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Grandes lectrices, les Françaises boudent la bande dessinée

Par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 20 mars 2014                      Lien  
Dans la grande enquête Ipsos sur "Les Français et la lecture" commandée par le Syndicat National de l'Edition et le Centre National des lettres, on s'aperçoit que les Français lisent moins, mais certaines catégories, les femmes en particulier, délaissent la BD pour d'autres lectures.

La bonne nouvelle, c’est que les Français lisent des livres : 70% d’entre eux ont au moins lu un livre dans l’année. Le portrait-robot du grand lecteur est une femme, urbaine, diplômée, issue d’un milieu relativement aisé. La mauvaise, c’est qu’ils lisent moins : 15 livres par an contre 16 lors de la précédente enquête en 2011. Ces lecteurs déclarent lire tous les jours et 4% d’entre eux seulement pendant les vacances. Détente et évasion sont en effet les mots-clés de leurs motivations.

Quand on leur demande si le support du livre est ce qui leur inspire le plus confiance, celui-ci reçoit un plébiscite : on a plus confiance au livre (40%) qu’à la presse quotidienne (16%), la TV (16%), Internet (6%), la radio (6%), la presse magazine (3%).

Grandes lectrices, les Françaises boudent la bande dessinée
Christine de Mazières, déléguée générale du Syndicat National de l’Edition, Vincent Montagne, son président et Vincent Monadé, président du Centre National du Livre, lors de la présentation de l’enquête

Le temps, premier ennemi de la lecture

Ni le prix, ni l’accès au livre sont le premier problème : 58% des lecteurs aimeraient lire davantage mais manquent de temps. Il est vrai qu’une étude récente d’Olivier Donnat laissait ressortir que les jeunes passaient devant les écrans (TV, jeux vidéo, ordinateurs, smartphones...) près de 31 heures par semaine !

Quand on regarde le "top 5" des lecteurs, les hommes préfèrent :

L’histoire (40%)
Les policiers (37%)
La BD (35%)
Les livres scientifiques (31%)
Les livres pratiques (29%)

Mais chez les femmes, la BD disparaît de ce "Top 5"

Policiers (43%)
Livres pratiques (42%)
Autres romans contemporains (35%)
Histoire (29%)
Livres pour enfants (26%)

Pourquoi les femmes discriminent-elles la bande dessinée ? À cause de la bande dessinée elle-même, nous dit Vincent Montagne, président du Syndicat National de l’Edition, mais aussi du N°1 de la bande dessinée en France, Media-Participations (= Le Lombard, Dargaud, Dupuis, Kana...) : "Traditionnellement, la bande dessinée est un genre dédié aux garçons."

C’est donc un problème d’offre ? "Clairement, nous dit Bertrand Morisset, directeur du Salon du Livre, mais il y a de plus en plus de romans graphiques faits par des femmes pour un public féminin. Les filles composent aussi une part importante des les lecteurs de mangas. C’est pourquoi, au Salon du Livre, nous avons décidé de faire une exposition sur les regards féminins de la bande dessinée."

Il est vrai que des éditeurs comme Bamboo, Steinkis, ou même Glénat multiplient les projets éditoriaux vers ce public qu’il va falloir séduire.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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16 Messages :
  • "Liseuse" ? on ne dirait pas plutôt "lectrice" ?

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    • Répondu par iire le 20 mars 2014 à  20:28 :

      des liseuses.... femmes-objet

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    • Répondu le 21 mars 2014 à  02:09 :

      Tout à fait. Le Robert culturel en 4 volumes dit : liseuse : 1-couteau à papier servant de signet.2-couvre-livre.3-petit vêtement de femme.4- petite lampe destinée à la lecture. Et c’est tout. Nous avons peut-être affaire ici à un belgicisme ?

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      • Répondu par iire le 21 mars 2014 à  08:42 :

        Le belgicisme, c’est du français de Belgique.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 21 mars 2014 à  09:17 :

          Je comprends que ce mot vous perturbe, c’est pourquoi il a été changé, mais il est parfaitement adapté. Dans Le Littré, on peut lire : "LISEUR, LISEUSE. Celui ou celle qui lit beaucoup." Avec en appui cette citation de Madame de Sévigné : "C’est une liseuse, elle sait beaucoup".

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          • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 21 mars 2014 à  09:44 :

            J’ajoute qu’un célèbre tableau de Fragonard porte comme titre La Liseuse.http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Liseuse

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            • Répondu par Sergio Salma le 21 mars 2014 à  10:47 :

              Aujourd’hui une liseuse c’est aussi la petite tablette électronique spécialement conçue pour cet usage. UN lecteur de cassettes ou de DVD mais une liseuse, c’est drôle que l’inconscient collectif ait installé la différence.

