L’Atelier BD lance les Cahiers de l’Image Narrative

13 février 2005 0 commentaire
  • {{Joseph Béhé}} et son équipe ont ouvert, en 2001, une école de bande dessinée sur Internet : un lieu vivant, accessible sur abonnement, où les solutions aux problèmes posés sont discutés entre professeurs (le plus souvent des auteurs professionnels) et élèves. L'{[Atelier BD->http://www.atelierbd.com"
    target="_blank]
    } a lancé en janvier dernier les deux premiers fascicules des {Cahiers de l'Image Narrative}. Ceux-ci sont consacrés au « Rough » et au « Carnet de Voyage ».

La genèse du projet

Ces ouvrages veulent offrir un regard pratique et théorique sur la BD et l’image narrative en général. Joseph Béhé nous raconte, à propos de la naissance de ce projet : « En 2004, la crédibilité venant, nous nous sommes tournés vers les professionnels des ouvrages pédagogiques, en l’occurrence le CRDP (Centre de Ressources et de Documentation Pédagogique pour l’éducation nationale), avec qui nous avons ébauché un outil cohérent d’apprentissage. Au fil de la réalisation de ces cahiers, nous nous sommes aperçus que ce type de livre n’existait pas ! ».

Chaque fascicule approfondira un thème spécifique, et couvrira également des pratiques ou outils qui appartiennent originellement à d’autres Arts, comme par exemple la couleur (Arts Plastiques) ou la mise en scène (Arts du Spectacle). Ceux-ci sont largement utilisés dans la bande dessinée.

Chaque livre se compose de cinq parties :
L'Atelier BD lance les Cahiers de l'Image Narrative  Définition : comme son nom le laisse présager, ce chapitre définit le sujet dont parle le fascicule.
-  Typologie : une partie théorique et classique qui fait le tour concret des formes que prend le sujet que l’on aborde...
-  Méthodologie : on y décortique les quelques étapes couramment utilisées dans l’approche du sujet.
-  Exemples Transférables : cette partie montre la manière dont certains auteurs ont résolu les problèmes posés par le sujet.
-  Exercices pratiques : pour pratiquer soi-même.

Enfin, chaque fascicule comporte également une bibliographie, afin d’approfondir le sujet abordé.

Joseph Béhé

Des auteurs relais se chargent de traiter l’un des thèmes sélectionnés, selon ses propres compétences, ses envies et sa disponibilité. Joseph Béhé assure le suivi du projet, l’intégration dans la collection, et bien sûr une relecture approfondie -et argumentée- du travail de l’auteur relais. « Les Auteurs de BD bien installés ne sont en général par les meilleurs candidats pour ce type d’ouvrage, admet Joseph Béhé. Ils sont souvent débordés par leur propre travail. En revanche, des illustrateurs sortis des écoles d’Arts, ayant encore dans un coin de leur tête les préoccupations pédagogiques d’aujourd’hui, sont plus disponibles et plus ouverts d’esprit... Ils sont souvent plus aptes à aborder un tel travail !  ».

Les Cahiers de l’Image Narrative - Fascicule 1 : « Le Rough »

Un jeune illustrateur, diplômé de l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg, a réalisé un véritable travail de réflexion quant aux roughs. Jazzi explique dans la postface que : « Le Rough n’est ni un croquis, ni un crayonné, mais le dessin d’une idée en devenir, la transcription et la concrétisation d’une image mouvante de notre cerveau pour qu’elle prenne du sens en quelques traits. [...] Le Rough permet de préciser, de tester et d’échanger des idées graphiques ».

Jazzi avoue avoir une certaine affection pour cette étape du travail de dessinateur. Il a notamment été « roughman » pour la réalisation d’un CD-ROM « ludo-éducatif ». « Dans la création, confie-t-il, tout débute par le rough, c’est véritablement ce qui permet de faire le lien entre l’image mentale (celle que l’on a dans sa tête) et l’image physique (qui va être couchée sur le papier) ».

Les Cahiers de l’Image Narrative - Fascicule 2 : « Le Carnet de Voyage »

Gally Mathias, l’auteur du deuxième fascicule, a également étudié aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Il est logiquement devenu illustrateur (dans l’édition, mais aussi pour les supports numériques). Nourrir une réflexion et écrire un ouvrage théorique et pratique sur les carnets de voyage peut paraître un choix marginal par rapport aux différents types d’images narratives auxquels l’on pense de prime abord. « Je réalise depuis toujours toutes sortes de carnets : carnets de travail, personnels, et bien sûr de voyage, explique Gally Mathias. J’ai donc des affinités particulières vis-à-vis des carnets et, lorsque l’on me l’a proposé, j’ai sélectionné ce thème naturellement. Réaliser un carnet de voyage a toujours été, pour moi, synonyme de plaisir ! »

L’illustrateur souligne également que le carnet de voyages est un support différent, où chacun peut traiter à sa façon et à sa forme son sujet. La bande dessinée peut donc y trouver sa place, sous forme de petit strips, d’illustrations accompagnées de textes. Par exemple, Craig Thompson, avec Un Américain en Balade, a parfaitement intégré cette démarche.

