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Les Mystères de Hobtown T. 2 : « L’Ermite maudit » – Par Kris Bertin et Alexander Forbes – Pow Pow

Par Marianne St-Jacques le 30 décembre 2021                      Lien  
Pour une deuxième année d'affilée, la série des « Mystères de Hobtown » (Kris Bertin et Alexander Forbes, Pow Pow) est en compétition au Festival international de la BD d'Angoulême – cette fois en sélection officielle. Si le premier tome empruntait les codes de la fiction jeunesse pour mieux les subvertir, « L'Ermite maudit » verse plutôt dans l'occulte.

Après avoir résolu « L’Affaire des hommes disparus », le club des détectives amateurs de Hobtown – petite ville côtière de Nouvelle-Écosse – reprend du service. C’est désormais l’hiver et, comme chaque année, les villageois assistent à la traversée de la rivière gelée par l’ermite du coin. Or, cette tradition locale insolite se voit perturbée lorsque le principal intéressé est saisi d’effroi à la vue du pensionnat de Knotty Pines.

Quelques semaines plus tard, Brennan Hale et Pauline Larmier – deux membres en règle du club de détectives – sont justement invités à passer les vacances de Noël à l’académie de Knotty Pines, une prestigieuse école privée réservée à la fine fleur de Hobtown.

Mais le cursus de Knotty Pines n’a rien de scolaire, et les choses prennent rapidement une tournure sectaire : entre l’éducation sexuelle tordue, les cours d’étiquette à l’ancienne et la culture physique intensive, les pensionnaires semblent soumis à un étrange programme eugénique.

Livrés à eux-mêmes, Pauline et Brennan doivent mener leur propre « enquête » tout en essayant d’échapper au sort qui leur est réservé. Heureusement, Pauline possède le troisième œil, un don de clairvoyance qui lui permet d’entrevoir les forces surnaturelles qui règnent sur Knotty Pines.

Les Mystères de Hobtown T. 2 : « L'Ermite maudit » – Par Kris Bertin et Alexander Forbes – Pow Pow
Les Mystères de Hobtown T.2 : « L’Ermite maudit », par Kris Bertin et Alexander Forbes.
© Pow Pow

Si « L’Affaire des hommes disparus » relevait du polar – avec quelques accents fantastiques – ce deuxième tome des Mystères de Hobtown bascule complètement dans l’horreur. « L’Ermite maudit » est un récit touffu et dense où règne parfois la confusion. Et c’est justement cette impression de malaise prolongé qui teinte notre lecture.

En effet, il serait vain de chercher à tout comprendre. De toute façon, les auteurs ne nous donnent pas les clés nécessaires pour y arriver. En ce sens, « L’Ermite maudit » tient davantage du ressenti – à la fois pour les personnages et les lecteurs – que de la logique implacable du roman policier.

La question coloniale au cœur du récit

Nous en avions discuté dans notre analyse du premier tome des Mystères de Hobtown : la question coloniale est souvent évoquée en sous-texte. Si cet aspect était abordé par la bande dans « L’Affaire des hommes disparus », son importance est d’autant plus grande dans « L’Ermite maudit ».

En effet, Knotty Pines a été construite par Lord Benedict Hobb lui-même – le fondateur de Hobtown – sur les ruines de « l’ancienne colonie qui a été détruite par les Français et les Indiens » (p. 40). De plus, l’école est toujours tenue par les descendants de Lord Benedict. Les Hobb adhèrent d’ailleurs à une multitude de « traditions datant de l’époque coloniale » (p. 122) et font souvent valoir l’importance de leur lignée, comme le souligne Pauline : « Ils sont super fiers d’être des Hobb, mais on s’en fout qu’ils soient des descendants de ce gars-là. De quoi peut-on être si fier si on n’a rien fait ? C’est peut-être eux, le problème de Hobtown. » (p. 31)

Les Mystères de Hobtown T.2 : « L’Ermite maudit », par Kris Bertin et Alexander Forbes.
© Pow Pow

C’est également à Knotty Pines qu’est conservé le registre des premiers pionniers de Hobtown – groupe sélect auquel Brennan (d’ascendance micmaque) et Pauline (acadienne) sont de facto exclus : « Tu es le fils de Joe Hale, c’est ça ? Le livre derrière moi, c’est le carnet de bord des colons de Hobtown. Le nom de Hale n’y est pas. (...) Ça veut dire que tu ne comptes pas. » (p. 137)

Il convient également de noter que Pauline possède un canif orné du drapeau acadien. Confisqué par la directrice sous prétexte qu’il s’agit d’une « arme », cet objet est par la suite utilisé afin de créer une effigie maléfique servant à contrôler Pauline.

Mais le symbole le plus fort se trouve peut-être à l’avant-dernière page de l’ouvrage, alors que le visage de la statue de Lord Benedict – érigée devant l’hôpital local – est recouvert de peinture que l’on devine rouge. Un sort peu enviable qui, au Canada, est souvent réservé aux figures coloniales. Au cours des dernières années, de nombreuses statues de sir John A. Macdonald ont été « décorées » de la sorte. Plus récemment, plusieurs autres statues dont celles de la reine Victoria ou encore d’Egerton Ryerson ont été aspergées de peinture avant d’être déboulonnées, renversées et décapitées. Dans tous les cas, le message est clair : les figures maculées de rouge sont identifiées comme responsables de la violence coloniale.

(par Marianne St-Jacques)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782924049815

Les Mystères de Hobtown T. 2 : « L’Ermite maudit ». Par Kris Bertin (scénario) et Alexander Forbes (dessin). Pow Pow. Traduit de l’anglais canadien par Alexandre Fontaine Rousseau. Ouvrage paru le 6 octobre 2020 au Canada et le 4 décembre 2020 en Europe. 21 x 16 cm, 192 pages. 24,95 $ CAD / 19 €.

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