Le Seigneur de Saint-Rock : la gentrification en mode fantasy

2 juillet 2017 0 commentaire
  • Dans le Saint-Rock de ValMO et Francis Desharnais – version parallèle du quartier Saint-Roch de Québec – les trolls sont des entraîneurs personnels de gym, les elfes contrôlent les boîtes de graphisme et les succursales d’Urban Outfitters, les licornes ont fait fortune dans l’industrie du porno, les mages tiennent des dépanneurs et les humains occupent les cabinets de notaires. Cette faune urbaine hétérogène cohabite gentiment dans cet univers où le jeu de rôle grandeur nature (LARP) rencontre l’heroic fantasy humoristique. Or, du haut de sa Tour du Milieu, l’ignoble Gaston Saumon, promoteur immobilier maléfique, a décidé de raser le quartier afin d’imposer le bail unique.

Menés par l’avocate Nathalie et sa bande – sa collègue Karolyne, le mage Gilles Findel, le troll Jean-Louis et l’elfe Alcalïn – les Saint-Rockois seront appelés à mener un combat épique contre la spéculation immobilière et l’embourgeoisement sauvage. Leur objectif : soutirer une majorité d’actions au C.A. de l’Apocalypse afin de prendre le contrôle de Saumon immobilier et de sauver ainsi leur quartier.

Librement inspiré de l’univers de Tolkien et multipliant les références à la culture geek – notamment à Star Wars –, le Seigneur de Saint-Rock est le plus récent opus à paraître aux éditions Front Froid, consacrées à la bande dessinée québécoise de genre. Pour la dessinatrice ValMO (Valérie Morency), issue du milieu du jeu vidéo, il s’agit également d’un premier album professionnel : « Pour moi, c’était carrément un apprentissage. Je faisais déjà un peu de BD anecdotique, mais le fait d’avoir fait un album au complet, avec un scénario que je trouvais super intéressant, j’ai trouvé cela très formateur. Au dessin, ça m’a beaucoup aidé à progresser car j’ai dû m’y mettre sérieusement, travailler beaucoup. Francis a été très généreux et me faisait parfois participer un peu à l’écriture, brainstormer ou proposer des idées. Ça a été une très belle école. »

Le Seigneur de Saint-Rock : la gentrification en mode fantasy
Actionnaire minoritaire de Saumon immobilier, la licorne Léon Cardamone est le roi du porno. Toute ressemblance avec Hugh Hefner ne saurait être fortuite.
Image : Front Froid.

Francis Desharnais, de son côté, s’est établi, au cours des dix dernières années, comme l’un des auteurs BD les plus polyvalents au Québec. Celui qui s’était fait connaître avec le lancement de Burquette, en 2008, multiplie depuis ce temps les albums solo (La guerre des arts, album en préparation sur la colonisation de l’Abitibi dans les années 1940), les collaborations au scénario (Motel Galactic) ou au dessin (Chroniques d’une fille indigne, Salomé et les hommes en noir, Les premiers aviateurs), sans compter l’adaptation animée de Burquette à l’ONF.

Rencontré dans le cadre lancement du Seigneur de Saint-Rock, celui-ci revient sur sa collaboration avec ValMO : « Au départ, Valérie voulait se mettre sérieusement à la bande dessinée et se cherchait un scénariste. On a commencé à travailler sur six pages. J’ai soumis une idée qui se tenait en six pages, et elle les a faites. On aimait cela, et, de fil en aiguille, on s’est dit que ce serait le fun de développer l’univers. J’aime beaucoup collaborer et être scénariste. C’est très satisfaisant car j’aime avoir de la surprise dans mon travail. Quand je fais tout moi-même, je sais ce qui s’en vient. Je refais deux ou trois fois le même livre, car le dessine, je l’encre, je le corrige, etc., tandis que là, j’écris ce que j’ai en tête, mais je ne sais pas comment Valérie va le transformer. »

ValMO et Francis Desharnais au lancement du Seigneur de Saint-Rock, dans un bar du quartier Saint-Roch, à Québec.
Photo : Marianne St-Jacques

À en juger le résultat – difficile de résister à un album aussi jouissif –, on peut en conclure que le Seigneur de Saint-Rock est avant tout l’histoire d’une heureuse rencontre professionnelle, et surtout, une déclaration d’amour au Seigneur des anneaux, à la culture des jeux de rôle et au quartier Saint-Roch.

(par Marianne St-Jacques)

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Il est possible de commander Le Seigneur de Saint-Rock sur le site web des éditions Front Froid.

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