"Blackjack" d’Osamu Tezuka - Editions Asuka

19 mars 2004 0
  • « Aimez ce qui est vivant », tel est le mot d'ordre d'Osamu Tezuka, [« le dieu des mangas »-> http://www.actuabd.com/article.php3?id_article=1057], une ligne de conduite qui traverse toute son œuvre, que ce soit sa magnifique biographie de {Bouddha} ou l'étonnante {Histoire des 3 Adolf}. Le personnage de BlackJack, un chirurgien rejeté par le monde médical mais qui a le don miraculeux de réussir les opérations les plus improbables, incarne la part la plus noble et en même temps la plus désespérante de la médecine : l'espoir de la guérison.

Publié en quelque 260 épisodes plus ou moins longs dans le magazine Weekly Shonen Champion du 19 novembre 1973 au 14 octobre 1984, année du décès de l’artiste, cette série est emblématique de l’œuvre de Tezuka, peut-être la pierre angulaire de son travail. D’abord parce que son personnage principal est un médecin. On sait que Tezuka a terminé ses études de médecine alors même qu’il était déjà une star des mangas (le sujet de sa thèse portait sur l’étude de la membrane des spermatozoïdes des escargots). Toute sa vie, il restera marqué par cet enseignement, en même temps qu’il entretiendra une frustration inextinguible vis-à-vis de cette vocation inaccomplie. Blackjack en est la sublimation. Toutes les scènes d’opération qui y sont décrites sont forcément crédibles. Grâce aux éditions Asuka qui réédite aujourd’hui la série (après une première tentative inachevée par Glénat), cette œuvre est à nouveau disponible.

Il faut passer outre la naïveté des graphismes et parfois même des propos de ces premières pages d’une série qui paraissait dans un magazine destiné aux enfants de 8 à 12 ans, pour appréhender toute la profondeur de l’humanisme d’un mangaka qui s’intéresse de près à la fragilité de l’individu. Ce premier album est composé de 12 nouvelles qui, toutes, ont en commun une indicible étrangeté qui fait penser aussi bien aux Contes d’Hoffmann qu’au Chef d’œuvre inconnu de Balzac. C’est précisément ainsi que Tezuka opère, pourrait-on dire : avec son trait simplissime, une sorte de synthèse entre Hergé et Walt Disney tout au service de la lisibilité, son épure mène le lecteur à cette curiosité essentielle : le caractère mystérieux et finalement miraculeux du vivant.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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