Giorgio Cavazzano : "Pour moi, le plus important, c’est la satisfaction du public."

6 août 2015 9 commentaires
  • Giorgio Cavazzano est sans conteste un des meilleurs dessinateurs de l'univers Disney en activité. Mais ce dessinateur talentueux a aussi fait une carrière parallèle, notamment en France, où il a œuvré dans Super As, Pif Gadget et bien évidemment Le Journal de Mickey. Rencontre avec un des maîtres du dessin italien.
Giorgio Cavazzano : "Pour moi, le plus important, c'est la satisfaction du public."
Silas Finn dans Super As
DR - Giorgio Cavazzano

Les Français ont connu votre travail très tôt dans Super As avec Silas Finn, ou encore comme dessinateur du personnage de Pif, mais c’est votre collaboration sur les BD de Disney que tout le monde retient...

J’ai commencé ma carrière à l’âge de 14 ans comme collaborateur de Romano Scarpa, l’un des plus grands dessinateurs de l’univers Disney en Italie. Le passage chez Disney a donc été très facile, presqu’automatique grâce à cette collaboration.

À l’époque de ma collaboration à Super As, qui était la version française du magazine allemand Zack, j’avais envie précisément de créer un personnage qui n’était pas de Disney, de faire autre chose. Le directeur du quotidien Corriere de la Sera, qui est l’un des plus importants en Italie et qui avait un supplément de bande dessinée historique : Corriere dei Ragazzi, m’avait mis en relation avec le scénariste Tiziano Sclavi, dont le nom est aujourd’hui très lié à la série Dylan Dog. Ensemble, nous avons créé la série Silas Finn. L’idée était de pouvoir publier cette série à l’étranger. La chance a voulu que juste à ce moment-là, nous sommes entrés en contact avec l’éditeur de Hambourg Koralle Verlag grâce au rédacteur en chef italo-allemand de Zack, Gigi Spina qui voulait un personnage humoristique de western. La série a continué pendant trois ans jusqu’au naufrage du projet. Tous les planches originales de la série ont d’ailleurs disparu avec leurs responsables...

Vous êtes à la frontière de plusieurs écoles de dessin : américain avec Disney, européen avec Silas Finn... Y-a-t-il un dessin proprement italien, sinon européen ? En voyant vos originaux, on se rend compte que vous êtes moins schématique que Disney...

J’ai toujours eu l’envie de dessiner des bandes dessinées d’aventure, sans en avoir vraiment les capacités. Ce qui m’a ouvert les yeux, c’est de voir les planches d’Albert Uderzo et d’André Franquin qui m’ont inspiré pour la théâtralité de leur mise en scène, leur façon aussi de poser la ligne d’horizon. Il y a aussi chez eux une manière particulière de documenter le dessin, de s’appuyer sur la photo notamment, qui donne à leur BD un effet de réel.

Ma collaboration avec François Corteggiani dans les publications françaises de Disney, avec les formidables dessinateurs comme Gen-Clo ou Michel Motti, mais aussi dans Pif, m’ont beaucoup aidé dans une période de ma vie qui était un peu compliquée. La rédaction de Pif m’avait demandé d’intervenir graphiquement sur des personnages comme Pif pour lui redonner un peu de tonus graphique, pour le reverdir un peu.

Giorgio Cavazzano dessine Mickey
(c) Walt Disney production

Les dessins que vous faites pour Mickey sont seulement signés Disney. Cela ne vous frustre pas un peu ? C’est un boulot de mercenaire ?

Je suis plutôt serein et content de mon travail. Pour moi, le plus important, c’est la satisfaction du public et pas le nom de celui qui est publié. Comme mon maître Romano Carpa, je suis un créateur, pas un mercenaire.

J’ai toujours eu de bonnes relations avec Disney. Une fois seulement, il y a très très longtemps, mes éditeurs ont reçu une lettre des États-Unis pour me signaler que mon dessin était trop réaliste, pas assez schématique. Après, je n’ai plus jamais eu aucune remarque. Mais il est vrai que c’est quand j’ai commencé à travailler directement pour la France que j’ai été considéré vraiment comme un auteur.

Giorgio Cavazzano en juin 2015, coincé par la question qui tue...
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

La question piège : quel est votre Top 5 des meilleurs dessinateurs Disney de tous les temps ?

C’est difficile. Bon, je tente : pour Mickey, le premier est sans aucun doute Floyd Gottfredson, le maître, le second probablement Paul Murry, puis Fred Moore, le dessinateur français Claude Marin, et enfin Romano Scarpa. Pour Donald, Al Taliaferro, Carl Barks, à nouveau Romano Scarpa, Don Rosa et le Hollandais Daan Jippes.

Propos recueillis pas Didier Pasamonik

Giorgio Cavazzano dessine Picsou
(c) Walt Disney production

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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9 Messages :
  • Existe-t-il un ou des livres compilant les aventures de Silas Finn ? (Quelle que soit la langue, je suis dessinateur donc de toute façon je ne sais pas lire).

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  • Un sacré talent Giorgio Cavazzano, avec un coup de crayon magistral et un coup de pinceau habité par le feu . Incontestablement une pointure équivalente à Franquin et Uderzo qui en plus à ses débuts reconnaissait une petite influence de Jean Giraud.
    Pour en venir à son travail partie western, le véritable nom de la série et du personnage Silas Finn est Peter o Pencil. Sacrée série Magistrale et virtuose, un grand moment de dessin toujours aussi agréable à contempler. Toutes les planches originales ont disparu, aïe, on aura donc pas droit à une version noir et blanc genre" artiste édition".Très dommage.

    Cavazzano est probablement l’artiste Disney le plus imité, son évolution dans ce style en apparence si formaté est sanctionnée par plusieurs périodes parfaitement identifiables ; ses suiveurs reprennent une période précise de son travail, lui est déjà ailleurs toujours dans le mouvement.
    Un très très grand.

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    • Répondu par MD le 15 août 2015 à  23:01 :

      Vous avez peut-être et sans doute raison : parce que le nom de Cavazzano est connu, malgré qu’il n’existe peu d’albums à son nom publiés en France. Que font les éditeurs ? Il me semble qu’entre Glénat qui possède les droits de repro de Disney, et Panini Italie que doit avoir un lien géographique avec lui, il y aurait de quoi faire pour proposer aux lecteurs français des compilations dignes de ce nom.
      Mais il vient de dècèder, donc on aura peut-être enfin droit à des éditions posthumes, mais quel dommage ! Pourquoi ont ils tant attendu ? Frilosité, manque de goût, problèmes juridiques que l’argent parvient toujours à résoudre ?

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      • Répondu par Francis le 16 août 2015 à  17:01 :

        Giorgio Cavazzano n’est pas mort, que racontez-vous ?

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        • Répondu par Popop le 17 août 2017 à  00:06 :

          probablement une fausse alerte due à la légende de la photo (avec le polo vert) ;-)

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