Les Anges d’Auschwitz - Par Desberg & Van Der Zuiden - Ed. Paquet

27 mai 2020 0 commentaire
  • Desberg cultive le travail de mémoire dans un récit aux accents tristement authentiques, le tout formidablement mis en images par Emilio Van Der Zuiden.

Hiver 1929. La vie s’écoule paisiblement à Varsovie. Un jeune garçon regarde les flocons tomber ; il prie les anges de lui ramener son papa car il aimerait tant le serrer contre son cœur. Et les anges exaucent son vœu, car son papa revient le lendemain. Dès lors, ce jeune garçon de huit ans est certain que les anges vivent autour de nous...

Cette famille heureuse est pourtant loin de se douter que cette paix ne durera pas longtemps. En 1939, l’Allemande envahit la Pologne. Les Juifs sont conduits dans le ghetto, première étape avant les camps... Auschwitz, l’horreur. Comment survivre face à la barbarie, à l’indicible, au pire... En priant les anges ?

Les Anges d'Auschwitz - Par Desberg & Van Der Zuiden - Ed. Paquet

Nul besoin de présenter Stephen Desberg, qui après La 27e Lettre et d’autres précédents récits, aborde maintenant de face l’horrible réalité des camps d’extermination. Dans sa préface, le scénariste relate ses différents voyages en Pologne et ce qu’il a ressenti lors de sa dernière visite en 2017 : "Les gens qui voyagent disent parfois qu’ils ont fait tel ou tel pays. Comme si l’on pouvait comprendre l’âme d’un endroit, d’un peuple, d’une lumière, en une simple visite..."

Pour dépeindre sa vision du camp d’Auschwitz, Desberg nous entraîne dans les pas de ce petit garçon à qui la vie souriait. Un garçon qui devient un jeune homme sans perdre ses croyances... mais dont on ne saura jamais le nom. Cet anonymat volontaire permet de ne pas suivre l’histoire d’un homme, mais de témoigner ainsi de la souffrance de millions.

Un choix noble, porté en grande partie par les récitatifs du narrateur. Hélas, cela entraîne une certaine lenteur au récit, et il faut attendre une dizaine de pages pour se rapprocher de son personnage central. Pas de regrets, car l’album comporte 75 planches, et le voyage proposé remplit son office : toucher et émouvoir le lecteur en évoquant le quotidien du camp d’Auschwitz-Birkenau.

Outre cette idée initiale (des prisonniers qui croient que des anges restent auprès d’eux dans ces moments inhumains), ce one-shot vaut surtout pour le remarquable dessin d’Emilio Van Der Zuiden. Par rapport à sa précédente série, McQueen, son trait a gagné en puissance d’évocation, permettant d’aborder une réalité sans charger trop le trait et de ne pas écraser les sentiments dégagés par le récit. Le tout est magnifiquement servi par les couleurs de Fabien Alquier, qui joue sur les dégradés et les nuances pour conférer le sentiment juste et adéquat à la séquence. Enfin, saluons l’éditeur qui propose ce grand format de 80 pages au prix écrasé de 17 €.

Alors qu’on aurait pu s’attendre en abordant cette thématique à une post-face détaillant des sources, le récit se suffit à lui-même. Les Anges d’Auschwitz contribue bien entendu au travail de mémoire. Mais surtout, les auteurs illustrent le plus beau des remèdes à la barbarie : l’espoir.

(par Charles-Louis Detournay)

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