Brève cohabitation - par Jang Kyung-sub - Casterman

7 octobre 2006 0
  • A 36 ans, Jang Kyung-sub réalise son premier album, bien que travaillant dans le milieu du manwha depuis dix ans. Autour d'un roman graphique de 100 pages, quatre nouvelles complètent cet album évoquant de différentes façons la solitude et une impossible intégration sociale. A la fois sombre, déroutant et très sensible.

Le cafard. Tout un symbole. A la fois animal honni, insecte effrayant, parasite ultime, mais aussi état d’esprit ténébreux, plombé de pensées noires et fatalistes.

Hormis sa fascination avouée pour les insectes Jang Kyung-sub a choisi le plus marqué. Sans même chercher à expliquer, comme chez Kafka, comment cet insecte (en l’occurence une femelle, douée de parole) a pu grossir à la taille humaine, puis partager la vie d’un jeune homme solitaire, l’auteur nous place immédiatement en situation d’observation de leur intimité, une sorte d’amitié maudite mais profonde, quasi fraternelle. Et ce personnage s’appelle Jang. Inutile de chercher son inspiration : l’auteur a utilisé son propre nom et le dessine sous ses propres traits...

La nouvelle fait évoluer la relation entre l’homme et le cafard comme toute relation humaine : disputes, moments de partages, d’incompréhension... avec même un événement inespéré : la rencontre d’une femme pour M. Jang. Une idylle nait, mais la surprise n’est pas loin pour notre amoureux.

Si Brève cohabitation n’est pas la seule histoire présente dans ce recueil, elle frappe le lecteur plus profondément. Avec son trait typique du roman graphique contemporain, évocateur d’un croisement entre Seth et Davodeau, Jang Kyung-sub décrit le quotidien des colocataires en allant jusqu’au bout de son sujet. La fin sera tragique, l’insecte retournant finalement à son statut de créature nuisible. Et notre héros à sa solitude. Brève cohabitation - par Jang Kyung-sub - Casterman

Les quatre autres nouvelles ne sont pas plus enjouées : dans ma chambre joyeuse, le personnage (toujours inspiré de l’auteur) se retrouve face à face avec plusieurs lui-même, dont l’un qui vient de se suicider. Retour dans ma joyeuse chambre évoque quasiment le même thème, avec cette fois les hésitations ruminantes du personnage qui revient là ou il habitait. Carnaval dans le métro met en scène un voyageur seul dans la foule qui imagine que celle-ci réalise ses voeux tout à coup. La dernière nouvelle, Etes-vous déjà allé dans l’Himalaya ?, navigue dans l’absurde, avec un trait beaucoup plus caricatural, et l’irruption de la couleur. Cette fois, le personnage rencontre son double devenu vieux.

Brève cohabitation nous présente un travail peu marqué par le graphisme asiatique, dont le thème touchera tous les lecteurs, et plus particulièrement les amateurs de romans graphiques indépendants. Un auteur important est né, en espérant ne pas attendre dix ans de plus un nouvel album.

(par David TAUGIS)

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