La Petite Sirène - Junko Mizuno - IMHO

29 décembre 2005 0
  • Junko Mizuno s'intéresse cette fois-ci au conte de la Petite Sirène, et comme l'on pouvait s'y attendre, le résultat est à la fois très mignon et complètement gore.

Les éditions IMHO nous avaient déjà proposé deux ouvrages de l’auteure japonaise : Cinderalla [1] et Hansel et Gretel, dans lesquels Junko Mizuno réécrivait les deux célèbres contes à sa façon. Elle y faisait preuve d’une cruauté non dénuée d’humour alliée à un romantisme noir auquel son dessin baroque apportait un décalage tout à fait frappant.

Sa Petite Sirène est manifestement dans la même veine : Julie est une jeune sirène qui vit avec ses deux sœurs Tura et Ai. Les belles attirent des marins sous la surface, mais certes pas pour leur faire découvrir les plaisirs de la bagatelle en eaux profondes. La mort de leur mère, jadis tuée par des pêcheurs, les obsède toutes les trois et, comme on le sait, la vengeance est un plat qui se mange froid...
Tout va changer le jour où Julie rencontre Suekichi, un jeune pêcheur, et en tombe amoureux. Elle brisera nombre de tabous pour pouvoir le rejoindre.

On le voit, on est loin de l’univers d’Andersen qui n’aurait probablement pas détesté que, chez Mizuno, les filles et les garçons soient aussi mignons les uns que les autres. Par contre, les horreurs que traverse Julie caractérisent la façon dont Mizuno traite ses sujets. S’il semble évident que son travail ne s’adresse pas aux enfants, les adultes qui apprécient à la fois les belles histoires d’amour et une certaine vision désespérée des rapports humains devraient trouver là un plaisir de lecture certain.

La Petite Sirène - Junko Mizuno - IMHO

Plaisir d’ailleurs renforcé par la densité des planches de la dessinatrice qui utilise la couleur comme un élément à part entière dans sa création d’un univers complètement artificiel, une sorte de gore kawai à la fois kitsch et touchant.

Dans leur dureté, les légendes modernes de Junko Mizuno sont finalement plus proches de l’ambiance des contes d’origine que les versions aseptisées qui circulent de nos jours. Espérons donc que les éditions IMHO continueront leur travail de publication dans notre langue d’une auteure qui s’écarte autant des codes des mangas de base que peuvent le faire un Taniguchi ou un Junji Ito.

(par François Peneaud)

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[1"Cinderella" est le nom anglais de Cendrillon.

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