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La bande dessinée gravée dans le marbre

Par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 31 mai 2015                      Lien  
L'ambition non avouée du premier festival de bande dessinée de Carrare est de se mesurer au festival historique de Lucca. Dans cette ville côtière proche de Pise sont notamment célébrés cette année les 50 ans du magazine Linus et les 50 années de carrière d'Alfredo Castelli, créateur du personnage de Martin Mystère et grand érudit de la bande dessinée.
La bande dessinée gravée dans le marbre
Fabio Gadducci, cheville ouvrière du Festival de Carrare

Cela manquait à la marche éperdue de la bande dessinée vers sa reconnaissance : se trouver gravée dans le marbre, histoire de renouer à les débuts de la figuration narrative que d’aucuns faisaient naître jadis dans la Colonne Trajane. Carrare est une ville orgueilleuse qui s’est construite depuis l’antiquité sur la réputation de son marbre blanc décorant, depuis le 1er siècle, les palais impériaux de Rome. Cette ville de près de 60 000 habitants est devenue une attraction touristique où l’on peut apprécier le plein soleil au mois de mai alors qu’il pleut à Paris et à Bruxelles.

Traditionnel, ce premier festival est calqué sur celui de Lucca situé à moins de 30 bornes de là, avec l’intention de lui faire de l’ombre, comme d’autres tentent de se mesurer à Angoulême. Mais il est conçu sur un modèle bien différent du Lucca des origines créé en 1965, le modèle de référence des festivals à succès étant, ces dernières années, celui d’une foire aux jeux vidéo et au cinéma d’animation plus proche de Japan Expo que d’Angoulême. On n’est donc pas surpris de trouver d’immenses aires de jeu, d’activités diverses et de cosplays dans un festival comme celui-là.

La bande dessinée a son espace, bien entendu, plus tranquille et surtout moins bruyant ! Quelques expositions à la scénographie sommaire, des débats, des dédicaces... Le marché italien, nous y reviendrons, est partagé entre deux leaders : l’éditeur Bonelli qui contrôle près de 50% du marché : c’est l’éditeur de Tex Willer, de Zagor, de Martin Mystère... Et Panini qui, entre les licences Marvel et celles de Disney, figure en bon numéro deux du marché. Notre bande dessinée franco-belge y a une portée très limitée : par exemple, une édition de Lefranc, vendue en souscription, est tirée entre 500 et 1000 exemplaires...

Le clou du festival est cette machine connectée à un ordinateur capable de graver des planches de BD dans le marbre. Il nous manquait cette vanité...

Des bandes dessinées gravées dans le marbre... Par Toutatis, même Jules n’y avait pas pensé !
La célèbre revue Linus, toujours en activité, célèbre ses 50 ans à Carrare.

Heureusement, deux événements marquent cette édition : la célébration des 50 ans du magazine Linus fondé en avril 1965 par Giovanni Gandini et Oreste del Buono, Umberto Eco y collaborant dès le premier numéro. Le titre doit son nom à un personnage des Peanuts de Charles M. Schulz. Les éditions du Square en reprirent intégralement le concept en 1969 sous le titre de Charlie qui prêta son patronyme après l’interdiction de Hara Kiri Hebdo, à Charlie Hebdo. Le Linus des origines nous fit découvrir les classiques du comic strip américain comme les Peanuts, Pogo, Krazy Kat, B.C., Dick Tracy mais aussi les Argentins Copi, et Muñoz & Sampayo, et, excusez du peu, la Valentina de Crepax et le Corto Maltese d’Hugo Pratt !

L’autre événement à graver dans le marbre est la venue du grand scénariste et historien de la BD Alfredo Castelli.

Alfredo Castelli, le créateur de Martin Mystère, fête à Carrare ses 50 ans de carrière... de marbre, comme il se doit !
Photo : Catellin - Wikipedia Licence CC-BY-SA-3.0

Déjà célébré ce mois-ci par un prix pour l’ensemble de son œuvre au Festival de Napoli, Castelli (né en 1947) a commencé comme dessinateur d’un petit personnage humoristique, Scheletrino, créé dans les pages annexes de la revue Satanik. Depuis, il a fait une carrière brillante dans la BD italienne, créant en 1969 la revue Horror puis, pour la série Les Aristocrates avec Tacconi au dessin, que l’on a entrevu dans la revue Super-As et en albums en France, et le personnage bien connu de Martin Mystère, le détective de l’impossible, inspiré par le personnage d’Allan Quaterman (l’intégrale comporte neuf volumes). On lui doit de nombreux récits de Zagor, Ken Parker, Mister No de l’éditeur Bonelli.

Passionné de bande dessinée, on lui doit des travaux pionniers sur l’origine de la bande dessinée, l’érudition de son ouvrage Eccoci ancora qui !, saggio sul fumetto delle origini n’ayant jusqu’ici jamais été dépassée.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Code EAN :

Le programme du Festival de Carrare sur FumettoLogica

Jusqu’au 2 juin 2015.

Photos : Sauf mentions contraires, D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
PAR Didier Pasamonik (L’Agence BD)  
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