Darwin, T. 2 : L’origine des espèces - Par C. Clot et F. Bono - Glénat

13 février 2017 0
  • Second volume de la biographie de Charles Darwin dans une collection de Glénat consacrée aux grands explorateurs.

Au mois de mars dernier, dans le cadre d’une chronique sur la collection de Glénat intitulée « Explora », nous revenions sur la sortie du premier volume d’un diptyque consacré à Charles Darwin, en regrettant que « que le dessin de Fabio Bono [soit] souvent maladroit, et le rendu des visages parfois disgracieux ». Dans ce second volume, les couleurs de Dimitri Fogolin manquent toujours de nuances, et le dessin continue à comporter des maladresses, mais l’ensemble graphique est néanmoins plus agréable et le trait du dessinateur semble plus sûr.

Darwin, T. 2 : L'origine des espèces - Par C. Clot et F. Bono - Glénat
Nous jugions également de manière assez négative l’intrigue : « très simple, pas haletante, certes, mais intéressante et l’on attend le second volume pour juger ce premier, qui laisse un goût d’inachevé et qui manque un peu de souffle ». L’autre moitié de l’aventure étant désormais sortie, révisons-nous notre jugement ? Oui, entièrement ! Autant le premier volume peinait à nous emballer, était trop évènementiel, autant ce second repose sur une narration parfaitement maîtrisée, nous tient en haleine et s’avère d’un très grand intérêt. Christian Clot a eu la bonne idée de construire son scénario à l’aide d’un long flash-back lui permettant d’imbriquer deux histoires en une de manière très habile.

L’album débute en effet en 1858, avec le vieux Darwin qui repousse sans cesse la publication tant attendue de ses travaux sur l’origine des espèces. Un jeune biologiste et explorateur britannique, A. R. Wallace, s’apprête à publier un essai « sur la tendance des variétés à s’écarter du type original ». Loin de s’y opposer, Darwin encourage son jeune collègue, ce que ses amis ne comprennent pas, car cette publication, très proche de celle des thèses darwinistes, ruinerait une vie de recherche et l’empêcherait de publier un jour ses propres résultats. Sa femme et ses amis le pressent d’expliquer la vraie raison de son refus de soumettre ses écrits au grand public.

Commence alors un long flash-back retraçant la fin du voyage sur le Beagle, en 1834-1836, qui explique à la fois comment Darwin en vint progressivement à construire ses théories évolutionnistes et les dilemmes créés entre sa foi chrétienne et ses observations scientifiques. Ainsi, observant la formation d’un atoll, il en arrive à la conclusion qu’ils se sont créé lentement sur plusieurs centaines de milliers d’année, temps géologique en désaccord avec le temps biblique, puisqu’il semblait acquis depuis le début du XVIIe siècle et les travaux de l’archevêque anglican J. Usher que la création était intervenue le soir du 22 octobre 4004 avant J.-C.

De même, la découverte de fossiles marins aux sommets des Andes, l’amène à confirmer les thèses sur la géologie uniformitariste de Lyell, c’est-à-dire à l’idée que les processus qui se sont exercés dans le passé lointain s’exercent encore de nos jours de manière très lente, s’opposant ainsi aux thèses catastrophistes pour qui la surface terrestre est apparue d’un seul coup, comme décrit dans la Bible.

L’élaboration progressive de certitudes opposées au discours religieux traditionnel l’amène à combattre, au sens physique du terme, le capitaine du Beagle, son ami, Fritz Roy. Christian Clot met en scène de combat et en fait un point central dans la vie de Darwin : c’est cette lutte quasi-fratricide qui l’aurait conduit à refuser toute publication de ses thèses pendant deux décennies de peur de voir s’opposer violemment partisans de ses thèses. La fin de l’album montre finalement Darwin se résoudre à la publication et évoque rapidement les conflits que cela suscita en effet.

Cet album est très réussi, et l’on en vient même à se demander si ces deux volumes n’auraient pas pu être fusionnés en un seul volume plus dense ? Quoiqu’il en soit, cette histoire permet de mieux comprendre le cheminement intérieur du plus grand scientifique de son temps qui abandonna sa vocation pastorale pour devenir, de manière totalement imprévue, l’auteur de thèses combattues et caricaturées par l’Église et par les créationnistes de tout poil du milieu du XIXe siècle à nos jours.

(par Tristan MARTINE)

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