François Ayroles : le meilleur historien de la BD de l’année 2018

12 mars 2018 6 commentaires
  • Avec son « Moments clés du Journal de Spirou – 1937 – 1985 » (Ed. Dupuis), François Ayroles nous un livre un formidable récit de l’incroyable aventure du Journal de Spirou qui, avec le Journal de Mickey, est le seul hebdomadaire franco-belge de bande dessinée ayant publié continûment depuis l’avant-guerre. Un storytelling qui se double d’un travail d’historien d’une grande érudition et d’une incroyable finesse. Un must.

Ce n’est pas la première fois que François Ayroles nous gratifie de ses « Moments clés de l’histoire de la bande dessinée ». Il avait publié deux volumes sous les bannières du Neuvième Monde et des éditions Alain Baulet, mais surtout un délicieux « Moments clés de l’Association » paru chez cet éditeur.

À chaque fois, l’auteur égrène ses anecdotes, parfois bien connues mais parfois aussi totalement inconnues aux frontières du cryptique, avec un humour distancié que l’on pourrait croire parfois destiné aux seuls initiés.

François Ayroles : le meilleur historien de la BD de l'année 2018

Disons-le tout net : c’est un plaisir de voir comment il croque les auteurs parfois les plus obscurs de l’histoire du Journal de Spirou dressant une impressionnante galerie de portraits où l’on retrouve Franquin, Jijé, Delporte, Morris, Peyo, Tillieux, Roba… mais aussi des figures dont les visages sont quasiment inconnus des lecteurs : la famille des éditeurs Dupuis, le dessinateur Sirius ou mieux encore, Marcel Remacle, le dessinateur du Vieux Nick et Barbe noire qui a rarement paru en public.

On ne peut-être qu’impressionné, comme connaisseur, par l’importance de sa documentation et surtout par la justesse des portraits réalisés sans aucune charge excessive, avec élégance et raffinement.

Ayroles a le talent de l’historien qui sait figer en quelques instants une récit complexe aux multiples personnages couvrant 80 ans de l’histoire de la bande dessinée avec quelques anecdotes saillantes. C’est fait avec bonhomie, bienveillance et même sympathie. Mais surtout, et c’est là une des qualités majeures de cet ouvrage, les textes qui accompagnent ces 180 dessins d’ironie sont d’une parfaite précision, savamment recoupés aux bonnes sources, et offrent des schémas historiques d’interprétation aux angles rares et inédits. Rarement en effet, le chatoiement de l’anecdote avait servi avec autant de justesse la grande histoire de la bande dessinée franco-belge.

Ayroles est à nos yeux le plus talentueux historien de la bande dessinée qu’il nous ait été donné de lire depuis longtemps, une sorte de Jules Michelet de la BD, que nous sacrons sans vergogne le meilleur historien de la BD de l’année 2018.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Moments clés du Journal de Spirou – Par François Ayroles – Editions Dupuis
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6 Messages :
  • Assurément, François Ayroles, auteur complet et également érudit en matière de bande dessinée, a su aussi glaner les informations aux bonnes sources.
    Les illustrations prenant quelquefois le contre-pied du texte bien documenté, renforce la saveur de l’humour distancié utilisé.
    Ayant en outre le bon goût de citer à deux reprises Yves Chaland, il serait de bon ton que François Ayroles, fidèle des Rencontres à Nérac, y reçoive son prix de meilleur historien. Non ?
    A ce sujet, les Cahiers de la BD, n°2, donnent à voir une troisième illustration sur cet auteur.

    La dernière illustration, qui vient en écho à celle d’ouverture, montre bien qu’il s’agissait, lors du départ à la retraite de Ch. Dupuis, de la fin d’une époque. Et de la fin d’une histoire.
    Je ne suis pas certain que le "à suivre" figurant en bas de page signifie vraiment qu’un autre volume viendra compléter celui-ci. Cette histoire, plus récente, fournirait-elle autant d’anecdotes, de moments inscrits dans la mémoire collective des amateurs ? Ou alors, François Ayroles devra attendre le temps nécessaire.

    Ceci étant dit, bien que n’étant pas né à l’époque, je n’irai pas jusqu’à affirmer que le Journal de Spirou a publié de façon continue depuis l’avant-guerre, pas plus que le Journal de Mickey.

    En tous cas, si je n’étais déjà convaincu de l’intérêt de ce livre, l’article m’aurait donné envie de l’acheter. Et, à ma connaissance, il faut se presser, il semble bien se vendre.

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    • Répondu par MD le 12 mars à  20:34 :

      Le journal de Spirou a connu un arrêt de publication pendant l’occupation de la Belgique par l’Allemagne nazie. D’où l’Espiègle au grand coeur (sorte de hors série).

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      • Répondu par Richard Foin le 13 mars à  09:54 :

        Il me semble bien que le journal de Mickey, en tout cas en France, n’a reparu après guerre qu’en 1954, donc très longue interruption. De plus, si le journal avait le même propriétaire, il avait totalement changé, de format et de contenu.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 13 mars à  10:40 :

          Merci pour vos remarques. Oui, mais non. Mickey, pour des raisons que j’explique dans cet article, ne peut reparaître sous ce titre à la Libération. Mais il est publié sous le titre de Donald dès la Libération.

          Pour une autre raison (l’occupation allemande, les restrictions de papier...), Spirou continue aussi de publier sous un autre titre, L’Espiègle au grand cœur.

          Ces arrêts sont momentanés, et du fait de la guerre, et je ne les considère pas comme des interruptions. La publication de Mickey en Belgique a précisément été une manœuvre de Winkler (et de Biggle) pour obtenir son rétablissement.

          Il y a eu d’autres renaissances dans l’Après-guerre (La Semaine de Suzette, Coeurs vaillants par exemple), mais aucune n’a survécu comme Mickey et Spirou jusqu’à aujourd’hui.

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    • Répondu par MD le 12 mars à  20:36 :

      Et oui, c’est un magnifique ouvrage pour tous les amateurs de Spirou, et ceux qui s’intéressent à l’Histoire de la BD.

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  • Recevoir une médaille de "plus grand Historien de la BD 2018" du Sieur Pasamonik qui est notre Pic de la Mirandole ès "Fumetti" est un honneur qui échoit à très très peu d’élus et je jalouse ce titre par ailleurs amplement mérité.

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