              Sinon pour la proportion lectrices-lecteurs il y a bien longtemps que des auteurs très populaires ont des lectrices en masse. Cosey, Juillard avec le cahier bleu, beaucoup de bd-romans depuis 30 ans( justement parce que Loustal Paringaux, Fred Bernard, Warnauts&Raives ou Davodeau abordent d’autres thèmes que des enquêtes viriles ou des bastons régressives. Il semblerait , sans aller jusqu’à la segmentation éditoriale comme au Japon( bien que la semaine de Suzette et des dizaines d’autres revues leur étaient spécialement destinées) que les filles et les femmes aient été en quelque sorte pionnières d’un nouveau genre de lecture ( en BD et en France-Belgique). Un dernier élément ultra -important que l’étude ne relève pas c’est la différence entre celui ou celle qui achète effectivement la bédé et celui ou celle qui la lit ! Car la bande dessinée spécialement pendant les 3 derniers mois de l’année est un objet-cadeau par excellence. Un autre fait marquant : romans ou autres , les enfants dans les bibliothèques scolaires qui sont les plus assidus et consommateurs (de tout) ce sont les filles et de loin. Et jeunes elles lisent de tout mais font la fête aussi à des séries type Lou ou Tamara sans pour autant réagir comme les petits machos culturels que sont beaucoup de gamins qui eux ne lisent pas volontiers si le perso prinicipal est une fille.

              Une constante évolution aussi vient du fait que 1) il y a de plus en plus d’auteures et donc forcément des thèmes nouveaux sont traités et ce d’une façon nouvelle et puis surtout 2) fait déterminant que l’étude n’aborde pas : de très nombreux éditeurs ont dans leurs équipes éditoriales des femmes qui donc vont opérer des choix bien distincts. Bien qu’elles aient été majoritaires dans la presse depuis des décennies, elles n’étaient pas aussi influentes pour les albums. Voilà qui est fait et qui confirme donc une féminisation d’une belle part de la production.

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  • "Traditionnellement, la bande dessinée est un genre dédié aux garçons." Traditionnellement, peut-être, mais ce n’est plus vrai depuis au moins dix ans. M. Montagne, qui dirige le groupe Media, serait bien avisé de mieux évaluer sa propre production ! Comme il y a cinquante ans, la BD actuelle propose certes encore les aventures de pilotes de course, d’aviateurs, de reporters ou de cowboys (de moins en moins dans ces deux derniers cas), mais il y a aussi dans la production actuelle pléthore d’histoires de femmes, ou simplement d’histoires (et de graphismes) susceptibles d’intéresser les publics des deux sexes.

    Le vrai problème, ce n’est pas l’offre, contrairement à ce qu’affirment vos intervenants, ce sont les habitudes culturelles. Les françaises sont orientées dès l’enfance, par leurs parents ou par l’école, vers les romans plutôt que vers les BD. C’est dommage, mais c’est comme ça. L’offre n’a rien à voir là-dedans.

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    • Répondu par Firenze le 23 mars 2014 à  16:37 :

      Euh, y a quand mm quantité de bd qui visent un public masculin. Et des bds visant les femmes qui sont de purs clichés "girly" rebutants... Que l’offre ne soit pas le seul pb, ok, mais la dédouaner de tout, faut pas pousser mémé dans les orties. D’ailleurs la qualité de l’offre est aussi un reflet ou un levier de ce conditionnement dont vous parlez.

      Quand je parcours les stands de bds, y a clairement des tables/étagères/pans entiers de bds qui me disent plus ou moins explicitement que c’est pas pour moi...

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      • Répondu le 24 mars 2014 à  12:26 :

        Moi aussi, je reste indifférent devant des tables/étagères/pans entiers de BD, puisque je ne m’intéresse ni à l’heroic-fantasy, ni au manga, ni à plein d’autres choses... Et pourtant je suis un homme ! C’est juste une question de goût, qui n’a rien à voir avec le sexe !

        Il existe des BD "pour garçons" (quoique rien n’interdit aux filles de se passionner pour le sport auto, l’aviation ou les sports collectifs !) et il existe des BD "pour filles" (avec des typos fleuries en du rose en quantité)... Et il existe surtout des milliers d’oeuvres dont les thématiques comme le style ne sont pas destinés à un sexe plus qu’à un autre. Bourgeon, Tardi, Dodier, Guarnido, Dufaux, Taniguchi... peuvent intéresser des lectrices, non ?

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  • Aggie, Lili, Natacha, Yoko Tsuno... Ca fait longtemps que les lectrices ont des héroïnes où elles peuvent se projeter.

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  • SI les femmes lectrices au portrait robot : urbaines, aisées, éduquées boudent la bd, ce n’est pas seulement une question hommes / femmes.C’est aussi une question de classe sociale.La bd est au départ un art populaire même si elle s’est sophistiquée, populaire et donc dédaignée consciemment ou inconsciemment.
    En France. Pas en Belgique.

