La peine de mort : Victor Hugo contre les Français

24 septembre 2020 10 commentaires
  • « Ceux qui ont dit non », la fameuse collection d’Actes Sud dirigée par Murielle Szac s’adapte enfin en bande dessinée. Le premier numéro est consacré à Victor Hugo, grande figure de la lutte contre la peine de mort.

Paris, 1825. Victor Hugo est avachi sur son bureau : il rêve. Sa voiture, perdue au beau milieu d’une route de campagne, s’arrête devant un arbre sur lequel poussent de drôles fruits : « Des pendus ! » Trois hommes, paupières et bouches ouvertes, tanguant doucement la langue au vent, émettent une plainte à son oreille : « Victor... Victor... C’est toi qui nous as tués. »

Commence alors le temps du grand tiraillement – une vraie tempête sous ce crâne plein de vers ! « Guillotiner, ou ne pas guillotiner ? », telle est la question. Finalement, il tranche (enfin si j’ose dire) : ça sera « non » !

Victor Hugo se lance à l’assaut des bourreaux, écrit d’arrache-cœur et d’arrache-pied, tire et tire sur la corde de son génie (et pas du pendu), renverse la table et fait tourner les autres – oh, pauvre Léopoldine ! – puis enfin s’exile à Guernesey où son seul regret sera, dit-il, de mourir avant « elle » (c’est-à-dire la peine de mort) mais aussi après « elle » (c’est-à-dire sa fille).

La peine de mort : Victor Hugo contre les Français

Au tout début, je me suis dit : « Cette BD n’a aucun intérêt », c’est un sujet éculé, vu et revu, un nouveau moyen pour les Français de ne pas avoir à se frotter au texte, à lire les livres ; car après tout, il faut bien leur mâcher le travail à ces enfants, pas vrai : ces pauvres petits enfants qui pourtant ont les dents longues...

Selon un récent sondage, 55 % des Français seraient favorables au rétablissement de la peine de mort (de vraies dents de loup finalement !). Le père Hugo, cocu de ses idéaux, doit certainement se retourner dans sa tombe en entendant ça, et Robert Badinter, vieux ténor enroué du barreau, rester sans voix !

À croire que la quatrième de couv’ de la BD a visé juste : en effet, «  le sujet est d’une brûlante actualité », et mieux vaut abandonner l’idée de faire lire aux gens une biographie d’Hugo ou ne serait-ce que quelques lignes du Dernier jour d’un condamné... ça serait peine (de mort) perdue.

Décidément, les Français ne méritent pas la France ; et comme disait Voltaire : « Allez, mes Welches [Français], Dieu vous bénisse ! vous êtes la chiasse du genre humain. Vous ne méritez pas d’avoir eu parmi vous de grands hommes qui ont porté votre langue jusqu’à Moscou. C’est bien la peine d’avoir tant d’académies pour devenir barbares ! »

(par Florian UZAN)

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10 Messages :
  • Non mais quelle condescendance ! Si les Français ces derniers temps sont en majorité pour le rétablissement de la peine de mort, c’est surtout parce qu’ils constatent depuis 30 ans que les peines se sont considérablement réduites, et que les criminels ne sont plus jugés aussi sévèrement qu’avant ! D’où une sympathie envers cette solution certes radicale, mais qui n’est qu’un symptôme, pas le mal en lui-même.

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    • Répondu par kyle william le 24 septembre à  14:49 :

      Explication nébuleuse et discours éculé et erroné que celui sur le supposé laxisme de la justice. Le chiffre de 55% est accablant mais logique. 55% au moins des français votent pour des démagogues et des populistes.

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      • Répondu le 24 septembre à  21:38 :

        C’était le même chiffre quand François Mitterrand l’a aboli.

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      • Répondu par Trublion le 25 septembre à  10:52 :

        La France ne peut plus stocker sa criminalité dans ces établissements pénitentiaires. Les oligarques bien-pensants veulent bien enfermer les délinquants dans des prisons, mais pas à coté de leurs résidences !!

        Désemparé, le ministère de l’Intérieur ment et nie l’évidence. Une attitude qui ne fait qu’ajouter au sentiment d’insécurité des Français. Les criminologues Alain Bauer et Xavier Raufer dressent l’état des lieux de la délinquance en France et du crime organisé dans le monde… fermez vos missels d’un autre temps et sortez de vos liturgies habituelles !! le daknet n’existait pas du temps de Hugo !!

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        • Répondu par kyle william le 25 septembre à  13:02 :

          Pitié pas les autoproclamés spécialistes Alain Raufer et Xavier Bauer !

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          • Répondu le 25 septembre à  22:08 :

            … Ces personnalités ont exercé bien avant les réseaux sociaux, les chaines YouTube… et de votre ironie, Mr BD !!

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    • Répondu par Béatrice Bayle le 26 septembre à  12:49 :

      Je trouve le texte de Florian Uzan intelligent,très bien rédigé (ce qui est plutôt rare de nos jours).

      Condescendant, non,juste réaliste ,parfois ironique comme le faisaient les écrivains des Lumières.
      Aujourd’hui 55 °/°des Français ,ne sont plus capables de réfléchir ni de comprendre:seule la violence est la réponse à tous leurs maux.

      "A l’époque",oui,on guillotinait peut-être deux condamnés par an.Une vraie barbarie !Cela n’a jamais dissuadé les criminels.

      A mon avis,le véritable hic est que la perpétuité n’existe pas chez nous.Trop coûteuse pour l’État,donc pour le contribuable.

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      • Répondu par kyle william le 26 septembre à  13:54 :

        La perpétuité réelle existe déjà de fait en France. Des tas de gens ne sortiront jamais, et ça a encore été renforcé par l’invention des rétentions de sûreté.

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