Kent, chanteur et romancier, météore discret de la bande dessinée

  • Il a été un des météores passés dans Métal Hurlant avant de faire une brillante carrière dans la chanson. Ces dernières années, tout en chantant, il fait également œuvre d’écrivain (huit romans et deux livres pour enfants à son actif) et publie quelquefois des bandes dessinées, discrètement. Un joli documentaire vient de lui être consacré par Benjamin Herzberg, que l’on peut voir intégralement sur YouTube.
Kent, chanteur et romancier, météore discret de la bande dessinée
Le premier 33 Tours de Kent, en plein dans la vague Punk.

Il est comme un de ces astres pris dans un mouvement képlerien qui subit des attractions multiples dans sa révolution. Dans la musique, son orbite est plus courte et l’astre apparaît plus souvent, d’autant que le chanteur est pratiquement toujours sur la route, sauf en temps de Covid.

Dans le roman, ces dernières années, c’est aussi plus régulier, mais avec des éclats différents. Mais dans la bande dessinée, l’orbite est plus longue et on s’étonne à chaque fois de le voir réapparaître, au point que dans la fiche consacrée à Kent sur Wikipedia, ces grands intellectuels anonymes au savoir approximatif, ses bandes dessinées n’apparaissent pas dans sa bibliographie.

Or, la dernière fois, ce n’était pas il y a si longtemps : c’était en 2019, dans une biographie d’Elvis Presley avec Patrick Mahé, Elvis – entre ombre et lumière (Delcourt/Seuil) que notre chroniqueur maison, fin connaisseur de Rock et de BD, David Taugis, qualifiait de magistral ! Cela a dû échapper aux pompeurs shadokiens de l’encyclopédie américaine en ligne.

"Sales Amours", son premier album pour les Humanoïdes Associés.


Le dernier roman paru de Kent

Benjamin Herzberg, un Français qui habite Washington, a depuis longtemps Kent dans son radar. Aucune de ses révolutions ne lui a échappé. « Voilà quelqu’un qui donne beaucoup de lui-même, dans la musique et dans la BD  » nous dit-t-il avec admiration. Au point qu’il a décidé de concevoir et de produire un documentaire pour lui rendre justice. Le titre fait allusion à sa BD sur Elvis : « Kent, auteur de BD, entre ombre et lumière ». Un clin d’œil appuyé.

Un documentaire touchant, où l’artiste se livre. Quand il publie ses premières pages dans Métal, la réception est plutôt bonne, certaines de ses histoires se trouvant traduites dans plusieurs langues. « Il s’en est fallu de peu pour que ce soit le moteur principal, la bande dessinée. nous confie-t-il On n’aurait pas eu la chance qu’on a eue au début avec Starshooter, parce qu’on a vraiment eu beaucoup de bol pour se faire connaitre, peut-être qu’aujourd’hui je serais un dessinateur de bande dessinée qui fait de la musique pour se distraire… »

Compagnon de route d’Hubert Mounier (Affaire Louis’ Trio), figure de la scène musicale lyonnaise et bédéiste comme lui. Kent participe à une action pour qu’une place "Hubert Mounier" soit attribuée à Lyon.
Photo : Gaëlle Mounier. Droits réservés.

"African Flight Night", son dernier album pour les Humanos.

Mais bientôt l’astre Métal Hurlant se met à pâlir et son autre éditeur, Futuropolis, se retrouve vendu à Gallimard tandis que son fondateur, Étienne Robial, s’en allait faire de la maquette chez Canal +. Pire : son scénariste et complice en bande dessinée, Philippe Bernalin, vient à mourir. « Tout cela en l’espace d’une année... », constate Kent. Dès lors, l’attraction de la musique fut plus forte.

L’un de ses trois albums produits pour la collection X de Futuropolis, "Bob Robert", aviateur de l’Aéropostale.

Pas évident de revenir dans ces circonstances : « Il n’y a rien qui m’inspirait pour faire une nouvelle BD, avec en plus, ce complexe de la légitimité : quand je rentre dans un magasin de BD et que je vois la multitude d’albums, je me dis : - qu’est-ce que je viens foutre là-dedans. J’ai l’impression que je participe à un embouteillage… » Fausse impression. Chaque auteur est singulier, chaque lecteur est singulier, pourquoi empêcher une rencontre ?

