Hubert Mounier est allé voir si les sirènes existent

3 mai 2016 9 commentaires
  • Alors comme cela, Hubert Mounier est parti. Frappé au cœur. Il était comme sa musique : élégant, tendre, généreux, pratiquant la ligne claire dans ses dessins comme dans ses mélodies, comme lui, inoubliables.
Hubert Mounier est allé voir si les sirènes existent
J’ai réussi (Magic-Strip, 1985)

Dans Mobilis in Mobile, il écrit : "Quand les vérités sont fatales - Qu’elles n’ont plus de bonne étoile - On les voit lever le voile -Tout leur est égal - Quand les vérités aux mains sales -Se construisent des cathédrales -Il vaut mieux fuir à la nage - Partir en voyage..."

C’est ce qu’a fait Hubert Mounier, alias Cleet Boris, son pseudo de dessinateur qui était aussi le nom du premier groupe qu’il constitua avec son jeune frère Vincent, alias Karl Niagara.

"Le Temple de la Paix, une aventure de L’Affaire Louis’ Trio" dans la collection Atomium de Magic-Strip (1986)

C’était un amoureux de la bande dessinée, et d’Yves Chaland en particulier, avec qui il partageait les mêmes références. Il publia deux albums aux éditions Magic-Strip : J’ai réussi ! (1985) et un titre dans la collection Atomium, l’un des plus réussis de la série : Le Temple de la paix (1986).

L’époque était -grâce à Rock & Folk et à Métal Hurlant- au cousinage entre la musique et la bande dessinée. Kent l’avait précédé, publiant dans Métal des pages étonnantes. Inversement, plusieurs auteurs de BD, parmi eux : les Dennis Twist, se partageaient entre la scène et la planche à dessin. Ces pionniers de l’interdisciplinarité créative annonçaient bien des développements à venir dans la bande dessinée : le décloisonnement des supports créatifs et ces "concerts de dessin" dont se gargariseront certains bien des années plus tard.

Mais avec la création de L’Affaire Louis’ Trio et son succès rapide, les deux autres membres du groupe, son frère Vincent et François Lebleu (alias Bronco Junior), le mettent devant ses responsabilités : impossible pour lui de mener les deux carrières de front.

Hubert Mounier et Kent, chanteurs et dessinateurs.
Zep, Isabelle Chaland et Hubert Mounier lors des Rencontres Chaland en 2011.

Leur conseil était avisé : en 1987, le groupe emporte la Victoire de la musique de la "révélation variétés masculine" avec son premier album, Chic Planète, dont la couverture était précisément illustrée par Yves Chaland qui, entretemps, était devenu son ami. Il en résulte quelques-unes des mélodies les plus envoûtantes des années 1980 : Chic Planète, Tout mais pas ça !, Bois ton café, Succès de larmes, puis plus tard Mobilis in Mobile...

"La Maison de pain d’épice : journal d’un disque" (Dupuis, 2011)

Au moment où il aborde la carrière en solo au tournant des années 2000, il reprend la bande dessinée. Ce sera Superhéros, en collaboration avec David Scrima en 1998, un album autobiographique où il raconte sa rupture avec L’Affaire Louis’ Trio, puis Créatures chez Soleil en 2003 où il reprend un projet qu’il avait un temps envisagé pour Magic-Strip, et enfin le récit en BD de sa dernière aventure musicale : La Maison de pain d’épice : journal d’un disque (Ed. Dupuis) en 2011. D’autres projets étaient en cours, notamment un album en hommage à Tarzan pour la collection Aire Libre.

"J’irai voir tôt au tard - Si les sirènes insistent - Sous les flots qui m’entraînent - Je suivrai leur piste - Car nul ne résiste - Au charme doux - De leur chant d’amour..." écrit-il encore. Les sirènes ont insisté...

"La Maison de pain d’épice : journal d’un disque" (Dupuis, 2011)
Backstage. Hubert Mounier tient son portrait... dessiné par Kent.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photos : D.Pasamonik (L’Agence BD)

Lire la chronique de « La Maison de pain d’épice – Journal d’un disque » sur ActuaBD.com

Lire une interview d’Hubert Mounier alias Cleet Boris sur ActuaBD.com

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9 Messages :
  • "C’est ce qu’a fait Hubert Mounier, alias Cleet Boris, son pseudo de dessinateur qui était aussi le nom du premier groupe qu’il constitua avec son jeune frère Vincent, alias Karl Niagara."

    Pas claire cette phrase. Son groupe ne s’appelait pas Cleet Boris mais L’Affaire Louis Trio. À moins que Cleet Boris ait été le nom d’un premier groupe juste avant ?

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    • Répondu par Jean-Marc L. le 3 mai 2016 à  09:34 :

      C’est écrit plus loin : l’Affaire Louis Trio commence avec l’arrivée de Vincent Lebleu.

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      • Répondu le 3 mai 2016 à  09:56 :

        Au temps pour moi, je n’avais pas vu le mot "premier". Merci !

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      • Répondu par Didi le 13 janvier à  11:58 :

        Ce ne serait pas François Lebleu plutôt que Vincent qui lui est bien le frère d’Hubert ??

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  • Hubert Mounier est allé voir si les sirènes existent
    3 mai 2016 23:17, par La plume occulte

    J’ai toujours vu Hubert Mounier comme une curiosité, mais son travail graphique était très solide,modulable ,mais avec une grande cohérence d’ensemble, de belles couleurs, et il racontait sacrément bien .Indéniablement il avait un truc. Son talent de musicien l’aura probablement fait passer à côté d’une carrière de conteur graphique fructueuse et bien remplie .Dommage.
    Ses recréations de couvertures de petits formats étaient des petites merveilles,de son travail suintait l’amour qu’il portait au média BD ; de toute évidence il en avait sous la pédale et son décès prématuré nous prive ,à n’en pas douter, du meilleur de ce qu’il avait à offrir.Encore dommage.

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  • Hubert Mounier est allé voir si les sirènes existent
    3 mai 2016 23:34, par Benjamin Herzberg

    Vraiment triste d’apprendre la disparition d’Hubert Mounier. Je l’avais rencontré deux petites fois à Angoulême, où il faisait la promo de son travail de dessinateur en tant que Cleet Boris. Courtes rencontres, où il m’avait paru aussi sympathique et authentique que dans ses chansons, qui tenaient une belle place dans ma discothèque. J’étais un fan de l’Affaire, mais aussi de son dessin trop rare, vif et nostalgique à la fois. Belle photo de Kent et d’Hubert Mounier dans l’article, placée là avec justesse par Didier Pasamonik, car il y a beaucoup de parallèles entre ces deux grands de la chanson française et de la BD aux accents rock, cha cha, aventure et Métal. Pour répondre au commentaire précèdent j’indique que Cleet Boris, avant de devenir le pseudo de Mounier, était le nom du groupe duquel il faisait partie, et qui date de juste avant l’Affaire Louis’ Trio.

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  • Quand même, la collection Atomium chez Magic-Strip, c’était la classe !

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