Le fond de l’air est Fred

4 mars 2011 7 commentaires
  • Fred était présent hier soir sur le A de la Galerie Martel pour le vernissage d'une exposition qui lui est consacrée. Le vent d'Hara-Kiri et de Pilote a soufflé sur l'océan des chevelures du public. Le conteur électrique avait la moustache frémissante.

Nous l’avions croisé fatigué lors du Festival d’Angoulême 2010, mais ému par l’accueil que lui avait réservé le public lors d’une rencontre internationale qui lui avait redonné le goût et l’envie de se remettre sur son Philémon inachevé. Fred avait même appris de la bouche du maire que la nouvelle médiathèque allait prendre le nom du A, bel hommage à sa série culte.

Pour l’édition 2011 du Festival, changement d’ambiance. Fred était apparu sur la scène du théâtre d’Angoulême lors de la remise des récompenses. Fringant et facétieux, il avait donné le Prix Révélation à Élodie Durand et Ulli Lust en jouant avec beaucoup d’autodérision le vieux grand-père un peu sourdingue, se permettant en lisant le carton trop vite de délivrer le prix à Hergé avant de se reprendre avec un petit sourire en coin.

Et hier soir à Paris, il était bien présent à la galerie Martel pour le vernissage de l’exposition qui lui est consacrée jusqu’au 23 avril. Qu’on se le dise, à 80 printemps, Aristidès Othon Frédéric Wilfrid [1] est toujours sur le pont ! En passant, bon anniversaire, avec un jour d’avance.

Le fond de l'air est Fred

La galerie Martel noire de monde comme à chaque vernissage

Il serait donc bien dommage de ne pas rendre hommage à son talent en allant flâner rue Martel pour examiner de plus près tous ces originaux. D’autant plus que cette expo-vente dresse un véritable panorama de la carrière de ce maître de l’absurde, des années 50 jusqu’à la fin des années 90.

Si Philémon reste la série-phare de l’auteur à l’éternelle moustache, l’exposition permet de découvrir ou redécouvrir les différentes publications qui ont jalonné son parcours. Le Petit Cirque (1973), L’Histoire du Magic Palace Hôtel (1980), Cythère, l’apprentie sorcière (1980), Hum (1982), Le Journal de Jules Renard (1988), L’Histoire du Corbac aux baskets (1993) qui reçut le Prix du meilleur album à Angoulême en 1994, des illustrations des Diaboliques et du Rideau cramoisi de Barbey d’Aurevilly, Le Noir, la couleur et lavis (1997). Mais aussi des couvertures d’Hara Kiri, dont Fred fut l’un des fondateurs avec Cavanna et le professeur Choron, et des livres-disques lus et chantés par Jacques Dutronc [2].

Une superbe planche de Philémon

O tempora, o mores... Au début de la publication de Philémon, le journal Pilote recevait des lettres de lecteurs qui écrivaient : "Qu’est-ce que c’est que ce dessinateur ? Mon fils de trois ans en fait autant !" Et il fallut tout l’acharnement de René Goscinny pour l’imposer dans les pages du magazine. Suivirent 15 tomes des aventures de Philémon et autant d’autres one-shots. Un bonheur.

Et pour fêter dignement l’anniversaire de Monsieur Aristidès, parallèlement à l’exposition de la galerie Martel, Dargaud publie une monographie et l’intégrale en trois volumes des albums de Philémon. Un tir groupé pour réveiller la mémoire de certains et éveiller l’intérêt des plus jeunes. Auquel nous ajouterons dans quelques jours un interview du vieux sage.

Deux couvertures de Hara Kiri
Le sens de l’absurde
Un des livres-disques pour enfants réalisé avec Jacques Dutronc
Un découpage dessiné de Time is money

(par Thierry Lemaire)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Images (c) Thierry Lemaire

Exposition jusqu’au 23 avril, Galerie Martel, 17 rue Martel, Paris 10ème.

[1Le nom exact de Fred est Othon Aristidès mais le personnage qui lui ressemble étrangement dans les Rubrique-à-brac a été baptisé ainsi par Gotlib.

[2Fred a en outre, mais oui, écrit quelques chansons pour le chanteur.

 
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7 Messages :
  • Le fond de l’air est Fred
    4 mars 2011 21:43, par Oncle Francois

    Un grand Monsieur de la BD francobelge, qui a enchanté ma lecture de Pilote (hebodo, puis mensuel) de 1966 à 1990 environ. Il était un peu tombé dans l’oubli (cela fort injustement). Un grand merci pour cet article qui permet de rétablir une vérité historique, tout en donnant à vos jeunes lecteurs d’actuabd l’occasion de découvrir un des vétérans de la BD d’auteur indé !!

