann achevait le synopsis

    Sur Bodoï.com Yann présente les choses autrement : « (...) Seulement, Jean Van Hamme, alors directeur éditorial, est parti et, comme c’est souvent le cas lorsqu’une équipe change, ses projets - dont notre Spirou - ont été balayés. » Je vois une nuance.

    n’ayant pas de document sous la main, Schwartz donne à Jean Doisy, le chef des résistants, les traits de Jijé

    Il est donc d’autant plus regrettable que personne, manifestement, ne se soit rappelé le premier des deux tomes de l’intégrale des Spirou par Rob-Vel chez Michel Deligne : page 127, on a une photo et deux dessins.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 12 juin 2009 à  20:10 :

      Jean Van Hamme, directeur général de Dupuis, met fin à l’aventure

      Vous avez raison. Dans Les Inachevés, Yann écrit en 1992 :"Hélas, après une demi-douzaine de pages, la soudaine démission du directeur éditorial des Editions Dupuis permet au tandem légitime d’obtenir l’interruption du nouvel épisode."

      Ce n’est donc pas Jean Van Hamme, mais sa démission qui met fin à l’aventure. Je modifie le texte en conséquence.

      Merci pour vos remarques.

      Dans l’intéressante scène que vous décrivez, Mein Kampf vendu au rabais, montre bien que le créateur de Spirou avait le sens de l’Histoire...

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      • Répondu par Frenchoïd le 12 juin 2009 à  21:37 :

        Mein Kampf vendu au rabais, montre bien que le créateur de Spirou avait le sens de l’Histoire...

        En effet. Et quand bien même il ne l’aurait pas eu, elle se serait chargée de le lui inculquer, puisque c’est parce qu’il a été appelé sous les drapeaux que Rob-Vel a dû abandonner son petit groom...

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      • Répondu par Frenchoïd le 12 juin 2009 à  22:27 :

        Mein Kampf vendu au rabais, montre bien que le créateur de Spirou avait le sens de l’Histoire...

        Edit : L’épisode en question, La jeep de Fantasio, est de Jijé et non de Rob-Vel. Il a paru à partir de fin 45, époque à laquelle il était plus facile de brader Mein Kampf que ça ne l’aurait été quelques mois plus tôt à peine.

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  • Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris
    12 juin 2009 19:17, par Frenchoïd

    n’ayant pas de document sous la main, Schwartz donne à Jean Doisy, le chef des résistants, les traits de Jijé.

    Quand on cherche, on trouve : dans La jeep (le Spirou par Jijé), page 13, on voit une scène de marché (déjà !) dans laquelle un broc qui n’est autre que Doisy propose à trois chalands (encore ?!) aux traits de Morris, Franquin et Paape, un exemplaire de... Mein Kampf !
    Décidément, on n’en sort pas (et Yann, je suis ton prochain documentaliste ;-P).

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  • Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris
    12 juin 2009 20:35, par Hellboy

    Une polémique bien saugrenue s’il en est (mais peut être Sfar règle-t-il ses comptes, en effet). Il dédouane Indiana Jones et OSS 117 à propos des SS car il les juge parodiques mais peut être aussi parce qu’ils sont réalisés par des auteurs juifs. Idem pour la Grande Vadrouille à laquelle cette aventure de Spirou m’a fortement fait penser. Alors certes le récit est un peu fourre-tout et farci de références mais il n’est certainement pas antisémite, explicitement ou implicitement.
    C’est une très bonne histoire de Spirou.

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    • Répondu par Jean le 19 juin 2009 à  13:28 :

      Je suis tout à fait d’accord avec vous ! La jalousie de Sfar et ses critiques me mettent en rogne. C’est un très bon album. Le dessin est vraiment parfait et convient parfaitement à l’histoire. Le passage dans Spirou était accompagné d’une page explicative assez bien faite. Cela serait intéressant que Dupuis fasse une édition spéciale avec les pages explicatives parues dans Spirou.
      Historien de profession, je n’ai pas été vraiment gêné par les erreurs historiques. Il faut souligner que cet album de bd est avant tout un divertissement, très bien réussi et non pas une reconstitution historique rigoureuse.
      Antisémite ? Non, pas vraiment ! Nous vivons dans un monde où bientôt les médias présenteront des films, bd, oeuvres littéraires, aseptisés. Plus de notions de religions, d’ethnies (naturellement des bd en n. et b.), évitons tous les évènements historiques sensibles (Révolutions, guerres, etc.) Pour la parité, il faudra un équilibre entre les personnages, gros, petit, maigre, grand, etc.
      Comme disait un chroniqueur de France Inter, il y a quelques années, dans sa chronique quotidienne : "Nous vivons dans une époque moderne"...

