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Facteurs pour femmes - Livre 2 – Par Quella-Guyot et Cassier – Grand Angle/Bamboo

  • La publication d'une suite reste toujours un exercice périlleux, surtout si celle-ci n'était pas prévue à l'origine et que l'un des auteurs a entretemps été remplacé. Un pari risqué mais plutôt réussi avec ce nouvel épisode.

Le facteur sonne toujours deux fois ! Didier Quella Guyot s’applique la formule avec la poursuite de la chronique de ces femmes de marins isolées sur leur île au cours de la Première Guerre mondiale, tous les hommes étant partis au front.

Maël, le jeune facteur, reste le seul homme jeune et vigoureux disponible pendant que tous les autres sont mobilisés. En dépit de son pied-bot et de sa naïveté, le gentil facteur va devenir l’amant d’un bon nombre de ces Bretonnes confinées pour cause de guerre. Le premier livre, paru en 2015 décrivait ces mésaventures plus ou moins coquines dont l’issue quelque peu tragique posait un point final au récit. Du moins en principe !

Facteurs pour femmes - Livre 2 – Par Quella-Guyot et Cassier – Grand Angle/Bamboo
La densité du récit exige de lire (ou relire) le premier tome.

Avec ce second tome, place au monde d’après. Bien des années plus tard, la jeune Linette, de retour d’un long séjour en Australie, apprend qui est son vrai père et découvre à cette occasion d’autres aspects de l’histoire. Son père n’était pas Guénolé mais bien Maël, le facteur-séducteur, qui n’est pas mort dans un accident stupide ! Redoutant le retour de leurs maris, les fières bretonnes auraient conclu un pacte pour éliminer le facteur gênant... Mais au-delà des circonstances troubles et mystérieuses de la disparition de Maël, une part d’ombre va être mise à jour avec la révélation d’un autre drame survenu après la guerre.

Manu Cassier, second dessinateur de la série, entre démarche personnelle et fidélité aux ambiances du récit.

La reprise du dessin par Manu Cassier ne réussit pas complètement à faire oublier celui de Sébastien Morice, dessinateur du premier tome mais indisponible pour poursuivre l’aventure, accaparé par l’adaptation du monde de Pagnol chez le même éditeur. On retrouve néanmoins l’ambiance et les couleurs qui avaient contribué au succès public et critique du premier livre. Un premier livre qu’il conviendrait d’avoir à portée de main pour ne pas s’égarer dans ce récit riche en flashbacks, surfant sur plusieurs décennies.

À travers cette chronique provinciale, la guerre, et ses conséquences sur les hommes et les femmes dans ce qu’ils ont parfois de plus intime, fait partie du propos de ce diptyque. Derrière l’intrigue se découvrent bien des frustrations et rancœur à l’origine du second drame qui frappe la petite communauté.

Va et vient entre deux époques et heurt entre générations sont au coeur de cette intrigue insulaire.

Au-delà du récit de Nolwenn, Soizig, Lucienne, Germaine et les autres, le scénario nous apporte des révélations. Situant ce second opus dans le contexte des années 1920, les questions de l’émancipation, de liberté de choisir sa vie, de vivre sa sexualité, de la ségrégations au travail... font partie des préoccupations féminines du moment.

Après avoir joué un rôle important durant la Première Guerre mondiale en palliant l’absence des hommes, beaucoup d’entre elles aspirent à un changement dans leur vie professionnelle et personnelle. Elles devront attendre les décennies suivantes pour accéder à une certaine émancipation. Au delà de l’intrigue, le scénario approche ces préoccupations en cherchant aussi à sensibiliser le lecteur. Didier Quella-Guyot, en pédagogue éprouvé, nous propose ainsi un raccourci entre petite et grande histoire vibrant et instructif.

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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