Son concept-album musique/BD, "L’homme de Mars"

D’autant que cette production n’est qu’une des facettes de la personnalité de l’artiste : « Le point commun entre la musique, la bande dessinée et le roman, dit-il, c’est l’inspiration. À un moment donné, une idée germe. Je ne me dis pas, chaque fois que j’ai une idée, que je vais soit faire un livre, soit une BD, soit une chanson… » C’est le centre de gravité et la puissance d’attraction des astres contraires qui en déterminera la destination. Tout cela est très bien raconté dans le documentaire de Benjamin Herzberg. « Magneto, Serge ! »

Propos recueillis par Didier Pasamonik, avec la complicité de Benjamin Herzberg.

Kent, météore de la BD.
Photo de Yannick Perrin. Droits réservés.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

La biblio-BD de Kent :

1982 : SALES AMOURS, Kent Hutchinson, Les Humanoïdes Associés
1984 : AFRICAN NIGHT FLIGHT, Philippe Bernalin et Kent Hutchinson, Les Humanoïdes Associés
1984 : MA VIE EST FORMIDABLE, Les Humanoïdes Associés
1985 : CIEL DE SABLE, Bergouze et Kent Hutchinson, Futuropolis
1985 : L’ENFER BLANC, Bergouze et Kent Hutchinson, Futuropolis
1986 : LE DICTATEUR FRANÇAIS, Bergouze et Kent Hutchinson, Futuropolis
2005 : À L’EAU, LA TERRE, Kent, Alofa Tuvalu et Agence pour le développement et la maîtrise des énergies (ADEME)
2006 : L’INVASION DES MÉGAPOUBS, Kent, Agence pour le développement et la maîtrise des énergies (ADEME)
2008 : L’HOMME DE MARS, Kent, Actes Sud BD
2019 : ELVIS (OMBRE ET LUMIERE), Patrick Mahé et Kent, Seuil – Delcourt

"Kent, auteur de BD, entre ombre et lumière" © GASP ! Editions, tous droits réservés.
Un film documentaire diffusé en ligne, produit et réalisé par Benjamin Herzberg . Prises de vues, son et montage : Agence No-Mad - Farid Kounda et Jérôme Weibel - no-mad.fr. Entretien mené par et grâce à l’aimable participation du journaliste Laurent Jaoui.

Retrouvez Kent sur son site KENT ARTISTE

 
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8 Messages :
  • Kent, chanteur et romancier, météore discret de la bande dessinée
    30 septembre 2020 12:25, par Laurent Colonnier

    Très chouette documentaire !

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  • Un excellent documentaire qui m’a replongé dans le noir et blanc des années d’or de la BD.

    C’est rare de voir un film sur la BD qui accroche tant (merci M. Benjamin Herzberg).
    Kent est vraiment attachant. Je le connaissais pour sa musique, mais moins ses BD.

    A quand sa prochaine BD ?

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  • Le lien vers son site ne fonctionne pas (manque :)
    http://kent-artiste.com/

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 30 septembre 2020 à  17:10 :

      C’est corrigé. Merci.

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  • Quel est ce point de vue bancal sur Wikipedia ?
    Libre a vous d’enrichir le contenu de l’article sur Kent, afin de faire profiter le plus grand nombre de vos lumières, plutôt que de pester inutilement et hors de propos dans cet article par ailleurs intéressant pour qui apprécie Kent.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 2 octobre 2020 à  22:10 :

      Ah mais ce n’est pas hors de propos. Au cas où cela vous aurait échappé, nous sommes sur un site spécialisé de bande dessinée. Et vous êtes en train de lire un article sur l’œuvre -importante- de bande dessinée de cet auteur, absolument oubliée par Wikipedia.

      Alors libre à vous d’aller compléter la fiche Wikipedia dont les contributeurs, par mépris ou par ignorance, ont écarté sa production de bande dessinée. Toutes les infos sont ci-dessus. Allez-y, pompez, shadok !

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      • Répondu par Pascal Guichard le 5 octobre 2020 à  08:54 :

        Ah mais il ne se laisse pas faire Didier Pasamonik, oui sur ce site on parle BD ou plutôt Bandes Dessinées comme disait Robial ! Vive Kent et allons sur son site où il y a tout sur sa musique et son inspiration en général !

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  • Merci de nous faire redécouvrir Kent, lyonnais d’origine qui a une carrière artistique étonnante. Un petit tour sur son site m’a fait découvrir un joli reportage sur son œuvre BD. C’est un bon artisan, une personne rare. Ses anciens albums sont difficiles à trouver mais on va s’atteler à cette tâche. Starshooter n’a pas été ma tasse de thé à l’époque mais c’était sans doute nécessaire à son développement artistique et à l’homme qu’il est devenu. Et son dessin s’est bonifié avec les années. "L’homme de Mars", bluffant !

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