La multiplication des succès selon Pika (1/2) : L’Attaque des Titans

29 avril 2015 0 commentaire
  • Dans le sillage des éditeurs japonais, Pika suit une stratégie visant à décliner séries et licences à succès à travers de nombreux titres. Première étape d'un diptyque gagnant avec le phénomène {L'Attaque des Titans}.

Immense succès au Japon, mais aussi en France, L’Attaque des Titans connaît une histoire, un développement et une extension des plus singuliers. Série d’un jeune auteur, Hajime Isayama, à peine 23 ans lors du lancement du manga en 2009, L’Attaque des Titans se voit publiée dans le mensuel shonen de Kodansha Bessatsu. Pour autant, son ambiance résolument sombre et les morts, fréquentes, de personnages – qui auraient, d’après la rumeur, entraîné le refus du titre par Shueisha – en font un des étendards de la vague des « dark shonen » si populaires actuellement et ayant pris le contrepied des shonens positifs de l’ère précédente, tels One Piece ou Naruto.

Un phénomène colossal

La multiplication des succès selon Pika (1/2) : L'Attaque des TitansDu côte du dessin, le titre peut également surprendre. Loin d’un style lisse et passe-partout, le trait de Hajime Isayama se veut épais, brut, rugueux, comme pour donner corps et épaisseur non seulement aux créatures, souvent grotesques, mises en scène, mais aussi aux mouvements, dynamiques et nerveux, des protagonistes chargés de les affronter à l’aide d’un équipement particulier associant ces combats à de la voltige.

Ces parti-pris audacieux dans l’univers du shonen sont vite récompensés : très rapidement, le titre s’impose parmi les meilleurs ventes, concurrençant directement One Piece lors de sa plus forte phase de recrutement, appuyée qui plus est en 2013 par un anime dérivé de la série. Ainsi, au Japon, en 2014, si les tirages de One Piece demeurent supérieurs à ceux de l’Attaque des Titans (3 millions contre presque 2 millions), les ventes totales sur l’année mettent les deux séries au coude à coude (11,8 millions contre 11,7 millions).

Ajoutons à cela, pour mesurer l’importance du phénomène, que L’Attaque des Titans était passée de 2,6 millions d’exemplaires écoulés en 2012 à presque 16 millions en 2013.

En France, selon le dernier rapport Ratier, on observe que les tirages de L’Attaque des Titans dépassent à présent les 55 000 exemplaires. De bons chiffres, encore loin des 165 000 de One Piece ou des 180 000 de Naruto, mais déjà très satisfaisants et surtout prometteurs.

Des titans et des hommes

Que nous raconte donc L’Attaque des Titans ? L’histoire d’une humanité réduite à quelques millions d’individus et confinée dans un vaste territoire circonscrit par trois enceintes circulaires et concentriques haute d’une cinquantaine de mètres. Des remparts nécessaires face à une menace absolue : les fameux titans, qui règnent sur le monde extérieur. Des créatures semble-t-il dénuées d’intelligence mais uniquement mues par le furieux désir de dévorer le moindre humain se présentant devant elles.

Le récit débute par l’apparition d’un titan colossal ouvrant une brèche dans la première muraille, par laquelle s’engouffrent quantité de créatures, et condamnant ainsi l’humanité à fuir retranchée derrière la deuxième. Dans ce contexte, le héros, Eren, voit sa mère se faire dévorer par l’un de ces effroyables monstres et son père disparaître alors qu’il possédait des connaissances décisives sur ces créatures. Avec deux compagnons, il intègre le bataillon d’exploration, l’avant-garde chargée de se confronter aux titans, bien décidé à reconquérir les territoires perdus.

Déployant une mythologie fondée sur le mystère des origines des titans et les secrets du régime ayant construit ce pays quelques cent ans auparavant, L’Attaque des Titans propose un cocktail efficace d’action, de suspens et de révélations surprenantes. Ainsi, dans le dernier volume sorti en France (le 12, on en est au seizième au Japon), les masques tombés et les origines concernant ces fameux titans ayant menacé l’humanité partiellement révélées, Eren se découvre un nouveau pouvoir susceptible de radicalement changer la donne.

