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Isabelle Franquin s’explique à L’Obs : pas question de continuer Gaston !

9 avril 2022 14 Commentaires
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M’ENFIN. Isabelle Franquin, la fille unique de l’artiste et, de fait, son ayant droits a décidé, comme nous vous l’avons raconté, à poursuivre Dupuis en justice pour que l’album Gaston dessiné par Delaf ne soit pas publié. Celui-ci est prévu pour paraître en octobre avec un tirage de 1,2 millions d’exemplaires. Alors que la cause est aujourd’hui devant les tribunaux belges, Isabelle Franquin est sortie de son silence pour donner une interview à Arnaud Gonzague de l’Obs.

Au sommaire, rien de neuf : elle est opposée à une reprise de Gaston, mais elle avance désormais ses arguments.

Isabelle Franquin s'explique à L'Obs : pas question de continuer Gaston ! André Franquin ne voulait pas que l’on reprenne Gaston martèle-t-elle. Elle cite, en argument d’autorité, son propre père dans une interview qu’il aurait accordée à Philippe Vandooren pour Comment on devient créateur de bandes dessinées  : « Je crois – et les mots sont trop durs, bien sûr – que [Spirou] c’était un cadeau empoisonné, la série qu’on passe à quelqu’un. C’est une espèce de corps étranger au bout de votre plume… ou de votre pinceau ! Une série comme “Gaston” est meilleure que “Spirou”, à mon avis, parce qu’elle vient entièrement de moi-même. On comprend mieux un personnage qu’on tire de soi. »

On connaît cet aversion : il avait même conseillé à Jean-Claude Fournier de renoncer à reprendre Spirou, avant de lui dessiner quelques marsupilamis... Mais l’Obs prend soin de signaler que cette déclaration est inédite, sinon apocryphe, qu’elle avait été retirée de l’ouvrage publié par Marabout. Qui a retiré cette phrase ? Vandooren ? Marabout ? Franquin lui-même ? On n’en sait rien. Cela fragilise l’argument.

- Et le Marsupilami, Zorglub ou Champignac, toutes créations de Franquin passées dans d’autres mains ? Ils sont nés au sein d’une série, Spirou et Fantasio, que Franquin n’a pas inventée, argumente Isabelle Franquin : il y aurait attaché moins d’importance. Pourtant Franquin s’était expressément réservé le Marsupilami, même en faisant appel à Batem, son dessinateur actuel…

- Pour Gaston, c’est différent, Gaston est selon Isabelle Franquin une œuvre personnelle, incessible : « Avec Gaston, il avait une relation particulière, dit-elle à l’Obs. C’est une série qu’il a patiemment mûri, qu’il a fait grandir au cours de nombreuses années et qui lui appartenait complètement. Je veux dire : mon père y a coulé des choses intimes. Par divers aspects, Gaston lui ressemblait. Franquin était fils unique et avait eu une enfance solitaire, ce qui crée une sorte d’inadaptation aux autres, notamment aux adultes. Mon père avait ce rapport au monde et Gaston l’a aussi, me semble-t-il. Franquin l’a vécu, peut-on dire, à travers son personnage. Voilà pourquoi il était gêné à l’idée qu’un autre dessinateur s’empare de Gaston. »

Sauf que Jidéhem a été amené parfois à le dessiner presque tout seul et a travaillé sur cette série près de dix ans. Franquin étant très respectueux, le nom de Jidéhem figure sur les albums auxquels il a collaborés. Le fameux homme d’affaires au contrat, De Mesmaeker, est le propre patronyme de Jean De Mesmaeker, alias Jidéhem. Là encore, l’argument est fragile.

- Il y a aussi le précédent Gastoon mentionné dans l’interview. Jérôme Lachasse sur BFMTV a enquêté à ce sujet car ce personnage, le neveu de Gaston, avait bien été créé par Franquin pour un usage publicitaire et cela avait été pour Marsu-Productions un moyen de faire du Gaston « sans Gaston » en 2011.

Cela aurait été fait -avec difficulté- avec l’aval d’Isabelle Franquin, selon le témoignage du patron de Marsu Productions à l’époque, Jean-François Moyersoen.

Personne à l’époque, n’avait vraiment levé le bouclier. Sur ActuaBD.com, notre collaborateur David Taugis ne cachait pas son dépit devant cette opréation commerciale- : « Toujours des gags en une planche dans un ensemble désespérément inconsistant. Des thèmes écologiques fournissent le prétexte à des scènes qui s’agitent vainement, et se terminant par des jeux de mots pachydermiques. Seul le dessin, dynamique et consciencieusement calqué sur le style de Franquin mérite un peu de crédit. »

La série -un relatif échec commercial- s’est arrêtée au second volume, après un accord avec Isabelle Franquin, ce qui plaide pour l’idée que l’interdit de reprendre Gaston est intégré dès cette époque.

En face, chez Dupuis, on a organisé une bataille juridique. La première rencontre entre Isabelle Franquin et Dupuis pour parler de la reprise de Gaston, si l’on en croit le témoignage de la fille de l’artiste, s’est faite en présence d’une juriste. Il faut dire que le chiffre d’affaires attendu par la nouveauté est estimé à quelque 10 millions d’euros… Ce n’est pas rien.

Et la perspective de recueillir une partie conséquente de cette manne ne semble pas motiver l’héritière : « Dupuis me l’a proposé, vous pensez bien ! Mais je leur ai fait savoir, par voie d’avocats, que je n’avais rien à en penser. Encore une fois, mon père ne souhaitait pas que cela arrive, donc cela ne devrait tout simplement pas arriver.  »
Les tribunaux trancheront, semble-t-il, à moins que les parties s’entendent...

DP

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Voir en ligne : L’interview de l’Obs : « Les bras m’en sont tombés, je l’avoue ! » : Isabelle Franquin réagit à la reprise de Gaston Lagaffe

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Code EAN : 9791034752065

 
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