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  • C’est surtout un problème d’habitude culturelle. Si les éditeurs commencent à penser que pour attirer les femmes vers la BD il faut faire plus de "girlie", qu’ils réfléchissent un peu au genre qui connait en roman le plus de succès chez les femmes : le polar. Pas vraiment rose-bonbon.

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  • Grandes lectrices, les Françaises boudent la bande dessinée
    21 mars 2014 19:12, par la plume occulte

    - "Le portrait-robot du grand lecteur est une femme, urbaine, diplômée, issue d’un milieu relativement aisé. "

    - "Ni le prix, ni l’accès au livre sont le premier problème ."

    On ne saurait mieux dire !

    Si :

    VIVE LA BD LIBRE !

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  • Grandes lectrices, les Françaises boudent la bande dessinée
    22 mars 2014 00:26, par Francois Capuron

    Sur ce point précis de la place de la bande dessinée dans les pratiques des lecteurs, cette étude Ipsos me semble particulièrement floue ou discutable…

    Si on observe les données en page 20 de ladite étude, la bd représente 27% des habitudes de lecture (4e place) pour l’ensemble des lecteurs et 34% (2e place) pour les 15/24 ans. Mais, tout en bas de la liste des catégories apparaît comme par magie une catégorie « comics et mangas » avec respectivement 9% de préférence pour l’ensemble des lecteurs et 24% pour les 15/24 ans. Si on fait le total, puisque pour n’importe quel acteur averti du monde de l’édition, le comics et le manga sont bien deux genres appartenant à la bande dessinée, la BD représente 36% pour l’ensemble des lecteurs et 58% pour les 15/24. Ce qui place la BD respectivement en 2e place à égalité avec les livres pratiques et en 1ère place, et de très loin, pour les plus jeunes.

    En toute logique de paneliste, cette segmentation a dû être conservée pour l’étude homme/femme (normalement, on ne change pas les règles en cours de jeu !). On peut tout à fait alors imaginer que la BD ferait son apparition dans le top 5 des préférences de lecture pour les femmes si la bande dessinée était bien appréhendée dans sa globalité – n’oublions pas notamment le très grand nombre de lectrices de mangas. Ce qui rendrait alors l’analyse de Didier un peu hâtive, même si nous savons bien entendu que la bd recrute davantage chez les hommes que les femmes.

    Impossible de déduire les résultats via la version publiée – les top 5 H/F ne donnent les chiffres que de ces 5 catégories (plutôt logique) alors que l’étude globale présente les chiffres pour 18 catégories distinctes. Il nous manque tout simplement les chiffres "bd" et "comics, manga" pour les femmes...

    Peut-être Didier disposes-tu d’une version plus complète qui étaye ta conclusion ?

    La question a t-elle était posée lors de la présentation à la presse ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 23 mars 2014 à  13:24 :

      Si on observe les données en page 20 de ladite étude, la bd représente 27% des habitudes de lecture (4e place) pour l’ensemble des lecteurs et 34% (2e place) pour les 15/24 ans. Mais, tout en bas de la liste des catégories apparaît comme par magie une catégorie « comics et mangas » avec respectivement 9% de préférence pour l’ensemble des lecteurs et 24% pour les 15/24 ans. Si on fait le total, puisque pour n’importe quel acteur averti du monde de l’édition, le comics et le manga sont bien deux genres appartenant à la bande dessinée, la BD représente 36% pour l’ensemble des lecteurs et 58% pour les 15/24. Ce qui place la BD respectivement en 2e place à égalité avec les livres pratiques et en 1ère place, et de très loin, pour les plus jeunes.

      Effectivement, mais le problème le plus saillant est que l’enquête est faite seulement sur les plus de 15 ans. On sait que si l’on ajoute les 8-15 ans, la bande dessinée, comme les mangas et la répartition hommes-femmes, devraient produire des résultats sensiblement différents.

      La question a été posée en conférence de presse, une promesse nous ayant été faite que la prochaine enquête inclurait ces résultats.

      On peut tout à fait alors imaginer que la BD ferait son apparition dans le top 5 des préférences de lecture pour les femmes si la bande dessinée était bien appréhendée dans sa globalité – n’oublions pas notamment le très grand nombre de lectrices de mangas. Ce qui rendrait alors l’analyse de Didier un peu hâtive, même si nous savons bien entendu que la bd recrute davantage chez les hommes que les femmes.

      Je ne pense pas que cela changerait grand chose, les lectrices de Shojo se recrutant pour la plupart auprès des moins de quinze ans.

      Peut-être Didier disposes-tu d’une version plus complète qui étaye ta conclusion ?

      Nous avons eu le même document en main, aucune information supplémentaire.

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PAR Didier Pasamonik (L’Agence BD)  
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