L’expo Vraoum ! dévoile les connexions entre BD et art contemporain

30 mai 2009 1 commentaire
  • Avec "Vraoum!", la maison rouge propose à Paris une exposition BD événement qui oscille entre obscurité et lumière, laissant le visiteur parfois confus, mais souvent émerveillé.

Commençons donc par le titre, pour le moins déconcertant. Vraoum ! (à ne pas confondre avec la collection Vraoum ! des éditions Warum). Pierre Sterckx et David Rosenberg, les commissaires de l’exposition, le définissent ainsi dans le dossier de presse : "Vraoum ! est une onomatopée qui fait image. C’est une trajectoire avec une bagnole à un bout et un concept à l’autre. Un bruit qui fait sens." Nous voila bien avancés. Heureusement que le sous-titre "Trésors de la bande dessinée et art contemporain" précise mieux le propos. Mais cette entrée en matière pouvait faire craindre bien des choses. Infantilisation de la bande dessinée, mise à l’écart de l’art contemporain, mépris poli du milieu artistique et autres poncifs du genre.

La visite de l’exposition a tôt fait de rassurer l’amateur de BD. Le propos de "Vraoum !", découvrons-le maintenant, est de montrer comment la bande dessinée est source d’inspiration pour les plasticiens contemporains. Le monde à l’envers, diraient certains. Certes, chacun a en tête les œuvres pionnières de Roy Lichtenstein et Andy Warhol, icônes surexposées durant une quarantaine d’années. Mais depuis, l’eau a coulé sous les ponts, et aujourd’hui une véritable culture BD est ancrée dans l’imaginaire d’un grand nombre d’artistes contemporains. Le grand mérite de "Vraoum !" est de dévoiler au grand public cette connexion en proposant un panorama de 80 (!) œuvres d’art contemporain (collages, montages, peintures, sculptures) directement inspirées par le 9ème art. Une première, tout simplement.

L'expo Vraoum ! dévoile les connexions entre BD et art contemporain
Une vue du grand hall

Le résultat est enthousiasmant. Les plus rétifs à l’art contemporain seront conquis par ces œuvres, aisément compréhensibles pour qui possède deux ou trois connaissances sur le sujet (la plupart abordent en effet des thèmes passés dans l’imaginaire collectif comme les super héros, le monde de Walt Disney et le medium BD en lui-même). L’humour, le détournement voire l’irrévérence sont omniprésents, donnant à la visite un caractère joyeux sinon jubilatoire. Comment ne pas sourire en effet à la vue de L’hospice de Gilles Barbier, du squelette de Dingo exhumé par Hyungkoo Lee ou de l’exemplaire géant de Fluide Glacial chiffonné par Wang Du ?

Gilles Barbier, L’hospice, 2002
Hyungkoo Lee, Ridicularis, 2008
Wang Du, Vous avez du feu, 2002

Avec le manga, le détournement prend le chemin de la parodie. Comme pour "l’ultra bankable" Takashi Murakami ou Mariko Mori.

Takashi Murakami, Kiki, 2000
Mariko Mori, Plays with me, 1994

Pour autant, les œuvres exposées ne se limitent pas aux années 2000. Pablo Picasso, Jean-Michel Basquiat, Hervé di Rosa ou Erró, pour ne citer qu’eux, trouvent leur place sur les cimaises.

Et la bande dessinée dans tout cela ? Elle s’intègre à l’exposition d’une manière un peu déroutante. Les planches originales sont regroupées par thèmes, certains particulièrement pertinents en regard des œuvres qui jouent le rôle de miroirs déformants. La pièce "Walt Disney Productions" par exemple, juxtapose clins d’œil au monde de Disney et planches de Floyd Gottfredson, Al Taliaferro et Carl Barks (!). Le principe est le même pour les salles "Super-héros" et "Pionniers". Le reste des espaces fait plutôt penser à une encyclopédie de la BD grandeur nature, avec des chapitres thématiques taillés à la serpe comme "Far West", "Bestiole et créatures", "Hergé et la ligne claire", "Mangas !", "S.F.", "Gags à gogo", "Gredins et chenapans", "Pictural" et "A fond la caisse". Plutôt que de créer un chapitrage bancal pour répartir les planches prêtées, il aurait certainement fallu commencer par déterminer des chapitres cohérents pour ensuite réfléchir à la façon de les remplir.

Mais ne boudons pas notre plaisir, car il n’est pas donné tous les jours de pouvoir admirer une encyclopédie de la BD grandeur nature (cela le sera un peu plus, il est vrai, à partir de l’ouverture prochaine du musée de la BD d’Angoulême). La liste serait trop longue a détailler ici puisque "Vraoum !" présente plus de 200 planches originales des plus grands maîtres de la bande dessinée ! Les pièces exceptionnelles pullulent, Alain Saint-Ogan, Winsor McCay, Richard Outcault, Rudolph Dirks, Osamu Tezuka, les morceaux de bravoure abondent, Jean Giraud, Philippe Druillet, Jean-Claude Mézières, Marcel Gotlib, Jean-Claude Forest, les grands anciens font trembler le sol, Hergé, Jijé, Alex Raymond, Milton Caniff, Edgard P. Jacobs, André Franquin, Will Eisner, Morris, Peyo sans oublier Hugo Pratt et Tardi et Comès et Robert Crumb et Victor Hubinon et Albert Uderzo et... Oui, difficile de résister au name-dropping tant le visiteur ne sait où donner des yeux. Ces quelques noms ne représentent qu’un dixième des auteurs présents par le papier. Parcourir un siècle de BD en 200 planches originales, c’est étourdissant de plaisir.

La section des pionniers

Si le titre et l’articulation de "Vraoum !" peuvent laisser à désirer, l’intention de l’exposition et les œuvres exposées sont tout à fait remarquables. Passer à côté de ce rendez-vous serait tout à fait inapproprié.

(par Thierry Lemaire)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Vraoum ! - Trésors de la bande dessinée et art contemporain
La maison rouge
10 bd de la Bastille
75012 Paris
Accès métro : Quai de la Rapée ou Bastille
Jusqu’au 27 septembre.

En médaillon : Sammy Engramer, Sans parole, 2005

Photos : (c) Thierry Lemaire

 
Participez à la discussion
1 Message :
  • excellent titre au contraire , loin de la tendance intellectualisante ( ce qui est aussi tres bien , juste équilibre a trouver ) et qui revient aux sources de la bd : l’onomatopé , langage bien spécifique a la bd , comme le phylactere : c’est tj mieux que les choix de cases " illustration " ( et donc non specifiuement bd je trouve ) de la page géante tintin à bruxelles ( ou de la case du musée hergé ...). La BD c’est aussi le boum pan splatch , et a force de vouloir sa reconnaissance comme 9e art en ne parlant que de romans graphiques , de BD adulte etc , on en oublie un peu son coté " pour enfant " , son coté divertissement etc : c’est tout ça a la fois
    apres on aurait pu trouver un titre reliant les 2 cotés , style " vraoum , la phylacterisation plastique au XX-XXI siecle " :))
    bien sur l’expo n’est pas une expo sur la bd ( enfantine ou autre ) mais sur l’inspiration qu’elle donne en art contemporain , art qui accesoirement donne souvent un aspect bien enfantin d’ailleurs

    concernant le fluide glacial froissé , je ne sais si c’est le meme artiste mais il y avait une reproduction en porcelaine ( !) de la bd " annabelle la sirène " de jean ache dans une expo ( fini ) sur la porcelaine contemporaine japonnaise au Musée de la céramique de Sèvres

    Répondre à ce message