Graines de bandits - Par Yvon Roy - Editions Rue de Sèvres

19 septembre 2019 0 commentaire
  • En cette période de rentrée, les éditions Rue de Sèvres viennent nous rappeler qu’on ne guérit jamais totalement de son enfance.

Les parents des deux héros ont choisi de faire bâtir leur future maison au fin fond de l’immensité canadienne, mais très vite les problèmes surgissent. La construction de la maison tourne court à cause d’un entrepreneur véreux, leur mère se réfugie dans un mutisme ponctué de querelles familiales de plus en plus violentes tandis que le père sombre dans une pratique religieuse envahissante, assidue ? proche de la bigoterie. Rien de bien réjouissant pour ces deux garçons qui, de surcroît ont bien du mal à s’intégrer à leur nouvelle communauté. Leurs parents ayant décidé de ne pas les inscrire à l’école, ils se retrouvent presque à vivre en autarcie.

Graines de bandits - Par Yvon Roy - Editions Rue de Sèvres
Un montage efficace pour retranscrire émotion et non-dit.

Pour fuir ce climat familial oppressant, pour tenter de vivre leur enfance ? ils vont chercher à s’évader grâce à leur imagination, à travers des escapades dans la nature environnante, et s’inventer un autre monde pour échapper à ce climat. Fort de leur débrouillardise et de leur complicité les deux enfants veulent s’efforcer de se construire en surmontant la violence et l’indifférence du monde réel.

L’imagination et le jeux comme refuges face à un quotidien difficile.

Découvert avec les petites victoires parues l’an dernier et consacrées aux relations compliquées d’un père divorcé et de son fils autiste, Yvon Roy revient avec une nouvelle tranche de vie autobiographique. Ayant pour cadre le milieu des années 70, cette chronique familiale se concentre davantage sur les premiers émois et l’insouciance des deux garçons que sur les véritables causes d’une situation générale plutôt malsaine. Ils parviendront néanmoins à se détacher progressivement, mais non sans difficulté. Toutefois, l’auteur parvient à porter un regard sans complaisance sur le contexte de cette enfance bien cabossée. La vision idyllique du retour à la campagne, idée particulièrement en vogue en cette année 1974 ? Une utopie qui tourne court ! La vie de famille ? Un concentré de non-dit, de violences verbales et de désillusion ! Le poids de la religion ? Une influence démesurée et insupportable plus source de frustration et de contraintes ! L’issue pour ces deux gamins consistera donc à privilégier l’imagination, une certaine innocence, la créativité… Autant de moyens d’échapper à la violence du monde réel et renouer avec l’humanité.

En écho à ce roman graphique, on pourra également retrouver l’univers de Vera Brosgol, dans la vie hanté d’Anya rééditée par Rue de Sèvres après un été d’enfer paru en début d’année. Déjà publié en France chez Altercomics en 2013, ce qui fut son premier roman graphique lui avait valu un Eisner Award en 2011. Une autre vision de la préadolescence que cette autrice russo-américaine explore elle aussi à sa façon et qui nous montre également que l’enfance n’est pas toujours un long fleuve tranquille !

(par Patrice Gentilhomme)

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