Dent d’ours - T2 "Hanna" - Par Henriet & Yann - Dupuis

3 juillet 2014 1 commentaire
  • Après Max, Hanna est le deuxième tome d'une trilogie situé entre les collines de Silésie et le théâtre des opérations de la Seconde Guerre mondiale. Avec "Dent d'ours", [Buck Danny, qui s'est découvert récemment une seconde jeunesse->art15997], n'a qu'à bien se tenir.

Ayant accepté la mission de tuer son amie d’enfance Hanna Reitch, Max est parachuté au dessus de la Pologne pour y entrer en contact avec la résistance polonaise afin de faciliter son infiltration parmi des jeunes recrues allemandes prêtes à sacrifice ultime à bord des Wunterwaffen du Reich. Hanna Reitch, as de l’aviation allemande, est chargée de la formation éclaire de cette élite fanatisée.

By Jove ! Un sein dans le beau magazine de Spirou !? En effet, le second tome de cette trilogie menée par Yann et Henriet, et pré-publié dans l’hebdomadaire de la bonne humeur, s’ouvre sur une Eve nazie qui tend la pomme du péché à un fier Adam (tout aussi dénudé) de l’US Air Force. Les jeunes et moins jeunes lecteurs du magazine en verront d’autres, car oui, Dent d’Ours c’est du sérieux. Pas question d’édulcorer la violence (physique ou verbale)... ou le sexe. Allez, juste un peu le sexe.

Parce que cette série reste, malgré certaines apparences, une publication pour un public jeune, susceptible de découvrir avec elle la Seconde Guerre mondiale par son aspect le plus grand-spectacle.

Dent d'ours - T2 "Hanna" - Par Henriet & Yann - Dupuis

Si l’aviation n’est pas le sujet de cette série, mais seulement le contexte prépondérant d’une histoire d’amitié, d’amour et de trahison sur fond de conflit mondial, force est de constater que Dent d’Ours surfe sur la vague du nouvel élan de l’aviation dans le petit monde de la bande dessinée initié par les Éditions Paquet (Le Grand Duc, Le Pilote à l’Edelweiss, Ciel en Ruine,...), et nourrit la fascination qu’exercent les Wunderwaffen, ces armes miraculeuses (particulièrement dans le domaine aéronautique) qui devaient sauver le troisième Reich en pleine déliquescence et qui donnèrent aux combats aériens des derniers mois de guerre des allures anachroniques.

Dans ce contexte, le célèbre Me-262, premier avion à réaction opérationnel, fait presque figure d’avion commun. Vous n’en verrez pas dans cette série, dans les deux premiers tomes du moins.

Autant Dent d’Ours n’est pas à proprement parler une uchronie, contrairement à la série Wunderwaffen chez Soleil, car au scénario, Yann ne réécrit pas l’histoire mais s’amuse à jouer avec la frontière poreuse de la réalité historique. Si le Komet (dans le tome précédent) et le Salamander qui apparaît dans ce tome on volé, combattu, voir même remporté des victoires, l’utilisation massive du Triebflügel (qui illustre la couverture) par la Luftewaffe est fort peu probable, voire totalement fictive.

L’apparition de personnalités historiques comme Adolf Galland sert également à ancrer le récit sur des fondements solidement étayés, bien que, contrairement à la représentation qu’en font les auteurs, si l’on en croit son autobiographie, Adolf Galland était, à cette époque, plutôt désabusé quant à l’issue du conflit.

Cette volonté d’associer un récit pour ado à une rigueur historique poussée, appuyée par le dessin méticuleux d’Henriet, aboutit finalement à un objet dont l’hybridité est loin d’être déplaisante à la lecture en dépit de l’excès de rigueur qui l’emporte parfois sur la raison du récit, et déstabilise ainsi le lecteur. Ainsi, alors qu’Allemands et Anglo-américains parlent tous le français, par convention dramatique (sauf bien sûr quand la soldatesque teutonne chante « Lili Marlène », ou hurle « Halt », « Schnell » ou « Papieren »), Yann se prend de traduire les dialogues des résistants polonais en polonais. Ce choix ne se justifie pas, ou tellement peu au regard de l’intrigue, et rend la lecture de certaines planches assez laborieuse.

Pour revenir un instant au dessin, il convient de reconnaître que la précision qu’apporte Henriet dans la représentation des avions évite la surenchère du moindre rivet, ou détail si vous préférez. Il trouve le juste équilibre entre souci du détail et celui de la lisibilité. Son dessin souple, un peu trop propre peut-être, convient assez bien ce récit somme toute assez sage.

Mais remis dans son contexte de publication pour la jeunesse, Dent d’Ours est une bonne bande-dessinée auquel on pardonne volontiers la naïveté de certains dialogues et le manque de profondeur psychologique des personnages. L’important n’est il pas de captiver son lectorat ? Et de ce côté, nous sommes pour notre part impatients de connaître ce qu’il advient de Werner, le troisième larron de ce trio improbable.

(par Tanguy PÂQUES)

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