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  • un graphisme frais ?
    ah. moi, j’y vois un graphisme, certes talentueux, mais incontestablement sous l’influence totale de Chaland.

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    • Répondu le 13 juin 2009 à  18:26 :

      D’accord avec vous, ce graphisme n’a rien de frais, c’est même plutôt du réchauffé.

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    • Répondu par Michel Dartay le 13 juin 2009 à  19:54 :

      Son encrage n’a pas la vivacité hardie d’un Chaland, pour moi, il s’inscrit plus dans le sillon de Jean-François Biard, autre élève doué de l’école de feu-Chaland.

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      • Répondu par Alex le 14 juin 2009 à  03:06 :

        Allons, allons un peu de mesure …et d’indulgence. Il est clair que l’auteur ne peut se dédouaner de l’influence de Chaland. C’est plutôt une bonne référence, non ?... C’est très punk comme attitude – ou devrais-je dire post-moderne. Imitation de l’imitation. On en vient à une forme très abstraite finalement. J’aime ces déclinaisons !

        Pour revenir dans le sujet... je me demande (je n’ai pas encore lu l’album),mais à la vue de l’extrait reproduit ici, je suis perplexe face à la réaction de Spirou et son graffiti « Mort aux boches ». Cela me semble autant sujet à discussion que le supposé anti-sémitisme de cet album.

        Citons Marijac et « les 3 mousquetaires du Maquis », une bd résistante et créée sous la résitance –on y parle pas de « boches »- référence généraliste au peuple allemand mais de « Doryphores ». Il y a une très claire ligne de mépris à l’encontre des forces SS. Et pour moi Marijac a enfoncé une fois pour toute avec son humour si terre- à-terre les nazis et néo-nazis, en se reférrant à eux comme « les bons aryens ».

        J’apprécie au plus haut point que Sfar -que je trouve être un auteur "surfait et d’un intérêt anecdotique" puisse venir avec de telles références aussi peu importantes. Je dois avoir un complexe de classe assez idiot face "à la bd tout-public" et n’avoir pas compris encore que même les dessinateurs les plus intelligents -ou malins puissent trouver un intérêt quelconque à ces idioties,

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      • Répondu le 14 juin 2009 à  08:42 :

        ben oui, c’est tout de même dommage de voir un dessinateur doué comme ça s’inféoder totalement à un autre auteur - fut-il aussi exceptionnel qu’Yves Chaland, paix à ses mânes. et personne n’a l’air d’être gêné.
        enfin, bon, ça change des sous-Franquin, Conrad, etc.

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  • Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris
    16 juin 2009 18:43, par jean paul moulin

    Félicitations Didier pour un traitement certes long mais fort intéressant de ce débat. Il me semble que le mot de polémique est un peu exagéré sur la base du post de Sfar. En tout cas ce sujet pose bien la question de la responsabilité éditoriale et de celle des auteurs vis-à-vis des jeunes lecteurs. La lecture de cette album en pré-publication dans Spirou m’avait laissé un goût amer : la relation de Fantasio avec l’allemande, la torture banalisée, la sur-référence. Tout ça donne le sentiment d’un enfant gâté qui casse tout dans le magasin de jouets. Il est clair que rien n’est sacré, mais voilà, faire un album de Spirou qui paraît dans un journal lu par des dizaines de milliers de gamins, ça devrait entraîner quelques responsabilités, non ? Je pense qu’on ne peut pas taxer Yann d’anti-sémistime volontaire, mais voilà, à force de dire "Tous des cons", on se prend à ressembler involontairement à ceux qui ont de la haine pour certains groupes. Il y a une tendance dans le magazine à faire du ’Patrick Sébastien’ sans tenir compte des jeunes lecteurs et le succès du Petit Spirou qui ratisse très bas ne doit pas arranger les choses...

