Gags – Par Mix & Remix – Les Cahiers dessinés

21 septembre 2011 0 commentaire
  • Les Cahiers dessinés proposent un recueil de gags à la fois politiques et existentiels du Suisse Mix & Remix. Une réussite dans l’art du strip minimaliste, qui finit par ressembler à des aphorismes en images. L’occasion de profiter d’un humour bête et méchant qui n’est pas dénué d’esprit…

Les gags de Mix & Remix, c’est toujours la même mesure à quatre temps : trois lignes de dialogue ou bien trois gestes ordinaires, et un couac pour finir. Le talent du dessinateur, c’est que le lecteur ne se lasse jamais de ces strips au rythme toujours prévisible, toujours efficace : une économie impressionnante de traits, et l’art subtil de la répétition.

Le pseudonyme de Mix & Remix, étonnant puisqu’il ne désigne qu’une seule personne (Philippe Becquelin), correspond finalement assez bien à l’auteur : il a mixé une formule d’humour – moitié satire sociale, moitié absurdité de l’existence – et il la remixe sans cesse. Le résultat paraît depuis maintenant une dizaine d’années dans les pages de L’Hebdo suisse, de Courrier international ou de L’Internazionale.

C’est du Lefred-Thouron, un brin moins déglingué, du Reiser, pas aussi dégueulasse. Le décor est réduit à une ligne d’horizon, une chaise, une table, un balai. Il y a même quelque chose d’ancien, de désuet dans les gags de Mix & Remix : l’ironie et le trait naïf des cartoons d’un James Thurber, avec du gros nez.

Pourtant il est bien question des mœurs contemporaines. Mix & Remix les transpose à l’occasion chez les chasseurs cueilleurs de la préhistoire, les chevaliers du Moyen-Âge, mais les problèmes sont toujours les mêmes. L’auteur était dans Siné Hebdo (Siné écrit et dessine d’ailleurs la préface), on compte donc parmi ses cibles préférées les sectes, l’Église et l’Islam. C’est grinçant, mais jamais haineux. On pense à ce gag récurrent sur la burqa. Ou bien à celui – réussi – sur les attentats-suicides ratés.

Gags – Par Mix & Remix – Les Cahiers dessinés
Etrait de l’album
(c) Les Cahiers dessinés / Buchet Chastel

Sinon, on retrouve les scénettes habituelles du genre sur la vie d’entreprise, les médias ou les disputes de couple. Ce n’est pas dans la comédie matrimoniale que Mix & Remix se montre le plus original. On peut préférer ses saillies plus absurdes, sans sujet, sans filet : les poissons rouges alzheimériens qui se croisent et se recroisent sans se reconnaître, dans un aquarium.

En quatre images, le gagman suisse atteint parfois le degré zéro du strip ; quelques états d’âme transparaissent alors entre les lignes. Il y a ces personnages d’artistes qui ont perdu leur inspiration, ceux qui s’aperçoivent qu’ils viennent littéralement de « faire de la merde »… On sent comme un coup de fatigue dans la routine des blagues. « C’est génial d’être des personnages de bande dessinée… On va vivre des aventures extraordinaires !... », s’enthousiasme un des bonhommes de Mix & Remix. « Quoi ? C’est déjà fini ?... » Et dans la dernière case : « Zut, on est dans un strip… »

L’art de la chute est parfois aussi celui de la mélancolie, qui donne son âme à la mécanique (presque) parfaite du gag.

(par Tristan Garcia)

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