Des Fourmis dans les jambes - Par Gautelier et Pennelle – Editions Emmanuel Proust

12 avril 2012 5 commentaires
  • Ce publicitaire parisien avait tout pour être heureux : du succès dans son travail de graphiste connu et reconnu, une femme aimante et une petite fille qui l’adore. Tout pour être heureux sauf… une sclérose en plaque qui le fait souffrir depuis plus d’une dizaine d’années !

Effets des traitements, du stress d’une vie parisienne oppressante et des difficultés quotidiennes ? Alex n’en peut plus de supporter une vie difficile, faite d’anonymat, d’incompréhension, sans perspective, ni vision optimisme. Au fil des jours, des semaines, ce publicitaire de 33 ans s’aigrit, devient insupportable face à une existence qui ne l’est pas moins.

Faut-il alors changer de vie et d’environnement de manière radicale ? C’est en tout cas le message que semble véhiculer ce récit. Le héros retrouvera la joie de vivre en s’installant dans la région nantaise, face à la mer, dans la douceur provinciale ? Une histoire dont on devine clairement la part autobiographique.

Arnaud Gautelier sait en effet de quoi il parle ! Cet ancien directeur artistique avait déjà témoigné dans un livre (J’te plaque , ma sclérose édition Philippe Rey) de sa maladie et des conséquences sur sa vie quotidienne. Avec ce roman graphique il se lance dans un témoignage lucide et critique, non dénué d’humour. Le fondateur de l’association Notre sclérose, âgé de 35 ans cherche manifestement à changer le regard sur une maladie qui touche encore 80 000 personnes en France et dont on parle assez peu.

Renaud Pennelle vient lui aussi de la publicité et du design. Ce jeune auteur a déjà eu l’occasion d’expérimenter son graphisme moderne et enlevé à travers deux albums publiés chez le même éditeur : Sagarmatha pour la collection Atmosphères Sport et La Vénus Noire, adaptation du film d’ Abdellatif Kechiche.

Manifestement séduit par les « sujets difficiles », le dessinateur impose son style personnel, nerveux et un peu torturé en écho au discours d’écorché vif du scénariste. Traité avec sobriété et uniquement au lavis, le graphisme s’accorde non seulement à la douleur du récit mais aussi au message d’espoir qui surgit en conclusion du livre.

Bien sûr, on retrouve quelques points communs avec certains succès du genre vus récemment au cinéma. Le choix du handicap comme thème central, la séquence en parapente (eh oui !) ne peuvent pas ne pas faire penser à un certain « Intouchables ». C’est là un reproche assez facile mais auquel ce roman graphique non dépourvu de qualités ne pourra échapper. De même, est-on tenté de relever certains clichés sur les aspects trop simples et presque idylliques de la vie de province en comparaison d’un univers parisien presque caricatural.

Il n’empêche que la tentative des auteurs (et de l’éditeur !) reste suffisamment courageuse et inédite pour mériter toute notre attention. À découvrir !

Voir en ligne : L’association de Notre sclérose

(par Patrice Gentilhomme)

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5 Messages :
  • Bon, en même temps, l’auteur n’a pas regardé le film "Les intouchables" sorti il y a quelques mois, il est vite retourné chez lui , a dessiné la séquence du parapente , a fini son livre et publié très vite histoire de surfer sur le succès du film ! Ecrit comme ça , vous sous-entendez une volonté de plagiat ou en tout cas une copie naïve . Ce livre a été initié il y a des mois, peut-être des années vu les conditions difficiles de réalisation. Vous pouvez lui trouver des défauts mais pas celui-là, je trouve ça très discourtois. Noter simplement la coïncidence aurait été plus subtil ; ceux qui "souffrent" d’un handicap le surmontent souvent en s’attaquant aux mêmes challenges que les autres, parapente ou saut à l’élastique , sports etc... le regard porté sur eux est similaire également , il est donc possible de se retrouver dans les mêmes situations. Idem quant aux oppositions ville/campagne. L’auteur n’a pas dû faire autre chose que raconter la réalité.

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    • Répondu par Arnaud Gautelier le 13 avril 2012 à  12:13 :

      Encore une fois mille mercis pour ce super article ! Ma compagne a adoré !
      Bien cordialement,
      Arnaud Gautelier.

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  • Bonjour,

    Je voulais vous remercier pour cet article. Mais je tiens à vous préciser quelques informations :

    • Le texte de cette BD était terminé bien avant Intouchables.
    • Le parapente est juste une coïncidence.
    • Tous les événements de cette histoire se sont réellement passés.
    • Mes "critiques parisiennes" sont fondées car les faits se sont réellement déroulés.

    J’espère que les lecteurs vont apprécier ce voyage mis en case par mon ami Renaud Pennelle.

    Bonne lecture !

    Arnaud Gautelier

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    • Répondu par Vicha le 7 novembre 2012 à  12:39 :

      Bonjour, je viens de lire "des fourmis dans les jambes" et j’ai été bluffée par le réalisme qui y transparait. Je suis moi même atteinte de sep et c’est un ouvrage que j’offre régulièrement pour peut être expliquer de manière originale le quotidien des personnes malades ou handicapées. Par contre je souhaitais m’acheter le livre "jte plaque ma sclérose" il est épuisé. Dommage mais il reste la BD qui est vraiment intéressante à tous points de vue. Félicitations aux auteurs

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  • Au sujet de délocalisation des auteurs , les dessinateurs et scénaristes de bd sont présents , concentrés dans quelles régions de france ? Sont ils tous pour la plupart à Paris , là ou le travail "à côté " de la bd leur permet de survivre , ou sont ils tous disséminés sur le territoire ou au contraire peut on trouver une certaine densité d’auteurs dans une région particulière ? ( ceci est comme une question sociologique ?? prenez la comme ça ..)

    Pas que je veuille détourner le thème de ce bouquin sur l’handicap , la maladie , mais le sujet étant aussi la délocalisation et la vie différente en province à comparer de la vie parisienne , peut être qu’une chose explique l’autre...une vie moins urbanisée permet peut être une créativité plus débridée , prolixe , ou peut être pas ???
    une vie plus saine , plus difficile aussi , etc etc....bon nombre de questions sur le sujet en fait ..

    Mais si on pouvait établir une carte de france ( pourquoi pas englobant la belgique , etc, etc voire l’europe ) ou les dessinateurs sont localisés ( sans rentrer dans le détail de leur adresse privée ) ceci pourrait être intéressant ( comme inutile diront certainement des commentateurs qui vont suivre) ???

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