Renaud Dillies : "Ce sont les rapports humains qui m’intéressent en premier"

7 octobre 2006 0 commentaire
  • Renaud Dillies est connu pour ses albums mêlant habilement musique et monde animalier. Il est considéré comme un des talents les plus prometteurs de sa génération. Alors qu'il publie ces jours-ci une formidable "[Mélodie au crépuscule->4216]", nous avons tenu à percer les mystères de ce dessinateur musicien.

Quelle fut votre formation ?

J’ai fait des études aux Beaux-Arts de Tournai en Belgique en section Bande dessinée et Illustration. J’y ai d’ailleurs remporté un concours qui m’a permis de rentrer assez rapidement chez Spirou où j’ai pu faire mes premières armes. J’ai pu y réaliser quelques animations éditoriales et notamment participer à l’encrage de quelques albums de Mélusine de Clarke et Gilson.

Pourquoi vous dirigez-vous vers la bande dessinée animalière ?

Tout simplement car j’ai toujours aimé ça ! Tout petit, je me régalais des albums de Calvo, (La Bête est morte, Moustache et Trottinette) et de Herriman (Krazy Kat). Paradoxalement, si je mets en scène des animaux, ce sont les rapports humains qui m’intéressent en premier lieu. Et c’est cette dichotomie qui me passionne ; un peu à la manière de Jean de la Fontaine. C’est aussi beaucoup plus ludique et l’exercice permet plus de liberté graphique.

Vous revendiquez de multiples influences tant graphiques que musicales...

Comme je l’ai déjà signalé en bande dessinée, outre Calvo et Herriman, je suis fasciné par Winsor Mc Cay et Crumb. Je suis aussi très admiratif du cinéma de Charlie Chaplin, de Jacques Tati, de Terry Gilliam et plus récemment du travail de Sofia Coppola.

Mais surtout, ce qui m’intéresse le plus, c’est la musique. Je pourrais en parler des heures durant. En gros et pour simplifier, pour Betty Blues, j’écoutais du Miles Davis et du John Coltrane ; pour Sumato, j’étais branché sur Robert Johnson et Sonny Boy Williamson.
Mélodie au crépuscule est évidemment bercé des airs de Django Reinhardt, à qui j’ai repris le titre.
Mais ma plus grande influence reste la vie elle-même et cette phrase célèbre : L’expérience ne vaut que pour soi...

Renaud Dillies : "Ce sont les rapports humains qui m'intéressent en premier"

Pourquoi créez-vous principalement des albums uniques ?

Comme un romancier qui écrit un livre et le termine, je développe un sujet qui me tient à coeur et, quand j’ai le sentiment d’en avoir fait le tour, je passe à autre chose. Toujours ce souci de liberté...

Outre Django Reinhardt qui aurait pu composer la bande son de cet album, quels sont les musiciens qui vous intéressent ?

En ce moment, le scène jazz manouche héritière de Django Reinhardt est excellente. Cette musique vit toujours très intensément avec un public nombreux et de tous âges ; cela me plaît beaucoup ! Quelques noms : Bireli Lagrène, Raphael Fays, Romane, Tchavolo Schmitt, Angelo Debarre et j’en oublie de très bons.
Je me suis amusé au travers de cet album à reprendre graphiquement et quasi chronologiquement toutes les influences qui ont forgé cette musique. A la base, il y avait la musique traditionnelle hindoue, la musique russe, des pays de l’Est (tsigane), espagnole et aussi arabe qu’il me plaît d’écouter volontiers.

Pour le dessin j’ai suivi le même chemin en reprenant volontairement des iconographies et enluminures en relation directe avec les régions concernées, comme par exemple le dessin de L’oiseau de feu pour la Russie à la façon de l’illustrateur Luda Bilibine.

Quels sont vos projets ?

Il est un peu tôt pour en parler mais je suis en pleine écriture d’une histoire que j’aimerais, cette fois-ci décliner sur plusieurs albums. Le personnage serait un renard un peu maladroit qui prendrait de l’épaisseur et de la profondeur au fur et à mesure de son aventure. une chose que je n’ai jamais travaillée jusqu’à présent puisque les one shot n’offrent que peu de temps au personnage. Un récit animalier à nouveau mais sans connotation musicale !

(par Erik Kempinaire)

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En médaillon : Renaud Dillies. La photo est (c) J-J. Procureur.

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