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101 « romans graphiques » pour les fêtes

  • Rien n’est plus opportuniste que ce livre-là à quelques jours de Noël. Le journaliste et critique de BD Joseph Ghosn nous propose un choix de 101 propositions de lectures de romans graphiques, des années 1960 à 2000. Mais ce n’est pas parce qu’une idée est bonne qu’il ne faut pas l’appliquer.

« Romans graphiques », le vocable sonne aujourd’hui comme une évidence mais il a une historiographie très disputée, comme nous vous le rappelions dans notre article Sur les traces du Graphic Novel (Nov.2007).

Dans le film de Ron Mann, Comic Book Confidential (2004), le grand dessinateur américain Will Eisner expliquait les circonstances de la publication de Un Pacte avec Dieu (éditions Delcourt), le premier « Graphic Novel » historique : Il appelle un éditeur new-yorkais de ses amis, un personnage important dont le temps est compté. Il lui parle de ce « Graphic Novel » qu’il vient de créer et pour lequel il cherche un éditeur. « Graphic Novel » ? Oh, oh, ça m’intéresse ! lui répond l’éditeur. Passe me voir !  ». Arrivé chez son lui, Eisner lui montre les pages et là, déception, notre tycoon de l’édition lui dit : « Mais Will, enfin, ce que tu me montres là, c’est un comic book ! »

Avec cette anecdote, tout est dit sur le malentendu suscité par la traduction du vocable anglais : « roman graphique ». Je me souviens de Jean-Louis Gauthey, le vraiment trop sympathique éditeur de Cornélius, essayant de me coincer aux Universités d’été d’Angoulême sur la définition du mot. Comme je lui opposais ce qui à mon sens est la seule définition qui vaille : son usage commercial, à savoir une bande dessinée qui « singe » une forme de livre pour mieux se retrouver à côté des romans et des essais, et pas des bandes dessinées, il avait eu le bec dans l’eau…

Dans l’ouvrage de Ghosn, le malentendu est assumé puisque se retrouve dans son choix aussi bien le Ayako de Tezuka, que La Ballade de la Mer salée de Pratt, La Tétralogie du monstre de Bilal ou La Comète de Carthage de Chaland et Yann… Évidemment qu’on y retrouve Joann Sfar, Marjane Satrapi, Emmanuel Guibert, Jean-Christophe Menu, Marko Turunen, Ben Katchor ou Adian Tomine… C’est un choix subjectif, sous une jolie couverture de Blexbolex, mais sans faux pas et qui promet de belles heures de lecture.

C’est pourquoi nous ne ferons pas l’injure de rétorquer à son rédacteur : « Mais Joseph, enfin, ce que tu me montres là, c’est une bande dessinée d’auteur !  »

101 « romans graphiques » pour les fêtes
Romans Graphiques, 101 propositions de lectures des années soixante à deux mille - Par Joseph Ghosn
Editions Le mot et le reste.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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16 Messages :
  • Très belle couverture avec une belle typo et une belle maquette. Qui m’évoque les recherches plastiques russes (Constructivisme) des années 20/30 du siècle passé.
    Les choix de Joseph Ghosn sont toujours très ouverts, curieux et intéressants.
    Il n’est pas que critique de BD. J’invite d’ailleurs ceux qui veulent en savoir plus à aller jeter un œil sur son blog :

    http://josephghosn.com/

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  • 101 « romans graphiques » pour les fêtes
    19 décembre 2009 14:50, par LC

    Donc, en gros, pour résumer, un roman graphique est une bande dessinée qui pête plus haut que son cul.

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    • Répondu le 19 décembre 2009 à  16:49 :

      Actua BD, pourquoi ne modérez-vous pas ce genre de commentaire qui n’apporte rien sinon le nivellement par le bas ?

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      • Répondu par ActuaBD le 19 décembre 2009 à  17:20 :

        Parce que c’est un vrai débat.

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        • Répondu par LC le 19 décembre 2009 à  17:31 :

          De plus, je viens de faire un roman graphique et je vous confirme que ce n’est jamais qu’une bande dessinée qui pête plus haut que son cul, genre plus produit (caution intellectuelle tout ça).

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      • Répondu par Hellboy le 19 décembre 2009 à  20:43 :

        Et puis parce que ce commentaire est d’une pertinence absolue. Je pense en faire ma devise. Merci LC.

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        • Répondu par thierry le 21 décembre 2009 à  08:39 :

          d’une pertinence absolue et même pas méprisante pour la bande dessinée en générale. Merci LC

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    • Répondu par L.P. le 19 décembre 2009 à  17:36 :

      L’expression "Roman Graphique" ayant été créée pour distinguer certaines oeuvres du reste de la Bande Dessinée, et ses zélateurs n’arrivant pas à dépasser un certain niveau d’éloignement (quoiqu’ils fassent, ils restent rattachés au reste de la BD dans les festivals, les articles de journaux, l’esprit des littéraires...), il fallait bien ce dictionnaire du bon goût pour éduquer les penseurs de salons. Sinon comment feraient-ils pour se reconnaître dans la pensée unique qui les réunit ? Ce sera désormais plus simple : si vous citez plusieurs de ces 100 "romans graphiques", vous êtes bien dans le coup, et méritez votre entrée dans la Confrérie des Gens de Goût. Et la considération qui va avec, bien sûr !

