Les Frères Rubinstein T.1 : Shabbat Shalom – Par Luc Brunschwig, Étienne Le Roux et Loïc Chevallier – Ed. Delcourt

5 août 2020 0 commentaire
  • Le destin de deux frères juifs, fils d’un tailleur des Corons, entre 1927 et 1948. Un récit de survie à l’exclusion, à la guerre, à la Shoah au travers d’une fratrie venue se cogner aux lumières d’Hollywood, mais surtout à l'Histoire, avec son lot de chances et de malchances.

L’album devait sortir au printemps mais sa programmation a glissé, à cause de crise sanitaire, au 26 août prochain. Il vaut le détour parce qu’enfin le scénariste Luc Brunschwig aborde de front la Shoah, lui qui a tourné longtemps autour du sujet.

Un album de plus sur le thème dans une bibliographie qui en compte désormais plusieurs centaines, en ce compris l’incontournable Maus de Spiegelman ? Oui, mais ce n’est pas inutile car il met en parallèle le destin de deux frères confrontés à la pire des situations : celle de voir leurs parents mourir dans un pogrome, non pas en Pologne ou en Ukraine, perpétré par des cosaques, mais dans le Nord de la France, dans les années 1920.

Salomon et Moïse sont très différents l’un de l’autre. Salomon est débrouillard et décomplexé, opportuniste au besoin, sachant faire le coup de poing, tandis que Moïse est plus introverti, capable de poursuivre et même d’exceller dans les études, mais démuni et trop tendre quant il faut faire face à l’adversité. Hélas, même en France dans les années 1920, les espoirs de leur père, le vieux tailleur juif des Corons, ne pourra s’accomplir pour ses fils.

Les Frères Rubinstein T.1 : Shabbat Shalom – Par Luc Brunschwig, Étienne Le Roux et Loïc Chevallier – Ed. Delcourt

Tandis que Salomon, libéré de toute religion face à un dieu qui n’a pas sauvé ses parents, est en Amérique pour construire sa carrière dans les méandres d’Hollywood, Moschele-Moïse revient en Europe dans la nasse nazie et aboutit comme coiffeur à Sobibor, un camp d’extermination où il a rendez-vous avec l’ange de la mort.

Brunschwig connaît son affaire : il décrit bien le caractère diasporique de cette communauté yiddish dont la langue avant-guerre était loin d’être moribonde puisque parlée par près de trois millions d’individus issus du « yiddishland », un monde dissipé depuis dans les limbes de l’histoire. À l’époque, le yiddish -une langue centrale-européenne proche de l’allemand- était un passeport, une culture, une identité.

Brunschwig la mélange avec celle de ces Polonais -pour la plupart chrétiens- venus dans le nord travailler dans les mines. Entre la vieille France rancie et antisémite, l’habitus polonais pas vraiment philosémite et les espoirs de ces « israélites » rêvant d’émancipation, l’Histoire de la Shoah est en train de s’écrire.

Elle est dessinée avec talent par Étienne Le Roux et Loïc Chevallier et joliment illuminée par les couleurs d’Elvire De Cock. Un récit passionnant commence, qui promet d’être intéressante, pleine d’enseignements, car la question de la survie est universelle.

Le tome 2 était prévu en octobre, rapidement après ce premier volume, et c’est tant mieux, car il ne faudra pas trop attendre.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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