Le Cousin Harki - Par Farid Boudjellal - Futuropolis

2 avril 2012 2 commentaires
  • Suite de la série autobiographique entamée avec "P'tit Polio", "Mémé d'Arménie" et "Les Années Ventoline", ce récit situé dans les années 1970 s'intéresse à un jeune harki, rejeté à la fois par les Français et les Algériens. Boudjellal, malgré de belles planches, peine à entrer dans son sujet.

Dans un centre de santé niçois, des étudiants de tous horizons partagent un quotidien bercé par les rencontre, la musique, et même quelques fumettes interdites. Moktar, nouveau pensionnaire, intrigue : Musulman non pratiquant, secret, réservé... Sans compter les paroles qui hantent ses jours et ses nuits...

Depuis plus de 30 ans, Farid Boudjellal explore ses origines, sa vie, sa communauté. Depuis 1999, il raconte de façon romancée sa propre jeunesse (son personnage Mahmoud Slimani revêtant sa personnalité). Dans cet épisode, qui tombe pile au moment ou l’on célèbre l’indépendance de l’Algérie (1962), l’auteur met en scène un fils de harki, contraint au départ. Sujet terrible, tellement le ressentiment reste fort de tous côtés contre ces "traitres à la patrie", qui ont été sacrifiés par l’armée française, à la merci du FLN (65 000 morts en Algérie) ou accueillis en France dans des conditions indignes (plus de 90 000 réfugiés).

Dommage que Boudjellal hésite entre une chronique très classique (des étudiants qui écoutent Zappa, s’amusent, cherchent leur voie) et une véritable description de la condition des harkis. Il faut attendre 50 pages pour voir aborder précisément le sujet, et pas au-delà d’une évocation en surface. Avec un scénario assez laborieux, le reste du récit manque d’accroche.

Le Cousin Harki - Par Farid Boudjellal - Futuropolis

Reste la couleur directe, avec un style graphique de plus en plus épuré, élégant. Elle offre de beaux moments, avec parfois, aussi, des cases moins réussies.

Le Cousin Harki semble motivé par une profonde sincérité et beaucoup d’humanisme, mais il paraît un ton en dessous des œuvres de la même veine, dans le riche univers de Boudjellal.

(par David TAUGIS)

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2 Messages :
  • Le Cousin Harki - Par Farid Boudjellal - Futuropolis
    3 avril 2012 00:37, par Laurent Melikian

    De grace, le Cousin Harki mérite mieux que cette note résultant d’une lecture trop légère ! En effet, on ne peut croire que le rédacteur de cette chronique a pris connaissance de l’œuvre en question. Contrairement à ce qui est écrit ci-dessus, elle ne met pas en scène un fils de harki, mais un harki à part entière.
    Et s’il faut du temps à Farid Boudjellal pour introduire le personnage, c’est qu’il explique d’abord ses origines, dont l’histoire de son père, militaire mort pour la France. Ce parcours explique comment Moktar est devenu harki sans pour autant trahir les siens.
    Le Cousin harki ne cherche certes pas à de décrire l’ensemble du drame harki. Et ce n’est pas non plus une œuvre qui se limite au drame harki. Il y est aussi question de la shoah, de l’homosexualité, de l’islam,… Bref, de nombreux courants et tumultes qui parmi d’autres irriguent la nation française contemporaine. Il a semble-t-il échappé au rédacteur des lignes ci-dessus que les jeunes dépeints par Farid Boudjellal sont aussi bien des amateurs de Zappa que des porteurs de mémoires et de douleurs qu’on dit antagonistes. Et pourtant, ils parviennent à éprouver cette compassion qui mène à la réconciliation. Farid Boudjellal n’explore donc pas sa communauté, il explore son pays, la France dans sa complexité. Ajoutons que l’ensemble de son œuvre est tout sauf communautariste.
    Évidemment, le Cousin harki n’est pas une bande dessinée calibrée ou attendue. Elle ne cherche pas non plus à s’imposer par des effets tapageurs comme une représentation outrancière de la violence. À travers plusieurs destins qui se croisent dans cet hôpital, elle est le vecteur d’émotions rares en bande dessinée. Le récit est à la fois dense et remarquablement construit.
    Merci de consacrer au Cousin Harki un véritable temps de lecture avant de le dénigrer de manière aussi peu réfléchie.

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    • Répondu par José Jover le 4 avril 2012 à  17:49 :

      Pas une seule ligne à ajouter, bravo Laurent Melikian pour cette excellente intervention, qui vient remettre le sens juste dans l’analyse de cette superbe et trop rare Bande Dessinée. Hélas, rare par ces temps de confusion des esprits faibles ou chagrins, qui courent trop souvent salement.

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