Après le coronavirus, le SNE prend le pouls des éditeurs

20 mai 2020 2 commentaires
  • Alors que la France sort péniblement de deux mois de confinement, l'heure est au bilan pour tous les secteurs dont l'activité a été interrompue par l'épisode pandémique. Et sans surprise, ce bilan est bien lourd particulièrement pour les secteurs culturels, y compris celui du livre. Pour y voir plus clair, le Syndicat National des Éditeurs a commandé un sondage auprès des maisons d'éditions de l'Hexagone.

132 entreprises ou groupes d’édition ont répondu au sondage du SNE, dont une moitié de très petites structures : la vocation du rapport est de dresser un bilan général du milieu s’attardant autant sur la situation des "gros" que des "petits". Parmi les chiffres extraits de l’enquête, on retrouve finalement assez peu de surprises : comme attendu, les éditeurs accusent de grosses pertes de chiffres d’affaire, et les reports de publication voire même les annulations foisonnent.

Ce sondage n’a cependant pas simplement pour vocation de pointer du doigt les difficultés : le SNE a également proposé une série de mesures destinées à accompagner la sortie de crise. Reste à voir si elles seront applicables, et surtout appliquées.

De lourdes pertes

Le chiffre sans doute le plus marquant de cette étude concerne la perte de chiffre d’affaire. Les entreprises ont été invitées à communiquer sur les mois de mars, avril, et mai, et d’une manière plus globale sur les estimations de pertes à l’année. Les résultats sont glaçants : si en mars, 33% des sondés estiment avoir perdus entre 40% et 60% de chiffre d’affaire, pour avril c’est 73% des sondés qui estiment avoir perdus plus de 60% de chiffre d’affaire.

Après le coronavirus, le SNE prend le pouls des éditeurs
Source : Syndicat National de l’Édition

Et s’il est plus difficile d’estimer les pertes pour mai, les éditeurs sont assez pessimistes : 38% pensent perdre plus de 60% de chiffre d’affaire. Mis en perspective sur l’année entière, ces trois mois devraient représenter une perte de l’ordre de 20% à 40% de chiffre d’affaire pour presque la moitié des sondés.

Conséquence : 57% des éditeurs s’attendent à faire face à des difficultés de trésorerie entrainant des reports ou des annulations d’investissement, une menace sur l’emploi, voire pour 14% d’entre eux un risque de fermeture.

Source : Syndicat National de l’Édition

Des aides insuffisantes

Pourtant, le gouvernement et le CNL avaient promis la mise en place d’aides aux entreprises, et particulièrement aux éditeurs. Si près d’un éditeur sur cinq a déclaré avoir requis le Fond de solidarité aux entreprises de 1500€ de l’État, l’aide exceptionnelle du CNL destinée aux maisons d’édition indépendantes les plus fragiles, a été assez peu sollicitée, « en raison des critères d’éligibilités jugés trop restrictifs ». Seule une dizaine de maisons ont pu se tourner vers cette aide. En revanche, le report des échéances sociales et le prêt garanti par l’état ont été particulièrement utilisés.

Malgré ces dispositifs, près de 56% des éditeurs estiment que les aides d’urgence ont été insuffisantes ou trop faibles. Qui plus est, certaines de ces aides entraient en collisions les unes avec les autres : ainsi, jusqu’au 4 mai, bénéficier du Fond de solidarité de l’État rendait son entreprise inéligible à l’aide aux éditeurs indépendants du CNL. Cette contrainte a finalement été levée suite à la protestation des éditeurs concernés, mais ce n’était toujours pas résolu lorsque le sondage a été réalisé, d’où l’insatisfaction ambiante.

Comment organiser l’après ?

Suite à ces données, le SNE a mis en place une série de mesures destinées à soutenir le secteur dans la sortie de crise. Et pour eux, la solution viendra des librairies. Pendant la crise, un certain nombre d’entreprises de l’édition ont accusé une dégradation de leurs rapports avec les librairies, lesquels ne se sont pas arrangés depuis le 11 mai.

En dépit du le déconfinement, les libraires qui, eux aussi, ont terriblement souffert de la crise, sont frileux à l’idée de commander des livres en masse par peur que la clientèle ne soit pas au rendez-vous [1].

Et de fait, il semblerait que les Français ne se ruent pas dans les librairies depuis leur réouverture. La faute à la peur latente d’un sursaut de l’épidémie et à des contraintes financières qui pèsent lourd sur le dos des Français : avec près de 45% des actifs au chômage partiel le 1er mai, le pouvoir d’achat des foyers s’est considérablement affaibli, et les livres ne semblent pas être en tête de liste des priorités.

Le SNE place pourtant ses espoirs de relance dans l’activité des commerces et préconise la mise en place d’un soutien financier de l’État aux points de vente (aides directes, suspension de la TVA sur le livre...) et aux collectivités locales et territoriales (subventions, aides sur les coûts fixes, commandes...), assorti de la mise en place à grande échelle de chèques-livres ou de bons d’achat.

Une pensée est également accordée aux auteurs : le SNE recommande la création d’une aide pour ceux qui ont vu leurs projets affectés par la crise sous forme de crédit d’impôts ou de mise en place de fonds d’indemnisation provisoire.

« Permettre aux lecteurs de retrouver le chemin du livre », tel est donc le mot d’ordre du SNE pour les semaines et les mois à venir.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

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2 Messages :
  • "Une pensée est également accordée aux auteurs : le SNE recommande la création d’une aide pour ceux qui ont vu leurs projets affectés par la crise sous forme de crédit d’impôts ou de mise en place de fonds d’indemnisation provisoire."

    Une pensée… mais, sans les quelques auteurs qui pourront leur pondre des bestsellers pour remonter la pense, ils espèrent s’en sortir comment ces capitalistes ?

    Crédits d’impôts… la majorité des auteurs est non imposable. Quels crédits d’impôts ? Zéro crédit ! Ces éditeurs marchent sur la tête !
    Le seul impôt que tous les auteurs payent (les pauvres aussi), c’est la TVA à 10% et la supprimer coûterait trop cher à l’État.

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  • Houlà ! si tout le monde fait du crédit d’impôt, le système de protection social va être mis à mal d’ici très peu de temps.
    Le mieux serait plutôt de faire le gros ménage à l’ AGESSA et cie (voir le rapport racine), de revoir la politique de surproduction, de diffusion de la bd et du prix.

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