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    • Répondu par genre : humain le 5 mars 2011 à  03:15 :

      Il était un peu tombé dans l’oubli

      Il n’est jamais tombé dans l’oubli.

      Un grand merci pour cet article qui permet de rétablir une vérité historique

      De quelle vérité historique parlez-vous ?

      l’occasion de découvrir un des vétérans de la BD d’auteur indé !!

      Fred a principalement publié chez Dargaud, vous repasserez pour l’ "indé"...

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      • Répondu le 5 mars 2011 à  14:11 :

        Fred indé : il fut, si je ne m’abuse, un des premiers auteurs à s’auto-éditer dans la foulée de Bretecher, avec notamment "Magic palace Hotel". Si ce n’est pas une démarche indé, ça...

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      • Répondu par Oncle Francois le 5 mars 2011 à  14:12 :

        "Il n’est jamais tombé dans l’oubli."

        Pas pour moi qui ait eu la chance de lire ses Philemon dans Pilote à l’époque de leur publication. Maintenant, si vous allez en librairie, vous noterez que depuis l’an 2000, ses albums sont plutôt discrets. Et les lecteurs de 15 à 30 ans connaissent peu son oeuvre.

        "De quelle vérité historique parlez-vous ?"

        de l’importance qu’ont eu de grands auteurs du XXème siècle, aujourd’hui octogénaires comme Fred

        "Fred a principalement publié chez Dargaud, vous repasserez pour l’ "indé"..."

        L’indé, pour moi c’est un état d’esprit personnel, pas le positionnement marketing de certaines maisons d’édition, conçu pour attirer le chaland moderne et branché des villes. C’est aussi la forte personnalité d’un style qui ne doit rien à personne. Au fait, je crois bien avoir lu que Fred est l’auteur BD préféré de Sfar...

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    • Répondu par ishimou le 5 mars 2011 à  08:34 :

      Fred pour moi c’est :
      — un monsieur qui dessine sur une grande feuille posée sur chevalet dans l’émission télé "la bande à BD", dans les années 80.
      Je vois bien que ça n’est pas du Spirou, c’est autre chose et ça me touche.
      Dans le bled où j’habite à l’époque je vois un jour un Philémon dans la vitrine du libraire, il me le faut ! Les couleurs criardes de la couverture m’attirent infiniment, ça me semble provocateur et audacieux.
      Je lis ce bouquin et là le choc, je deviens fou passionné de Philémon, j’ai un pull rayé que je mets tout le temps comme un hommage, mon entourage ne pige pas que je suis habillé en Philémon aah ces adultes il ne comprennent jamais rien, je vis exactement le même sentiment que Butch décrit dans son "petit Christian".

      Des années plus tard c’est Fred qui me fabrique des passerelles vers d’autres continents comme, hara kiri, Willem, Topor, etc. qui eux-mêmes construisent d’autres passerelles, d’ailleurs Willem le fait toujours dans Charlie hebdo, sa rubrique est toujours en partie culturelle.

      J’irais bien mettre un pull moi...

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      • Répondu par Oncle Francois le 5 mars 2011 à  23:30 :

        Cher ami Ishimou, laissez moi vous dire que vous n’avez pas été le seul à porter un pull (ou plutôt un sweetshirt de gondolier vénitien vers 1970 !)

        Ceci dit, vous verrez, avec l’age, vous vous laisserez pousser la moustache (pour ressembler à Brassens) ; puis vous porterez peut-être un chapeau. Voyez vous à qui vous ressemblerez en fin de compte ? arf arf, ne soyez pas gêné, c’est normaaal, avec l’âge !

        Pour ma part, le Voyage de l’Incrédule reste un étonnant tour de force, fort révélateur de l’aveuglement de certains, face à une réalité ou une culture qui les dépassent...Donc je recommande cette lecture aux jeunes lecteurs d’actuabd. Ils m’en remercieront, j’en suis persuadé ! Bien à vous !

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        • Répondu par ishimou le 6 mars 2011 à  08:58 :

          Cher Oncle,
          Ce sera très difficile pour moi de ressembler à quelqu’un vu que je ne ressemble déjà à personne, je suis unique comme le dit ma maman.
          Plus aucun pull ne me convient depuis que j’ai attrapé la grosse tête, alors tant pis, je me promène torse nu, hier au centre-ville de Bruxelles j’ai eu beaucoup de succès et puis deux hommes en blanc sont venus tout gâcher. J’ai bien essayé de leur expliquer, leur parler de Fred et Philémon, mais il était très pressé de m’embarquer dans la baleine métro il faut dire que la marée monte vite à ce moment de la journée et puis le fond de l’air était déjà très frais. Hum !

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