Un succès à tiroirs

Sur les bases conjointes de cet univers et de ces bons résultats Kodansha déploie l’artillerie lourde afin de faire fructifier le succès. À la différence de Fairy Tail, autre titre-phare de l’éditeur ayant fait l’objet d’une extension de son univers, où l’auteur, Hiro Mashima, assume lui-même la réalisation de la plupart des productions dérivées, la création est ici déléguée à d’autres scénaristes et dessinateurs, Hajime Isayama demeurant dans un rôle de supervision.

C’est ainsi qu’ont fleuri plusieurs spin-off – séries dérivées – certains humoristiques, d’autres situés avant les événements du manga ou centrés sur des personnages secondaires. Ce sont ces derniers que Pika nous propose actuellement.

Il y eut d’abord Before the Fall dont nous vous avions parlé lors de la sortie. La série nous plonge quelques années avant le chute de la première enceinte lors d’une précédente incursion de Titan dans l’une des cités humaines. Un peu fade, et souffrant de la comparaison avec la série dont il est dérivé, ce manga permet cependant de prolonger l’expérience des titans et des confrontations entre ces derniers et les hommes du bataillon d’exploration.

Sorti ce mois-ci, la série courte en deux volumes Birth of Livaï s’avère nettement plus séduisante. Centrée sur le charismatique personnage de Livaï, chasseur de titans prodige épaulant ponctuellement le héros dans la série principale, ce récit nous conte comment ce personnage a intégré le bataillon d’exploration. Exploitant plusieurs personnages secondaires intéressants et réinvestissant de manière habile le fond d’intrigue politique de la série d’origine, Birth of Livaï se montre efficace et prenant.

Ainsi, nous assistons à la rencontre entre Livaï et Erwin, son futur mentor au sein du bataillon. Dans cette intégration, Livaï est accompagné, comme Eren avant lui, de deux compagnons issus comme lui des bas-fonds de la capitale. Des personnages et une intrigue imaginés par Gun Snarck et dessinés, de manière plutôt élégante, par Hikaru Suruga. D’ailleurs, le second volume se termine par un intéressant entretien entre cette dernière et Hajime Isayama.

Pika voit les choses en grand

Mais l’offensive titanesque ne saurait en rester là. Pika décline tout le matériel à sa disposition pour contenter les fans de l’univers. Ainsi deux guides sont venus compléter cette offre entre la fin 2014 et le début 2015 : Inside présentant les personnages de la série et Outside proposant divers bonus allant de la première version – non traduite – du premier chapitre aux sources d’inspiration à l’origine du travail du mangaka en passant par des illustrations et même une maquette à construire du Titan colossal !

Enfin, Pika annonce pour juin prochain une nouvelle édition, dite « colossale », du manga dans un format évidemment plus volumineux. Trois volume en un, soit environ 580 pages, dont une vingtaine en couleurs, et des planches au format agrandi (197 x 297 cm), au prix de 19,95 euros.

C’est que dans le même temps l’édition française est en train de rattraper la japonaise. Prépublié de manière mensuelle, L’Attaque des Titans livre trois tomes par an au Japon. Le dernier en date, le seizième, vient de sortir en ce mois d’avril 2015. En France, Pika a choisi une parution bimestrielle qui doit tenir le rythme encore un an avant de devoir se caler sur les dates de sortie japonaises et ralentir l’offre en matière de nouveauté. C’est donc maintenant qu’il faut recruter et fidéliser le plus large lectorat possible.

On n’a donc pas fini d’entendre parler de ces titans en France. D’autant que le filon continue à être massivement exploité au Japon comme en témoignent non seulement les light novels qui explorent les marges de l’univers mais aussi et surtout le film live, en deux parties, sortant cet été dans l’Archipel.

(par Aurélien Pigeat)

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