Covid-19 : une BD de propagande chinoise enrubannée

11 avril 2020 0 commentaire
  • Pour retracer deux mois et demi de pandémie en Chine, le Quotidien du Peuple publie une bande dessinée numérique sous forme de rouleau. Au-delà de l'évidente propagande du Parti Communiste, la bande déploie un remarquable mélange entre traditions picturales et créations high tech.

Le 8 avril, la ville de Wuhan et ses onze millions d’habitants est sortie d’un sévère confinement de soixante-dix-sept jours. En général, le soulagement règne en Chine après deux mois de cauchemar que nous-même éprouvons aujourd’hui. Témoin de ce printemps tardif, ce curieux objet numérique diffusé par le Quotidien du Peuple (Renmin Ribao). Le vénérable journal, organe officiel du Parti Communiste depuis octobre 1949, sait utiliser les technologies modernes comme cette bande dessinée pour smartphones diffusée sur Internet.

Covid-19 : une BD de propagande chinoise enrubannée
© Renmin Ribao

En défilement horizontal l’Atlas anti-épidémique de la Chine – tel que Google traduit l’œuvre – offre un panorama des événements à Wuhan d’où la pandémie est partie et là où elle a frappé le plus fortement.

Tout commence en gaieté par les fêtes du Printemps, ce que nous appelons le « Nouvel an chinois », qui commençaient cette année le 23 janvier. À cette occasion, des millions de personnes rejoignent leurs familles parfois à des milliers de kilomètres de leur domicile… Tel que le montre ce ruban de pixels, le virus a commencé sa propagation à cette date, forçant la réaction des autorités.

© Renmin Ribao

Ainsi, une famille de travailleurs migrants qui revient à son village natal après trois ans d’absence se voit étroitement contrôlée. Wuhan et sa majestueuse Pagode de la grue jaune qu’ils quittaient le temps d’une semaine de vacances est paralysée pour plus de deux mois.

Le récit dessiné montre la mobilisation du pays, la construction de deux hôpitaux en un éclair, l’envoi de volontaires venus de Chengdu, celui de masques de protection manquants dans la ville et arrivés par la route, le rail ou l’air… De nombreuses scènes dépeintes rappellent notre actualité, l’épuisement du personnel médical, l’enseignement à distance, la livraison de marchandises aux plus âgés et la lueur d’espoir qui apparaît.

On n’évite pas la mise en exergue de l’action « positive » de l’ensemble des rouages du Parti et de ses membres, tous cercles sociaux confondus, sortant vainqueur de la guerre contre le virus.

© Renmin Ribao

Style pompier, vision univoque, ce rouleau est une opération de propagande. Pas question ici d’évoquer par exemple, le Docteur Li emprisonné pour avoir alerté ses collègues sur l’apparition de la maladie dès décembre 2019.

L’œuvre en elle-même est une entreprise à grands moyens dont le générique affiche quatre éditeurs, autant de dessinateurs et deux scénaristes. Mais elle étonne par son efficacité, sa fluidité et son élégance et par la remarquable ingéniosité de ses créateurs à associer traditions ancestrales et technologies modernes.

© Renmin Ribao

Ainsi, photos retouchées et dessins réalistes s’appliquent au principe du récit dessiné sur rouleau, une forme d’art séquentiel qui remonte au dixième siècle, avec des exemples comme le fameux Jour de Qinming au bord de la rivière.

On décèle également dans ce ruban la même alliance de l’excellence graphique et de la pensée officielle qui faisait le propre du lianhuanhua, ces petits volumes appelés également « BD Mao » par lesquels le pouvoir chinois a diffusé auprès des masses le meilleur des arts, des lettres et de la pensée du Parti. Ces livrets séduisants dans la forme sont pour l’essentiel restés endémiques à la Chine à l’exception toute récente des éditions Patayo en France.

Mais dans les années 1950 à 1970, les moyens de diffusion planétaire de la culture chinoise restaient rares. Avec les réseaux numériques, la chanson est aujourd’hui toute autre. La BD numérique en défilement horizontal telle qu’elle apparaît ici, connaîtra-t-elle un destin semblable au webtoon vertical apparu il y a déjà deux décennies en Corée ? Ce serait un curieux effet collatéral d’une pandémie qui ne cesse de changer la face du monde…

© Renmin Ribao

Voir en ligne : L’"Atlas anti-épidémique de la Chine", lecture sur smartphone recommandée

(par Laurent Melikian)

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