Fairest T2 - Par B. Willingham, L. Beukes, I. Miranda et B. Kitson (Trad. Nicole Duclos) - Urban Comics

2 juillet 2014 0 commentaire
  • Vous pensiez connaître Raiponce, personnage popularisé par le récent succès de Disney? Et bien détrompez-vous : vous allez la redécouvrir en vous plongeant dans ce deuxième tome de {Fairest} qui lui est (presque) intégralement consacré. Cette extension du monde de {Fables} continue d'enchanter.

Il était une fois une jolie (simili) princesse qui menait une existence relativement paisible au milieu de ses compères Fables, jusqu’à ce qu’une volée d’oiseaux en origami lui apporte un message, en japonais, la renvoyant à son passé : "Tes enfants..." Des enfants ? Raiponce ? Vraiment ?

Dans l’univers de Fables, Raiponce tomba enceinte suite à une aventure avec un bel amant. Chassée de sa Tour par Totenkinder, elle ne put trouver refuge auprès de celui-ci et dut accoucher seule, dans la forêt. Pour voir ses jumelles lui être enlevées juste après leur naissance.

Fairest T2 - Par B. Willingham, L. Beukes, I. Miranda et B. Kitson (Trad. Nicole Duclos) - Urban Comics
Le nid de Raiponce ne vous rappelle-t-il rien ?
Fairest T2 © Bill Willingham / DC Comics / Urban Comics
Version alternative du chat-bus de Miyazaki
Fairest T2 © Bill Willingham / DC Comics / Urban Comics

Par la suite, elle erra entre divers mondes merveilleux en quête de ses filles pour s’installer dans un royaume caché, inspiré du Japon féodal. Aujourd’hui, après la chute de l’Adversaire, c’est à Tôkyô qu’elle doit renouer avec cet épisode de son passé en prenant part à une guerre entre yokai devenus yakuza.

Dans cette deuxième grande aventure de Fairest, Bill Willingham passe la main à Lauren Beukes pour le scénario. L’écrivaine sud-africaine s’en tire haut la main mêlant drame intime et affrontement épique, renchérissant sur l’orientalisme des Mille et une nuits du premier volume par un glissement vers l’Asie, le Japon et son folklore si riche en démons et créatures fantastiques.

Mêler cela aux clichés de la modernité japonaise fonctionne parfaitement dans la logique de Fables et donne un récit tout à fait convaincant.

On notera d’ailleurs la postface de la romancière qui livre ses inspirations pour cette intrigue tokyoïte. Si des références classiques émergent, comme Miyazaki, Kurosawa, Le Dit du Genji ou encore Les Notes de chevet de Sei Shonagon, d’autres étonnent et ravissent. Takashi Miike, réalisateur de Ichi The Killer, Amer Béton de Taiyo Matsumoto et surtout ceux que Lauren Beukes désigne comme "les trois Murakami".

La célèbre figure japonaise du fantôme sortant du puits est recyclée dans ce conte de Raiponce
Fairest T2 © Bill Willingham / DC Comics / Urban Comics
Adam Hugues continue à régaler avec ses pages de couverture
Fairest T2 © Bill Willingham / DC Comics / Urban Comics

Si le romancier Haruki Murakami, (1Q84, Kafka sur le rivage, La Fin des temps, Après le tremblement de terre, etc.), lointain héritier du réalisme magique, et le plasticien Takashi Murakami, qui a récemment investi le château de Versailles de ses bestioles kitsch et colorées, sont de renommée mondiale, la reconnaissance dont jouit Ryu Murakami est moindre, sa mention plus inattendue comme source pour un comics.

Pourtant, la représentation que l’on observe dans ce volume d’un Japon aussi clinquant que déglingué, profondément sombre, violent et désabusé, relève peut-être bien davantage de l’auteur de Bleu presque transparent et des Bébés de la consigne automatique que des autres Murakami. Merci Lauren Beukes [1].

Surtout, cette version revisitée de Raiponce emporte le morceau. Si ses cheveux poussent toujours autant, si ses relations avec Totenkinder sont toujours aussi compliquées, la blonde rebelle dévoile ici non seulement ses attraits mais aussi une âme vengeresse à laquelle sa chevelure donne une forme à la fois terrifiante et splendide.

Ses aventures en deviennent tout autant guerrières que sensuelles. À l’amour comme à la guerre : Raiponce se réclame mère pour ne plus être fille, apparaît
femme plutôt qu’adolescente, se révèle amante avant d’être amoureuse. Qui ne tomberait sous le charme ?

De la chevelure comme drap nuptial
Fairest T2 © Bill Willingham / DC Comics / Urban Comics
Raiponce version punk tokyoïte
Fairest T2 © Bill Willingham / DC Comics / Urban Comics

(par Aurélien Pigeat)

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- Fairest T2, "Le Royaume caché". Par Bill Willingham et Lauren Beukes pour le scénario, et Inaki Miranda et Barry Kitson pour le dessin. Traduction Nicole Duclos. Urban Comics, collection "Vertigo Classiques". Sortie le 5 juin 2014. 168 pages. 15 euros.

- Lire la chronique du tome 1

- Retrouver les articles consacrés à Fables et Bill Willingham sur actuabd : l’annonce de la fin de Fables en novembre dernier, les chroniques des tomes 1&2 et du tome 10, mais aussi le collectif Fables : 1001 nuits de Neige.

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[1Côté éditorial, petit bémol. Pas mal de coquilles demeurent, assez étonnantes du fait de leur visibilité. Ainsi une phrase inter-chapitre bancale, le nom de Matsumoto oublié dans une note ou encore le prénom de Ryu Murakami devenu Ryo. Dommage car, par ailleurs, un utile glossaire autour de l’imaginaire japonais clôt le volume.

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