"Charbon", la fable écolo-spatiale de Michel Colline

31 octobre 2020 0 commentaire
  • Sur une planète dédiée uniquement au charbon et aux industries, le tout pour satisfaire les lubies d'un empereur plus tyrannique, un jeune garçon tombe par hasard sur de curieux objets verts qui poussent dans les sous-sols : ce serait une... "feuille" ?!

Sur la planète Charbon, l’air devient de plus en plus irrespirable. Afin de commercer avec les planètes voisines, et pour son seul profit, le terrible empereur Toxico a décidé de ne produire que du charbon et il règne en maître absolu sur une terre polluée, où la végétation a disparu sous les poussières du noir minerai depuis une centaine d’années. Les arbres et les fleurs ne sont plus que de vieux souvenirs, relégués de vieux manuscrits, des livres d’ailleurs proscrits par l’empereur Toxico, sous peine de prison.

Dans cet univers sombre et pollué, Apollo est fils de mineur, et il travaille dans la mine à vérifier que les galeries soient sûres et entretenues. Il en connaît chaque recoin comme sa poche. Mais un jour alors qu’il fait sa ronde, il entend comme un drôle de bruit, et il aperçoit une chose qu’il n’avait jamais vue, de vert et doux... Ce sera le début d’une grande aventure, d’un nouvel espoir pour Charbon, à condition bien entendu que l’Empereur et ses sbires ne viennent pas tout gâcher.

"Charbon", la fable écolo-spatiale de Michel Colline

Michel Colinne
Photo : DR.

Après plusieurs albums réalisés avec des scénaristes, Michel Colline livre à nouveau une histoire qu’il a réalisé en solo, sur base d’un synopsis qu’il a peaufiné pendant quelques temps, comme il nous l’a confirmé : « C’est une idée qui germait dans ma tête depuis pas mal d’années. Il y a deux ans, j’ai fait une résidence d’artiste autour de la bd où j’ai pu reprendre ce projet et ainsi constituer un dossier plus abouti à envoyer aux éditeurs. Je voulais créer un univers particulier, étouffant et sombre, une atmosphère où graphiquement seule la couleur de la végétation amènerait de la vie, de la luminosité, de l’espoir. Je ne voulais pas situer l’action sur notre Terre, pour accentuer le coté aventure fantastique, mais bien sur une planète que l’on peut tout à fait imaginer devenir notre Terre dans plusieurs années, où à force de privilégier le profit aux vivants, on puisse aboutir à une telle situation désespérée. »

En traitant d’écologie dans un univers plus science-fictionnel, l’auteur interpelle différemment le lecteur, en lui laissant entrevoir une autre planète où les énergies fossiles auraient tellement pris le dessus, que faune et flore auraient été anéanties, et aux dépends de la santé de la population. Ce qui permet de pouvoir réfléchir à notre action en évitant adroitement la culpabilisation. Une prise de recul finalement saine, et où l’entremise de ces héros, jeune garçon et jeune fille qui n’ont jamais vu un arbre, nous permet de retrouver la beauté de la nature qui nous entoure, de la regarder avec un œil neuf, comme un trésor.

Le récit ne se limite pourtant pas à cette seule thématique, il met également en scène une société oppressée, où les mineurs sont finalement revenus à des conditions presque identique de celles que vivaient nos proches il y a encore quelques dizaines d’années. Une astuce bien trouvée pour raccrocher le lecteur à notre propre vécu, notre planète et notre société, tout en lui rappelant que le monde qu’il nous propose n’est pas si éloigné de nous que cela. Les jeunes lecteurs vont d’autant plus s’identifier aux destin de deux jeunes garçons, qui doivent collaborer ou se révolter face à la dictature sans réellement poser de choix, mais en se conformant aux décisions de leurs parents.

« Même si la science progresse, nous explique Michel Colline, La condition de l’homme, les rapports de force et l’exploitation au travail ne semblent eux pas évoluer. Pourtant, au-delà de l’aspect écologique, je voulais montrer que le moindre espoir devait être exploité, qu’il ne faut jamais renoncer. Au sein du diptyque de "Charbon", la découverte de cette végétation dans les entrailles du palais du dictateur est bien entendu une métaphore sur le fait que chacun d’entre nous, à l’intérieur de soi, possède un trésor à faire grandir, qui peut modifier positivement notre futur. »

Le grand tirage N&B

L’intérêt de Charbon ne se limite certainement pas à sa thématique, car les sujets évoqués sont judicieusement mis en avant par un trait rond et presque humoristique. Un choix posé par l’auteur, qui possède la capacité rare de jouer avec son trait en dessinant parfois des univers ou des personnages plus réalistes. Ce style lui permet de non seulement trancher avec la situation assez sombre qu’il présente, mais il adresse également l’ouvrage aux différentes générations de lecteurs, de quoi leur permettre de partager leurs ressentis après sa lecture.

« J’aime varier mon trait en fonction des histoires abordées, nous explique l’auteur. Pour "Charbon", je voulais maintenir une certaine légèreté, ne pas trop appuyer sur le coté anxiogène de la situation pour garder un coté burlesque dans des personnages. D’un autre côté, je souhaitais faire éprouver un certain étouffement, un air à coupé au couteau. Je voulais faire sentir une urgence d’agir pour les habitants de cette planète. C’est pour cela que la seconde partie de l’histoire sera sous titrée "La révolte". »

Un grand tirage N&B limité à 300 exemplaires rend toute la minutie graphique de l’’auteur
Extrait du cahier graphique du grand tirage noir et blanc

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

Charbon, tome 1/2 : L’Espoir, par Michel Colline (Paquet).

Du même auteur, lire Aspicman - Par Michel Colline - Editions Treize étrange

  Un commentaire ?