Le souffle bucolique de Michel Plessix

4 février 2011 0 commentaire
  • Loin des modes et des tendances, Michel Plessix a adapté "Le Vent dans les Saules", un roman contemplatif de Kenneth Grahame du début du 20e siècle. Dans la suite de cette histoire, Michel Plessix nous entraîne en Orient. L’auteur a respecté le tempo lent, contemplatif et poétique du roman, mêlé à quelques situations cocasses, pour ce récit issu de son imagination. "Le Chant des Dunes", le quatrième album, ne déroge pas à la règle.

En 1996, Michel Plessix publie le premier tome du Vent dans les Saules, une adaptation d’un roman que Kenneth Grahame a écrit en 1908. Ce livre est un classique de la littérature pour enfant en Angleterre. L’auteur nous plongeait dans un monde chaleureux, bucolique, poétique et contemplatif, au cœur de la campagne où l’on suivait le parcours de Taupe, Rat, Blaireau et Crapaud, quatre personnages attachants, bien qu’ayant pour certains une personnalité bien affirmée.

Michel Plessix abordait dans ce récit les joies simples de la vie à la campagne et s’attardait sur le temps présent. Le succès éditorial de cette adaptation fut rapide. Le graphisme soigné de l’auteur et une narration dense, littéraire, non dénuée d’humour, faisaient mouche ! Enfants et adultes étaient conquis par le « Bois sauvage », le monde où vivent les quatre personnages du Vent dans les Saules.

L’auteur s’était approprié les personnages et désirait continuer à les animer après les quatre volumes qui épuisaient l’œuvre originale. Il décida de les envoyer au Maroc. Michel Plessix avait l’habitude de s’y rendre pour travailler sur le découpage de l’adaptation du roman. Il dessina, un jour, Crapaud juché sur un dromadaire en plein désert, se protégeant du soleil avec une ombrelle [1]. Cette image était tellement incongrue par rapport à l’univers du « Bois Sauvage » qu’il décida d’écrire une histoire autour de ces ambiances. Dans l’adaptation du Vent dans les Saules, Michel Plessix avait mis de côté un chapitre du roman qui n’apportait pas grand-chose au récit. Kenneth Grahame racontait la rencontre de Rat et d’un Rat-Marin. Il se servit de cette idée de base pour la mélanger avec les siennes.

Le souffle bucolique de Michel Plessix
(c) M. Plessix & Guy Delcourt.

En 2005, le premier album du Vent dans les Sables paraît aux éditions Guy Delcourt. Crapaud décide sur un coup de tête de partir à l’aventure. Ses amis, Rat et Taupe quittent le « Bois Sauvage » pour partir à sa recherche. Ils veulent le raisonner. Ils se retrouvent tous piègés à bord d’un bateau qui fait route pour l’Orient. Sans le moindre sou, ils ne peuvent retourner à « Bois Sauvage ». Ils doivent apprendre à subsister (sans se faire rouler), se faire de nouveaux amis et surtout se fondre dans une culture qui n’est pas la leur.

Michel Plessix illustre le déroulement de la vie de ces trois personnages en s’attardant sur les petits moments, les plaisirs minuscules et les interactions des personnages. On est loin de la grande aventure.

Crapaud est l’élément perturbateur du groupe. À la fois égoïste et gentil, il est un électron libre qui apporte du ressort à l’histoire grâce à ses gaffes. Il amuse par sa manière d’être, de son phrasé, de ses défauts et autres manies. Taupe et Rat, même s’ils sont plus effacés, n’en sont pas moins attachants. Taupe est plus réservé. Il note ses impressions dans un carnet qu’il n’hésite pas à agrémenter de dessins (NDLR : le dessinateur Loïc Jouannigot illustre ces « Carnets de Taupe » pour son ami Michel Plessix). Rat a quant à la tête sur les épaules et est plus épanoui.

Michel Plessix enrichit son univers en créant davantage de nouveaux personnages. Changement de décor oblige ! La petite souris, Samir, est une vraie réussite. Peureux, accueillant et serviable, le nouvel ami des habitants du « Bois Sauvage » semble avoir des choses à cacher.Le Vent dans les Sables ne contient pas vraiment d’intrigue. Ses ressorts narratifs résident dans les interactions des personnages, leurs caractères, et les multiples degrés de lecture que l’auteur apporte à l’œuvre. Les insectes par exemple apportent une dose supplémentaire d’humour et de légèreté en balançant des vannes ou des demi-vérités.

Dans Le Chant des dunes, le quatrième album du Vent dans les Sables, Michel Plessix nous emmène dans une chasse au trésor. Nos amis ont eu vent, par une vieille femme, de l’existence d’un trésor sans fond qui serait caché quelque part dans le désert. Crapaud, Taupe et Rat décident de partir à sa recherche. La découverte de ce trésor les renflouerait très certainement, et cela leur permettrait de rentrer enfin chez eux ! Ils ne sont pas au bout de leurs surprises...

Le trait rond et semi-réaliste de Michel Plessix avait déjà fait de nombreux émules avec la série Julien Boisvert qui fait partie des classiques de la bande dessinée des années ’90. Les planches du Vent dans les saules et du Vent dans les sables, témoignent de la grande rigueur de Michel Plessix pour les décors. La profusion de détails permet au lecteur de se perdre dans ses planches. Pour gagner en souplesse et en spontanéité, l’auteur n’encre pas ses crayonnés. Il les photocopie sur du papier de bonne qualité pour forcer le trait, et pose ses couleurs à l’aquarelle sur une impression de sa planche de bonne qualité fournie par son éditeur [2]. Cette technique apporte une sensualité supplémentaire à son travail.

Avec cette adaptation du roman de Kenneth Grahame, et de la suite qu’il a totalement inventée, Michel Plessix a bâti une œuvre fine, subtile, poétique et savoureuse dans laquelle il est agréable de se plonger et de se perdre. L’auteur envisage de donner une suite aux « aventures » des habitants du « Bois Sauvage », on ne peut que l’encourager.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.


Lire notre interview de Michel Plessix : "La bande dessinée est un art de la relecture" (Février 2011)

Voir une interview filmée de Michel Plessix sur le site de notre partenaire France Télévision.


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Illustrations (c) Michel Plessix & Guy Delcourt - 2010

[1NDLR : Il utilisa par après cette idée pour la couverture du troisième album du Vent dans les sables.

[2Les couleurs sont réalisées sur des « gris classiques », à l’ancienne. Michel Plessix utilise un papier aquarelle Arches.

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