Henriquet, l’homme-reine : l’un des summums de la bande dessinée historique en 2017

25 décembre 2017 0 commentaire
  • La suite de "Charly 9", "Henriquet, l’homme-reine" de Richard Guérineau, vient d’être primée meilleure bande dessinée historique de l’année par Cases d’Histoire : ce prix est-il mérité ?

Richard Guérineau est un touche-à-tout : du western au polar en passant par le thriller fantastique, il a abordé un nombre impressionnant de genres différents ces dernières années, avant d’adapter en 2013 Charly 9, d’après Jean Teulé. Cet album avait reçu un excellent accueil, aussi bien du public que des critiques, et c’est assez naturellement que son auteur réalise sa propre suite, en s’intéressant au successeur de Charles IX, son frère Henri III.
Henriquet, l'homme-reine : l'un des summums de la bande dessinée historique en 2017
En 1574, à la mort de Charles IX, désormais associé au bain de sang que fut la Saint-Barthélemy, Catherine de Médicis fait revenir son fils cadet, élu roi de Pologne, pour devenir roi de France. Le rouge dominait dans Charly 9, album dans lequel était mis en scène un roi faible et dépassé, rendu fou par le massacre parisien qu’il avait cautionné. Avec Henriquet, les tons sont multiples, à l’image de ce roi haut-en-couleurs, resté dans les mémoires pour ses mœurs et sa cour de « mignons » et d’« archimignons ».

Le parti-pris de Guérineau, que l’on retrouve jusque dans le sous-titre (L’homme-reine) est de jouer sur cette image efféminée et sur la question de l’homosexualité supposée de ce roi, même si les recherches récentes des historiens ont souligné qu’elle reposait uniquement sur des sources postérieures ou sur des écrits des opposants du roi. Il s’amuse du mélange des genres, filant la métaphore du bilboquet, introduit à la cour royale par Henri III, et faisant de son « Henriette » une espèce de Freddie Mercury de l’époque moderne jusqu’à ce dialogue avec son bouffon :

« - J’aurais pu être un bon roi si je n’étais pas né dans un mauvais siècle
-  Tu n’es pas un roi, Henriquet, mais une reine ! »

Avec cet album, il met en scène une véritable pièce de théâtre en trois actes : tragicomédie virant au vaudeville et se déroulant dans le huis-clos du palais du Louvre. On voit le roi tenter de rester maître de sa cour, où il définit une véritable « étiquette », à défaut de l’être de son royaume, où différentes factions s’affrontent sans qu’il n’arrive à les maîtriser.

Libéré de l’ombre tutélaire de Jean Teulé, l’auteur développe un véritable sens du verbe et du dialogue. S’il grossit certaines ficelles pour rythmer son récit, il a su doser le « macabre et le grotesque » et ne dissimule pour autant pas la complexité politique de la situation, avec un roi confronté à la rébellion de son propre frère, le duc d’Alençon, à la montée de l’exigence de l’indépendance du culte par les protestants et à la révolte des « malcontents », le tout sous l’œil omniprésent de sa mère, Catherine de Médicis.

Guérineau joue avec les codes de la bande dessinée historique : il évacue ainsi tout l’aspect évènementiel en deux planches en début d’album composées à la façon de l’Histoire de France Larousse en bande dessinée, ce qui permet de noter de manière saisissante la différence avec le traitement qu’il fait lui-même du matériau historique, ne cherchant pas un vain réalisme, mais essayant au contraire d’approfondir les caractères de ses personnages « baroques » et de jouer sur la dramaturgie et l’outrance de ces épisodes. On trouve également à certains moments une réflexion bienvenue sur la manière de raconter l’histoire. Il insère de fausses couvertures de journaux, du type « presse pour enfants », « actualités », « fanzines » ou « presse people », qui scandent très efficacement le récit, jouant avec talent sur différents styles graphiques, et multipliant les allusions au 9e art (de La Ligue des gentlemen extraordinaires à Johan et Pirlouit).

Plus globalement, Guérineau fait montre de son brio graphique, en développant un style beaucoup moins anguleux que ne l’était son travail sur Le Chant des Stryges. Sa narration est très rythmée et nerveuse, ses découpages sont audacieux, le jeu sur les couleurs est finement mené : c’est une véritable réussite graphique. Cet album vient de recevoir le prix Cases d’Histoire 2017 de la meilleure bande dessinée historique de l’année, et nous ne pouvons qu’approuver ce choix, tant cet album élégant, complet et intelligent mérite une telle récompense et ouvre des perspectives sur les possibilités de rédiger une bande dessinée historique à l’avenir !

(par Tristan MARTINE)

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