Le Testament du docteur Weiss - par Frebourg & Clod - Editions Petit à Petit

3 novembre 2006 0
  • Les éditions Petit à Petit nous livrent un bijou graphique, baroque et torturé, mais envoûtant à l'extrême. Comme le héros plongé dans les nappes de brume qui rappellent les ambiances de Lovecraft, on ne ressort pas intact de cette aventure.

Venu hériter de l’île que lui a légué son oncle, George Weiss comprend très vite qu’il n’est pas le bienvenu en ces lieux reculés. Il faut dire que, feu le docteur Weiss, avait de bien étranges occupations, et que la vague de victimes, retrouvées exsangues près du port, n’est pas pour calmer les esprits.

Il a fallu quatre ans au dessinateur Benoît Frebourg pour terminer cet album. Angoissé jusqu’à l’extrême, il traduit ses peurs et ses douleurs dans un dessin très fouillé. Malgré quelques cases moins travaillées et certaines petites erreurs de proportions, il faut avouer qu’on reste impressionné par son talent graphique : utilisation quasi-permanente du clair-obscur, scènes monochromes, paysages où les traits disparaissent pour laisser les couleurs prendre du sens, flash-back pastel,... On est parfois surpris par cette succession de traitements graphiques qui laissent une impression hétéroclite à l’album, mais qui nous entraînent dans la folie graphique propre à ce jeune auteur. Les quatres pages d’esquisses en fin d’album nous confirment sa dextérité, sinon son angoisse (mention spéciale aux pages de garde).

L’idée de base du scénariste, Clod, ne brille pas par son originalité. Dans un style lovecraftien en diable, son héros débarque dans ce port brumeux pour débusquer le monstre qui y sévit. L’histoire sert surtout de prétexte à une galerie de personnages étonnants et attachants : Camomille, la douce serveuse ; le commissaire, pas si bête mais bien méchant ; le docteur Weiss lui-même qui semble avoir plus de secrets encore que son étrange oncle. Curiosité, souvenirs, intérêts et jalousie poussent les différents acteurs de ce drame à une conclusion qui ne laissera aucun lecteur indemne.

Un album étrange, d’une grande dextérité graphique. A découvrir au calme, l’esprit ouvert, les yeux attentifs, en avançant et reculant dans le récit pour être tantôt surpris, tantôt charmé par un dessin qui cherche sa voie, tout en visant juste. On espère lire la suite, mais pas dans quatre ans si possible.

(par Charles-Louis Detournay)

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