Frédéric Fourreau (éditions Patayo) : « Le lianhuanhua, une nouvelle liberté ! »

13 décembre 2019 0 commentaire
  • La scène éditoriale nantaise compte un nouvel éditeur de bandes dessinées indépendant. Les éditions Patayo rejoignent en Loire-Atlantique, Ici Même, Vide Cocagne, Roquemoute et Petit à Petit. Frédéric Fourreau son fondateur se lance dans l’aventure avec un pari osé ; produire des livres de type "lianhuanhua", les BD traditionnelles chinoises en petit format à l’italienne. Rencontre.

Pourquoi le lianhuanhua ?

C’est un format qui m’attire pour sa liberté. Le principe du petit format d’une image par page avec un récitatif en pied peut sembler très cadré. Paradoxalement, je suis convaincu que c’est un bon moyen de se reconcentrer sur l’histoire et le graphisme en oubliant le formalisme de la planche qui peut prendre une importance envahissante. Avec 92 pages pour développer un récit, j’ai le sentiment d’offrir une nouvelle liberté aux auteurs que ce soit pour la création narrative et graphique.

A l’ère du numérique est-ce bien sérieux d’investir dans un format aussi connoté par le 20e siècle ?

Prendre pour mode narratif une suite de dessins accompagnés d’un petit texte est encore plus ancien que le 20e siècle ! On l’a retrouvé sur différents supports : bas-reliefs, tapisseries, miniatures, … avant de s’appliquer aux premiers ouvrages reproduits sur papier en gravure sur bois. En Europe ou en Asie, l’histoire de l’art en est truffée. Pourquoi le principe devrait-il prendre fin au 20e siècle ? Si le livre mute aujourd’hui vers le numérique, pourquoi pas l’écran d’un smartphone pour accueillir nos productions ? Et d’ailleurs depuis le 6 décembre de cette année, les Patayo sont diffusés en format numérique par Iznéo.

Frédéric Fourreau (éditions Patayo) : « Le lianhuanhua, une nouvelle liberté ! »
"la Marche des géants" par Rudy Lespinet
© Rudy Lespinet - Patayo

Pourquoi des jaquettes ?

Les livres de cette collection sont pensés comme des petits carnets précieux. On doit avoir plaisir à l’acheter pour soi, mais aussi l’offrir aux autres. L’objet-livre revêt alors une attention particulière : couverture souple, impression en noir et blanc avec une couverture dans le même papier que le livre intérieur, cahiers cousus pour une lecture à plat, identification d’une identité graphique propre à la collection. En contraste, la jaquette est colorée et a une vie picturale autonome, le dépliage offre une surprise, un dessin original de belle taille ! Ainsi, on a un livre de 100 pages, un poster en couleur et un code en fin de livre donnant accès sur patayo.fr à une carte blanche offerte par chaque auteur. Tout cela pour 10€, fabriqué en France.

Que veut dire Patayo ?

C’est un nom sorti à l’instinct à un moment où je devais ajouter une goutte d’absurde dans une réalité plus compliquée. Je trouve que ça sonne comme l’annonce d’une aventure foisonnante et passionnante.

"Sans nuage" par Louise Laborie
© Louise Laborie - Patayo

Comment avez-vous contacté les auteurs ?

À l’origine j’étais architecte-paysagiste et, curieusement, je me lance dans la bande dessinée avec des livres au format paysage. N’étant pas du milieu, je me suis adressé à des connaissances proches et, par ce biais, je me suis retrouvé en contact avec quatre jeunes auteurs qui n’ont encore jamais publié de bandes dessinées. Pour eux aussi, ce sont leurs premiers pas dans le milieu. Je recherche des projets porteurs d’une approche personnelle, aussi bien plastique que textuelle. C’est le cas de nos quatre premiers livres, ce sera aussi le cas des quatre suivants qui seront publiés en mai. Je veux faire de cette collection une sorte de laboratoire graphique et narratif.

Quelles sont les conditions pour réaliser un Patayo ?

Je verse une avance et tout de suite 10 % de droits d’auteurs. Il faut bien sûr une forte envie de la part de l’auteur, qu’il profite du format pour explorer une approche singulière.

"Dégonflé" par CouKa
© Couka - Patayo

S’agit-il de one-shots ?

Pas forcément, Rudy Lespinet travaille déjà sur une suite à La Marche des géants, ce sera éventuellement une trilogie.

Accepteriez-vous des auteurs plus expérimentés ?

Bien sûr, ce format peut aussi devenir un interlude pour des auteurs confirmés et je souhaite les toucher. Je veux également travailler avec des illustrateurs qui souhaitent montrer leurs capacités à construire des histoires. J’invite également des artistes contemporains, des animateurs, des cinéastes et éventuellement des écrivains à participer à nos productions, cela ferait de belles rencontres.

Comment réagit le monde de la BD ?

Je suis peut-être naïf, mais je perçois de l’enthousiasme lorsque je suis accueilli par les professionnels. Je suis par ailleurs accompagné par un graphiste et une chargée de fabrication plus spécialisés dans les livres d’art, ainsi qu’une correctrice littéraire. Mes premiers contacts auprès des librairies ou les cofondateurs de la Maison Fumetti à Nantes ont été positifs. Après, c’est d’abord aux lecteurs de valider notre approche...

"L’égaré" par Remy Pennarun
© Rémy Pennarun - Patayo

Ou trouve-t-on les Patayo ?

Dans toutes les bonnes libraires de France et de Navarre à partir du 30 janvier 2020, par le biais d’une diffusion-distribution assurée par Makassar. D’ici là, nous sommes présents sur certains festivals. Notre boutique en ligne sur Patayo.fr est ouverte depuis le 29 novembre .

Souhaitez-vous vous limiter au format d’une image par page ?

Ce format est le socle de Patayo. Cela ne m’empêche pas de réfléchir à une collection de BD plus classique qui pourrait s’appeler des Cases, des Langues, des Mondes, afin d’offrir aux lecteurs des BD étrangères qui n’ont jamais été éditées en français et qui reflètent une culture particulière. Les envies ne manquent pas.

Propos recueillis par Laurent Melikian

Voir en ligne : Le site des éditions Patayo

(par Laurent Melikian)

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