Enquête « les Français et la bande dessinée » : un art qui fait l’unanimité

10 septembre 2020 3 commentaires
  • Ce mardi 8 septembre, à l’occasion de l’année de la BD 2020, le Centre National du livre (CNL) a dévoilé les résultats d’une étude commandée à l'Ipsos, réalisée en janvier dernier et intitulée « Les Français et la bande dessinée ». Le CNL a voulu s’intéresser de plus près au phénomène croissant de la BD en France : qui sont les lecteurs ? Comment choisissent-ils leurs ouvrages et qu’est ce qui les incite plus particulièrement à se tourner vers ce genre littéraire ?

Cette étude s’est donnée comme objectif de mesurer et comprendre le rapport à la BD des Français de 7 à 75 ans. C’est la première fois que l’on refaisait ce type d’enquête depuis plus d’une décennie. Pour ce faire, Ipsos a opéré sur un panel représentatif de la population globale de 2000 personnes divisé en deux parties : 1000 jeunes âgés de 7 à 15 ans et 1000 répondants âgés de 16 à 75 ans ont été interrogés.

Alors ? En ressort-il des surprises ? Pas vraiment. Globalement, on peut dire que la BD plaît aux Français mais inégalement selon l’âge et le sexe, ce qui est loin d’être une nouveauté.

Enquête « les Français et la bande dessinée » : un art qui fait l'unanimité

Et oui, on le savait déjà aussi, le lectorat de la bande dessinée est plutôt masculin chez les grands comme les petits : si 84% des garçons lisent des BD, seulement, si l’on peut dire, 70 % des filles s’y intéressent. Chez les adultes, la différence est plus significative : 53% de lecteurs masculins lisent régulièrement des BD contre 33% de lectrices, ce qui n’était pas le cas il y a quelques décennies.

Par ailleurs, pour ces grands lecteurs qui s’intéressent à tous les genres littéraires : romans, pièces de théâtre comme BD, la clientèle est plutôt aisée et se situe dans la catégorie de ce que les sondeurs appellent les CSP+, à l’exception des mangas qui connaissent une audience jeune et aussi plus variée en termes sociologiques. Là encore, on ne le découvre pas.

Un bonne question : vers quelle catégorie de bande dessinée se dirigent spontanément les lecteurs ? Ce sont les albums qui restent au top des ventes avec Astérix en haut du podium. Les classiques du genre font toujours l’unanimité peu importe l’âge le sexe même si les filles et les femmes connaissent une lecture plus diversifiée. Ainsi, au grand dépit de Xavier Guibert, co-présentateur de l’enquête, la BD classique tient bien la route. " - Oui, mais, c’est une année avec Astérix..." Bah, oui, c’est ballot et ça revient tous les deux ans. D’autant que chez les plus jeunes, c’est un titre de chez Bamboo (horresco referens !), Les Sisters, qui occupe la première place. Pas exactement le genre de mets que l’on goûte dans les palmarès d’Angoulême...

Pour Vincent Monadé, président du CNL "Les Français plébiscitent la lecture de bande dessinée, mais selon la génération à laquelle ils appartiennent, ils ne lisent pas la même chose. Le village gaulois s’ouvre au monde, et le manga prend part au banquet".

Les mangas, justement, ils font fureur chez les plus jeunes avec 29% de lecteurs (là encore, Im Westen nichts Neues... ). Concernant les comics, 22% des garçons en lisent contre seulement 7% des filles, une différence qui s’explique par l’excès de testostérone de nos lutteurs huileux ou par le manque de figures féminines ?

Autre bonne question : quels sont les critères de choix pour nos lectures ? La variable d’ajustement pour les enfants est la famille, le goût pour la BD est un bienfait souvent transgénérationnel. Une famille où la BD est absente produit rarement des bédéphiles. Les enfants se les procurent soit à la bibliothèque soit par le biais des parents. À partir de 16 ans, si le goût pour la BD ne leur est pas passé, les lecteurs se procurent eux-mêmes ce bien d’exception.

Si les personnages et le thème sont les premiers critères de sélection pour tout âge, les enfants se fient souvent à un proche dans le choix de leur ouvrage, tandis que pour les adultes, la BD devient un plaisir plus personnel et autonome. Fait sociologique intéressant (vraiment, les sondages...) : 21% des adultes affirment lire des BD aux toilettes. Ils donnent également davantage d’importance à l’auteur et au dessinateur que nos chères petites têtes blondes.

Enfin, là encore rien ne nous surprend, la lecture de bande dessinée est avant tout un moyen de prendre du plaisir et se détendre. La différence principale entre les enfants et les adultes est le manque de temps pour les loisirs, qui peut expliquer la diminution des lecteurs plus âgés qui lisent trois BD par an contre en moyenne 12 pour les plus jeunes.

La bande dessinée est donc un mets apprécié, souvent utilisé comme cadeau et, fait intéressant, la lecture-papier est privilégiée à lecture numérique même si celle-ci, petit à petit, se développe. Quant à la "féminisation du lectorat" que constate M. Monadé, elle se porte davantage de romans graphiques grâce apparemment au succès d’autrices et anciennes lectrices comme Pénélope Bagieu, Marion Montaigne ou Catherine Meurisse qui proposent des sujets avec un regard différent.

On est content de cette remise à jour dont M. Monadé nous promet une réplique "dans quatre ou cinq ans pour voir l’évolution." Mais comme le suggère Philippe Capart sur un fil Facebook, il serait peut-être temps de se pencher sur la condition de la diffusion et de la distribution du livre en France. On aurait peut-être davantage de surprises...

Les Français et la BD - Le rapport détaillé (PDF)

(par Klara LESSARD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Infographies © CNL

 
Participez à la discussion
3 Messages :