La voix de Kiki de Montparnasse

7 mai 2008 0 commentaire
  • De Kiki de Montparnasse, cette figure pathétique qui inspira le Tout-Paris littéraire et artistique des années trente, on a surtout retenu les icônes : le dos nu aux ouïes de violoncelle par Man Ray, son portrait par Moïse Kisling... Avec la BD de Catel et Bocquet, on partait sur les traces de sa vie. Aujourd’hui, nous découvrons sa voix.

Catel et Bocquet avaient donné corps à cette icône, racontant son histoire dans le très acclamé Kiki de Montparnasse chez Casterman, Prix RTL 2007 et Essentiel d’Angoulême 2008, entre autres récompenses. Son arrivée à Paris, les feux de sa gloire, mais aussi sa fin de tragédie.

Et puis là, le label Le Son du Maquis vient de sortir un DVD intitulé « Kiki chante ». Car oui, on l’avait oublié : Kiki chante ! « … L’assistance se mit à hurler en chœur : « Kiki ! Kiki ! Nous voulons Kiki ! » , raconte un témoin de l’époque qui assiste à une des prestations au Jockey, l’un des hauts lieux de la nuit de Montparnasse (…) Elle portait une robe noire toute simple. Son corps, plutôt bien [en] chair, n’était pas conforme aux canons de la mode d’alors qui voulait des silhouettes sportives. Mais chez Kiki, c’est le visage qui était inoubliable : un visage qui n’était plus celui d’un enfant et pas encore celui d’une femme…  ». Quand elle chante, le silence se fait religieux. Son répertoire est canaille : des chansons de corps de garde ou parfois des cantiques détournés de façon pornographique que l’assistance apprécie d’autant plus que l’on sait que, sous les ondulations de sa robe, la chanteuse ne porte jamais de culotte.

Et puis il y a cette voix. Une diction claire qui épouse harmonieusement les soupirs de l’accordéon. Un phrasé simple, émouvant, sans le maniérisme de l’époque. Le répertoire est vieillot, certes. Ce sont des chansons d’un autre temps empreintes de cette naïveté caractéristique de l’entre-deux-guerres : « J’avoue franchement/ C’était l’bon temps / On est jeunes, on est inconscients » chante Kiki.

Le CD comporte six chansons de Kiki et deux témoignages extraits d’interviews radiophoniques : un de Youki Desnos, la compagne du poète, épouse de Foujita qui fut l’une des reines de Montparnasse et qui raconte quelques détails sa vie de bohème, une autre de l’écrivain et journaliste Frédéric Pottecher qui la décrit « fine » et « rusée ».

Un dossier introductif truffé d’illustrations de Catel, bien entendu, un prolongement de la bande dessinée qu’elle signe avec José-Louis Bocquet. Du joli travail concocté par Philippe Pierre-Adolphe qui n’est pas non plus un inconnu puisque ce journaliste aujourd’hui recyclé dans la musique animait jadis les pages de Métal Hurlant. « Dame, ça ne nous rajeunit pas ! » chante Kiki.

La voix de Kiki de Montparnasse
Le producteur Philippe Pierre-Adolphe avec Catel et Bocquet, les auteurs de "Kiki de Montparnasse"
Photo : D. Pasamonik (L’AgenceBD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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