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  • Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris
    23 juin 2009 16:29, par onc’ jean marc

    Je ne sais pas où Sfar peut y voir de l’antisémitisme, et votre enquête sur l’oeuvre de Yann n’apporte rien , au contraire elle donne de l’eau au moulin de Sfar , le provo... Bref une polémique stérile, alors que cet album mérite beaucoup mieux !
    J’ai envoyé ce texte à tous mes potes...
    Spirou et Fantasio ….Le groom vert de gris …
    Que de temps il aura fallu pour qu’enfin les aventures de Spirou se déroulent dans un mode réel ! Le pauvre Franquin devait en gommer tous ses aspects ! Les éditions Dupuis et son journal ne l’aurait accepté. Résultat Modeste et Ponpon, ne vivaient pas ensemble, chacun de leurs cotés avec les neveux et nièces, comme Donald et Daisy, Mickey et Minnie … Gaston ne voyait jamais Melle Jeanne le soir en dehors du boulôt , et le seule femme, pourtant mimi, chez Spirou et Fantasio, portait trop bien son nom de Seccotine ( première marque de colle forte vendue en tube dans les années 60 ! ) …
    Alors si Yann appelle Glu-Glu l’une de ses héroïnes, ce n’est évidemment pas un hasard ! Enfin Spirou et Fantasio sont adultes ! Ou plutôt ont une sexualité ! Dans cet épisode Yann continue, ce qu’Emile Bravo avait commencé dans le Journal d’un Ingénu , pour notre plus grand bonheur ... Rendez vous compte alors que Fantasio lui propose d’aller à un concert de jazz, Glu-Glu à une idée bien plus hot, qu’elle affirme haut et fort en s’en foutant pas mal des regard obliques des voisins honnêtes : « Allons dans ta chambre ! » lui répond t’elle en l ‘entraînant dans l’escalier … Elle y découvrira le caractère international des attributs de son chéri et nous une belle bagarre entre deux femmes peu disposées à partager ! Qui en sortira vainqueur ? Comme dans tous les bons feuilletons … Suite au prochain épisode …
    Glu –Glu et Fantasio sont des zazous, une « jeunesse pathétique, dégénérée et innommable ! », qui n’hésitent pas à aller se baigner sur les plages du nord infestées de soldats avec une traction jaune aux décorations incroyables ! Et pourtant malgré tous leurs efforts pour être vus, ils passeront inaperçus de l’occupant ! Véridique ! Avec Yann et Shwartz le groom est loin d’être vert de gris. Spirou est trop jeune et trop pur , pour ces jeux d’amour ! Même s’il résiste au Moustic Hotel, le siège de la Gestapo bruxelloise , où cela ne rigole pas, lui en restera au stade chaste des baisers, avec Audrey, la jeune fille juive dont le sort est hélas scellé par les nazis.
    Avec énormément de références à Hergé, à qui Yann n’hésite pas à emprunter des personnages, les auteurs nous promènent dans un Bruxelles des années noires, dans le quartiers populaire des Marolles qui n’abrite pas que des mariolles, et où se pose comme partout la question d’y choisir un camp : celui de la peste brune ou de la résistance !
    Avec l’humour des auteurs qui rendent l’un des meilleurs hommages qui soit à l’univers loufoque de Franquin qui doit bien en rire .
    Avec la précision du trait d’Olivier Schwartz qui signe un album majeur en truffant ses vignettes de références à la bande dessinée franco belge, aux comics, aux lettrages d’Uderzo et Goscinny …
    Avec beaucoup d’émotions et de rebondissements dans l’intrigue, ou de petits animaux jouent un grand rôle, jusqu’à la victoire finale des forces alliées.
    Avec les scènes du zoo , ou de singuliers résistants de la vingt cinquième heure remplaceront les fauves, pour tondre de pauvres malheureuses…
    Avec la mer du nord pour dernier terrain vague ...
    Alors comment vont-ils faire mieux ? On se le demande …
    Onc’ Jean Marc
    L’album est indissociable du précédent, celui d’Emile Bravo …

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    • Répondu le 24 juin 2009 à  08:17 :

      "Enfin Spirou et Fantasio sont adultes !"