      A placer entre le "dictionnaire des citations" et votre "anthologie de la poésie" préférée. ;-)

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      • Répondu par Oncle Francois le 19 décembre 2009 à  23:24 :

        Il me semble que Roman graphique est la traduction littérale de graphic novel, pourquoi pas, mais il ne faudrait pas oublier que Will Eisner avait conçu dés le départ son Bail avec Dieu comme une ensemble compact en noir et blanc. Donc ce n’etait pas la compilation en livre d’un ensemble de comics !!

        Roman veut dire souffle, durée, épopée ; à la limite, les BD (A SUIVRE) sont les seules en France à pouvoir mériter le titre de romans graphiques, puisqu’il me semble que c’etait l’ambition de son rédac-chef. Il ne faut pas tout confondre non plus, beaucoup des noms cités dans l’article me semblent relever de la BD d’auteurs ou du courant moderne-branché-intello, etc ; s’il s’agit de simples nouvelles ou courts récits en BD, il n’y a alors rien à voir avec le roman graphique, c’est clair, non ? Ou alors je deviens bigleux ?

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        • Répondu par thierry le 21 décembre 2009 à  12:00 :

          Pour recentrer le débat, une source d’information inattaquable, càd Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Graphic_novel
          La flemme de tout traduire, mais en gros

          un graphic novel est une oeuvre narrative dans laquelle une histoire est proposée au lecteur sous la forme de bande dessinée. Le terme est employé dans une acceptation plus large, incluant des ouvrages de "non-fiction) (les essais de Scott McLoud, les BD-reportages de Joe Sacco) and the histoires courtes thématiquement reliées (typiquement le case de "a contract with god") ainsi que des fictions de tous genres.
          A graphic novel is a narrative work in which the story is conveyed to the reader using the comics form.[1] The term is employed in a broad manner, encompassing non-fiction works and thematically linked short stories as well as fictional stories across a number of genres.

          La suite est plus technique et relève des spécificités plus américaines, quoiqu’on puisse considérer en parallèle le marché des pockets en Europe comme un pendant des comic books US
          Graphic novels are typically bound in longer and more durable formats than familiar comic magazines, using the same materials and methods as printed books, and are generally sold in bookstores and specialty comic book shops rather than at newsstands. It has also gained increasing acceptance as desirable materials for libraries.

          Personnellement, je pense que la seule spécificité du "graphic novel/roman graphique" est de tenter de se démarquer du concept de série au sens classique du terme. Et cette règle n’est pas absolue, en ne citant par exemple que Corto Maltese. Pour le reste, cela reste de la bande dessinée, au même titre que tout le reste.

          Par contre, le roman est un genre littéraire aux contours flous caractérisé pour l’essentiel par une narration fictionnelle plus ou moins longue, ce qui le distingue de la nouvelle. On peut aussi le définir comem un long récit en prose, la plupart du temps imaginé, où l’auteur cherche à éveiller l’intérêt par la peinture des moeurs, l’analyse des caractères et la singularité des aventures. Le souffle et l’épopée n’en sont pas les caractéristiques premières du roman. Tous les romans ne sont pas romanesques.

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          • Répondu le 23 décembre 2009 à  07:50 :

            En gros, même pour Wikipedia (au passage, j’ai beaucoup apprécié le coup de la "source d’information inattaquable"), le roman graphique est un terme flou et fourre-tout...

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            • Répondu le 24 décembre 2009 à  12:33 :

              Je suis auteur de bd, au cours d’un séjour en angleterre, j’essaye d’expliquer ce que je fais en disant "i’m comics drawer". quand je leur ai montré plus tard un exemplaire (album couleur 80 pages) ils m’ont dit "ah ok , you do graphic novel, not comics), je crois que pour eux la distinction est très claire. En france on a des bd, pas de comics.

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  • 101 « romans graphiques » pour les fêtes
    19 décembre 2009 18:01, par serpicco

    La couverture est belle, pourtant elle ne me parle pas.
    Sommes nous la bd, ou dans la peinture ?

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    • Répondu par malpa le 23 décembre 2009 à  19:24 :

      Pourquoi, la peinture ne vous parle pas ? Ou est-ce la bd ? Est-ce du lard, ou du cochon ? La barbe, au-dessus ou en-dessous de la couverture ?

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  • 101 « romans graphiques » pour les fêtes
    20 décembre 2009 08:32, par serpicco

    J’ajoute que le roman graphique est parfois une stratégie pour raconter une histoire ou une émotion ,parce qu’il est parfois plus périlleux et plus délicat de raconter dans la seule incarnation médiumnique d’une bd "classique".
    Il n’empêche qu’un bon roman graphique est toujours le bien venu, mais si c’est pour créer encore des catégories et si c’est pour encore enfoncer la bd qui fait la part belle à des univers et à des personnages autonomes et ancrés, alors zut.

    Avec le roman graphique on célèbre aussi l’auteur,préoccupation bourgeoise bien éloignée de la tradition des conteurs (d’europe de l’ouest au moins), dont le soucis permanent était bien de s’effacer pour laisser vivre esprits et autres entités...sans jamais se faire mousser...

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    • Répondu par Philippe le 21 décembre 2009 à  06:39 :

      L’auteur de cet essai évoque-t-il les romans visuels du regretté Martin Vaughn-James ?

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