« On peut également y trouver des moyens d’expressions plastiques assez expérimentaux, explique Gally Mathias, commes des prises d’empreinte, de collages de feuilles, etc. Bref chacun y trouve sa propre façon de s’exprimer de façon plus libre, sans doute, qu’un album de bande dessinée puisque c’est un album réalisé -dans un premier temps- pour soi ! ». Le Carnet de Voyage peut également être organisé pour le partager avec un certain public (famille & amis intimes), voire pour le réaliser dans l’optique d’une publication ultérieure... « Tout dépend de l’optique choisie, dit l’illustrateur. Mais si on choisi de traiter son carnet de voyage d’une manière linéaire, où les pages qui se succèdent évoquent le déroulement du voyage, il s’ensuit une lecture très séquentielle. Et donc, il faut tenir compte de certains problèmes narratifs pour faciliter la compréhension et la lisibilité. Le carnet de voyage et la bande dessinée sont très différents, mais liés par le fil ténu de la volonté de lisibilité entretenue par l’auteur ».

L’Atelier BD, le Bilan ?

En quatre ans, l’Atelier BD a accueilli plus de 180 élèves. « Certains sont restés trois mois, souligne Joseph Béhé. Ils ont quitté l’Atelier après avoir compris la complexité de cet art. Ils se débarrassent ainsi de cette envie de faire de la bande dessinée, alors qu’ils n’ont pas le talent nécessaire pour percer dans le métier. Après six mois, ceux qui restent sont motivés par les éléments constructifs. Ils se perfectionnent à leur rythme, et ont en face d’eux un groupe d’élèves vivants et des auteurs relais. Ces élèves font de la BD, et sont heureux ! Enfin, nous avons une petite bande d’ultra passionnés qui travaillent pour publier ». Vu Thieng, par exemple, vient de signer chez Vents d’Ouest. Jérôme Anfré a quant à lui décroché un contrat chez La Boîte à Bulle. L’Atelier BD offre la possibilité aux auteurs en herbe de découvrir les arcanes d’un Art riche et complexe.

Extrait de "Tupac"
Vu Thieng, un étudiant de l’Atelier BD a signé un contrat chez Vents d’Ouest

Beaucoup d’illustrateurs ou de professionnels de la bande dessinée enseignent ainsi les techniques de l’image narrative. Parmi eux soulignons la présence de : Sylvain Moizie (Boite à Bulle, Institut Pacôme), Daniel Blancou (Tcho), Pierre Braillon (Soleil), Erwann Surcouf (Vents d’Ouest 2005), Frédéric Pontarolo (Glénat), Sylvain Frecon (Bamboo), Hyppolyte (Glénat), Amandine (Vents d’Ouest 2005), Laurent Siefer (Glénat) et Erik Arnoux ou Eric Omond (qu’on ne présente plus)...

Joseph Béhé souligne : « Dans les différentes catégories de sujets que nous proposons, il y a des sujets de "dessin" de "représentation graphique", de croquis, qui sont parfaitement en adéquation avec les préoccupations des illustrateurs... »

L’Atelier BD Junior

L’Atelier BD a un petit frère depuis quelques semaines. L’Atelier BD Junior a comme volonté d’accueillir dans ses classes virtuelles les enfants de 9 à 15 ans ! Les plus jeunes pourront s’épanouir en apprivoisant les techniques propres au manga et à la bande dessinée.

L’Atelier BD, une expérience enrichissante

Depuis la création de l’Atelier BD, les nouveaux albums réalisés par Joseph Béhé se font plus rares dans les librairies. L’expérience « Atelier BD » constitue-t-elle un frein pour sa propre œuvre ? « En apparence et financièrement, rétorque l’auteur. Je n’ai publié que deux albums en quatre ans. Moins présent pour mes lecteurs, moins rentable également pour mes éditeurs. Je n’ai financièrement pas choisi la voie du réalisme. Quand on a un titre qui marche, il faut ‘enfoncer le clou’ comme disent les commerciaux. En réalité, l’Atelier BD m’a permis de sortir le nez du guidon ». Joseph Béhé avoue avoir ainsi ouvert les yeux sur le milieu de la bande dessinée dans lequel il a baigné durant plus de douze ans. Il préfère cet équilibre difficile entre son métier de professeur à l’Atelier BD et celui d’auteur de bandes dessinées. Mais l’auteur n’en oublie pas pour autant ses projets personnels : « J’ai encore un album du triptyque Chimères à réaliser. Je ne serais pas le seul dessinateur sur le Légataire (histoire dérivée du 1er tome du Décalogue, scénario Frank Giroud). Je prépare également des projets avec des jeunes auteurs (Amandine & Erwann Surcouf) pour la collection Intégra des éditions Vents d’Ouest. Je réfléchis également à des histoire, en solo, qui s’incluraient dans des formats plus innovants que le sempiternel 46 planches... Bref, je me sens bien plus ‘Auteur de BD’ aujourd’hui, fort de ces expériences ».

(par Nicolas Anspach)

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