      Comme si c’était devenu honteux de faire de la bande dessinée pour enfants. Spirou s’adresse à qui aujourd’hui ? À des adultes qui veulent voir les héros de leur enfance évoluer avec eux, qu’ils aient une sexualité, qu’ils s’engagent politiquement, qu’ils soient dans "la réalité"... et tant pis pour la dimension fantastique de l’enfance. Bin non, désolé, je n’adhère pas à ce nouveau courant conformiste. Ce n’est pas parce que la bande dessinée a été enfantine et infantilisée trop longtemps qu’ aujourd’hui il est sain de rendre toute sa production adulte.
      Je ne crois pas que la voie à privilégier pour les prochains tomes de cette collection "Spirou et Fantasio par..." soit uniquement adulte.

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      • Répondu par onc jean marc le 25 juin 2009 à  16:01 :

        J’espère ne pas avoir provoqué une autre polémique.. Mais je préfère ce débat à l’autre ...Sur ce sujet, chacun ses choix et ils sont respectables...Je croyais avoir compris que cette collection se devait de s’affranchir, d’être plus en lien avec le réel ... Et puis on ne va pas les lire uniquement pour quelques images de sexualité bien soft ... Etonnant que personne n’ai intenté de procès à Yann pour machisme !

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  • Etrange cette polémique ! J’ai parfois entendu de vrais propos antisémites qui ne soulèvent pas la moindre réaction (sauf mon indignation) alors que des traits d’humour grinçant provoquent un tollé.

    C’est peut-être la force de ce genre d’humour, mettre l’humain face à lui-même.

    L’humour noir de Yann peut paraître "limite" mais recèle entre les lignes beaucoup d’humanisme.

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  • Pour certains tout est antisémite... Pourtant, je trouve plutôt touchant cette "aventure" avec la petite juive ! Par contre, il est vrai que cette période est plutôt peu compatible avec le Spirou de mon enfance : la baignoire, etc... Mais le dessin est superbe et l’histoire plaisante (pour un adulte).
    Mais par pitié, cessez de toujours resortir l’antisémitisme pour tout et rien.

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  • Spirou et Fantasio : Une polémique vert-de-gris
    26 décembre 2011 15:43, par Le Deaut Cyrille

    Cette polémique n’aurait jamais pu naître sans l’antériorité de la bédé parodique de Yann/Hardy : "Requiem pour un
    Pimpf"... J’aime beaucoup Yann, un des rares scénaristes qui permet à des lecteurs de s’intéresser à l’Histoire au pluriel mais c’est aussi vrai que je lui trouve des obsessions étranges pour la deuxième guerre mondiale, des personnages représentant des Juifs ou plus récemment des Israéliens (pas toujours sympathiques)... Et puis, cette bande dessinée de la Patrouille des Libellules - même en s’abritant derrière l’humour noir - est plus que limite... En tout cas, elle est dérangeante avec ses "blagues" autour du "bon docteur Petiot", un rescapé des camps appelé "youpin" par des résistants français et des nazis traitant les déportés de "maudits juifs masochistes"... Faire voler en éclat les codes et la morale dominante, c’est parfois jouissif mais se dire que de tels albums sont aussi lus par des personnes qui ne disposent pas d’une vision critique voire d’un public jeune (ados), je trouve ça plus gênant... En tout cas, c’est dérangeant... Le paradoxe c’est que je relis souvent ce troisième album des Libellules... Quant au Spirou Vert-de-gris, il me choque moins... Même si le vrai résistant est Poildur et non Spirou... Même si le traitement des Collabos y est quasi absent, même si l’horreur des camps est à peine suggérée... Au fond, je trouve surtout cet album bien moins riche que celui de Bravo qui s’adresse davantage à notre intelligence, suggère plutôt qu’il n’impose une vision de l’Histoire.

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