« Ah, ça ira ! » : la Révolution chez Delcourt

12 juillet 2019 0 commentaire
  • L'éditeur au triangle plante son drapeau sur la Bastille, en lançant une nouvelle série qui nous fait vivre la Révolution française au travers de la vision des Parisiens. Une belle initiative pour dépoussiérer et réexpliquer les moments-clés de cet événement historique.

Nous vous parlions il y a quelques jours de 1789, ce diptyque publié chez Glénat, et qui retrace les événements de la Révolution française. La nouvelle série de Delcourt vient habilement compléter celle de l’éditeur grenoblois, car elle propose de vivre ces moments historiques par l’entremise de trois jeunes Parisiens, un parti pris fictif volontairement écarté par les auteurs de 1789.

Fictif ? Pas complètement ! Car Jean-David Morvan, le scénariste d’Ah, ça ira ! base son récit sur une anecdote transmise par Camille Desmoulins (figure majeure de la Révolution, ami de Danton, Robespierre et Marat) et datée du 12 juillet 1789 : « Je gémissais, au milieu d’un groupe, sur notre lâcheté à tous, lorsque trois jeunes gens passent, se tenant la main et en criant aux armes. » À ces "trois jeunes gens", J.-D. Morvan a choisi de leur donner un nom et un destin.

« Ah, ça ira ! » : la Révolution chez Delcourt

Ainsi fait-on la connaissance Lisandro, sa sœur Églantine, enfants d’un apprenti-boulanger, et de leur ami Frédéric, le fils du propriétaire de ce commerce. En 1775, un drame se joue : dans un acte de révolte contre l’augmentation du prix du pain, le père de Lisandro et d’Églantine trouve la mort. Abandonnés, les deux jeunes enfants tentent de survivre dans la cité parisienne qui croule sous la pauvreté. Malgré l’aide de leur ami Frédéric, les deux orphelins sont séparés : Lisandro est emmené par le guet, tandis qu’Églantine est "adoptée" par le boulanger, un bel investissement à ses yeux.

14 ans plus tard, nos trois héros se retrouvent à Paris, tous trois incarnant une forme de révolte. Lisandro est un mercenaire tout juste revenu de la guerre d’indépendance américaine pour libérer de la Bastille quatre amis faux-monnayeurs. Il retrouve Frédéric, devenu un journaliste idéaliste, et surtout Églantine, sa sœur, que le père de Frédéric veut marier à un vieux marquis pour en tirer un juteux bénéfice. Leurs propres destinées vont se mêler à l’insurrection qui soulève Paris en ce printemps 1789...

En dépit de quelques maladresses dans sa mise en place (le combat de Lisandro en mode super-héros-ninja-berserker à la Brad Pitt est aussi superflu que rédhibitoire), J.-D. Morvan parvient à donner à ses trois personnages une épaisseur suffisante pour créer un vrai lien avec le lecteur. Dès le premier tiers du récit, on se passionne pour leurs péripéties respectives et communes, tout en profitant des éléments glissés en toile de fond, destinés à contextualiser l’atmosphère de l’époque.

En particulier, deux éléments se détachent avec beaucoup de justesse, en harmonie avec l’histoire : tout d’abord, la difficulté que ressent le peuple à se nourrir, surtout depuis la création du mur des fermiers généraux, une véritable muraille fiscale qui taxe tout ce qui entre dans Paris depuis 1785 ; de même, la difficile condition de la femme, très bien représentée par la jeune et fougueuse Églantine, dont la révolte paraît des plus légitimes en regard de ce qui lui est imposé.

Au dessin, Julien Ribas met en scène ce récit en misant sur les personnages. Une décision légitime car payante : on vibre rapidement face aux obstacles qui se dressent devant eux. Si l’on fait exception de quelques cadrages acrobatiques qui cassent la fluidité du récit, le dessinateur parvient très bien à retranscrire l’ambiance de l’époque, que cela soit dans les tableaux plus historiques qui retracent rapidement les grandes étapes qui précédent la Révolution, et surtout dans quelques plans de Paris, à commencer par la double page du mur des fermiers généraux.

Le dessinateur a d’ailleurs raison de concentrer ses efforts sur les éléments importants, car il a fort à faire ! Delcourt annonce quatre tomes pour ce premier cycle, à raison d’une parution par semestre. Ce premier opus qui traite de tous les événements précédant la prise de la Bastille sera donc suivi d’un second marqué par cette étape symbolique, à paraître en décembre ou janvier.

Sans être "révolutionnaire", Ah, ça ira ! a le mérite d’être autant populaire que pédagogique, ce qui conviendra parfaitement à tous les amateurs de divertissement historique, en particulier aux lecteurs qui ont le même âge que les héros.

(par Charles-Louis Detournay)

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"Ah, ça ira !" par Jean-David Morvan (Scénario) et Julen Ribas (Dessin) - Ed. Delcourt

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