Superman, 80 ans et toujours super !

8 juin 2018 2 commentaires
  • En juin 1938 paraissaient presque concommitamment la première aventure de Superman et celle de Spirou qui l’avait précédé de trois mois... Bon cru : l’un et l’autre sont encore publiés aujourd'hui ! 80 ans, et quelle vitalité ! Si Spirou reste au service de ses concitoyens, qu'en est-il de Superman? Incarne-t-il encore la superpuissance de l’Amérique ?

Les attributs de Superman n’ont rien de bien original. On y recycle des mythes très anciens : la force herculéenne d’Héraklès, la faiblesse de Samson qui perd sa force lorsqu’on lui coupe les cheveux... Il doit aussi au Christ les couleurs de son costume, sa façon de monter au ciel et de vouloir sauver le monde à tout prix.

Ajoutons qu’en dépit du fait que ses auteurs soient d’origine juive, que ses parents portent des noms hébreux, qu’il vit sous une double identité comme bon nombre d’auteurs juifs de comics (Kirby/kurtzberg, Kane/Kahn, Stan Lee/ Stanley Lieber…), que le monde de ses origines a disparu corps comme le Yiddishland de ses auteurs, que Superman arrive sur terre dans une capsule/landau qui ressemble beaucoup au panier d’osier de Moïse, [Superman n’est pas juif puisqu’il prie et se marie au temple… « Il est marrane ! » [1] me dit mon ami l’historien et politologue Joël Kotek.

Il impose le standard du comic book

N’empêche qu’il réussit la synthèse entre l’industrie des « pulps », ces romans de gare bon marché aussi appelés « Dime Novels » (remarquez que le numéro d’Action Comics avec Superman est vendu 10 cents, soit un dime) et la bande dessinée jusque là réservée aux suppléments du dimanche des grands quotidiens : le comic book.

Avec une justification scientifique naïve : il doit ses super-pouvoirs au fait que l’attraction sur Krypton est supérieure à celle de la Terre, il lance néanmoins un genre nouveau qui va innerver l’industrie du comic book : le super-héros. Derrière lui, arrivent Captain America, le super-soldat, Flash le super-rapide,… tous dotés de super aptitudes. Dans les années 1940, ils vont se multiplier comme champignons sous la pluie.

Superman, 80 ans et toujours super !
Superman incarna longtemps la super-puissance de l’Amérique/
© DC Comics

L’autre caractéristique de Superman, c’est que, comme le Golem de la légende, il échappe très vite à ses créateurs qui avaient vendu leur personnage pour… 130 US $. Les auteurs et leurs héritiers tenteront ensuite de les récupérer par des procès à rallonge mais perdront définitivement leur cause en 2014.

Or, dès février 1940, leur super-héros fait l’objet de serials à la radio, pour des épisodes de 15 à 30 minutes, jusqu’en 1951, soit 2088 épisodes originaux. En mai 1942, ce sont les Famous Studios des frères Fleischer qui en font des dessins animés. Jusque dans les années 1970, les auteurs ne toucheront pas un fifrelin de cette manne financière gigantesque. On notera cependant que ce sont ces armées de scénaristes venus de la radio et du cinéma d’animation qui façonneront le plus sûrement l’univers du héros en collant bleu et en slip rouge.

Qui surveille Superman ?

Très vite, il incarne, avec ses copains super-héros, la superpuissance de l’Amérique. En 1941, il saisit Hitler et Staline par le col pour les mener à la Société des Nations pour y être condamné, avec une prescience étonnante, pour « les plus grands crimes de l’histoire de l’humanité. »

Superman contre Hitler et Staline, dès 1941 !!!
© DC Comics

L’après-guerre, avec le Comics Code Authority de 1954 l’aseptisera quelque peu. La Marvel, avec ses X-Men, son Spider-Man et ses Fantastic Four, profitera de cette baisse de régime. Superman combattra Mohamed Ali, mourra au moins une fois, et dans une version écrite par Alan Moore, restera sur une Krypton qui ne sera pas détruite pour devenir un dictateur-gourou façon Ku-Klux-Klan...

Dans les années 1950, l’univers de Superman se complètera d’une multitude de clones : Supergirl, Superboy, Superdog... Mais aucun ne surclassera Wonder Woman !
© DC Comics

L’Amérique embourbée dans la Guerre du Vietnam a perdu de sa superbe. Le Watchmen de Moore imagine des super-héros déclassés, fatigués, retraités, devenus même dangereux pour la société. Heureusement, le succès de la trilogie Superman avec Christopher Reeves dans les années 1970, annonciateur de ceux de Marvel dans les années 2000, et la version comics saint-sulpicienne d’Alex Ross, relanceront le mythe avec vigueur.

It’s a plane, It’s a bird ? No, it’s Superman ! Version Alex Ross.
© DC Comics

Brûlot communiste ?

Pour les 80 ans de Superman, DC Comics publie une édition spéciale avec une histoire de 12 pages inédite intitulée « Too Many Heros » (« Trop de héros »), écrite par les créateurs du super-héros, Jerry Siegel & Joe Shuster themselves que les gars de DC Comics avait égaré, les distraits !

Mais saviez-vous que Spirou avait croisé le surhomme dans son journal dès avant la Seconde Guerre mondiale ? Il s’appelait « Marc, hercule moderne ». Cherchant une illustration pour cet article, je trouve cette page étonnante où Superman a tous les atours d’un super-héros communiste luttant contre une internationale capitaliste.

L’étonnante séquence de "Marc, Hercule moderne" dans Spirou en 1939.
© DC Comics

Est-ce là une traduction personnelle du rédacteur en chef Jean Doisy dont on sait aujourd’hui qu’il était un cadre du Parti Communiste Belge clandestin ou une traduction fidèle d’une bande dessinée crypto-socialisante ? On enquête…

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1Juifs convertis au christianisme qui continuent cependant à judaïser en secret. NDLR.

 
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